Merci... et quelques nouvelles de l'avenue Louis Barthou
Tout d'abord, merci.
Merci aux centaines de citoyens qui ont signé cette pétition. Votre mobilisation a permis de montrer que de nombreux riverains sont attachés au maintien du sens unique de l'avenue Louis Barthou, pour des raisons de sécurité, de qualité de vie et d'apaisement de la circulation.
Depuis le lancement de cette pétition, j'ai été reçu à deux reprises par M. Gérald Carmona, maire adjoint du quartier. Je tiens d'ailleurs à le remercier sincèrement pour le temps qu'il m'a consacré et pour la qualité de nos échanges, toujours francs, constructifs et respectueux.
Le verdict est tombé
Le principal enseignement est malheureusement très simple : la décision est prise, et cela sans aucune concertation.
Le compte rendu du conseil de quartier du 8 juillet, finalement publié le 23 juillet, le confirme sans ambiguïté :
Revitalisation du centre de Caudéran et avenue Louis Barthou
« Il confirme que la décision de réouvrir l'avenue est prise et que les services travaillent actuellement aux modalités de mise en œuvre afin qu'elle intervienne dans les meilleurs délais. »
Le compte rendu indique aussi :
« Il souligne que plusieurs commerces restent vacants, que certains établissements ont réduit leurs effectifs et que plusieurs indicateurs, notamment la baisse de fréquentation observée par la pharmacie du centre, témoignent d'une véritable dévitalisation du quartier. »
« Revitalisation du centre de Caudéran »
Cette mesure est donc prise sous la bannière « revitaliser le centre de Caudéran ». Oui, accrochez-vous bien : pour revitaliser, il faut... faire venir davantage de voitures de transit !
Et je ne rentrerai pas dans le détail de la justification donnée, la pharmacie. Mais je me suis permis de rappeler à M. Carmona que cette pharmacie a été rachetée après la mise en place du sens unique et qu'au même moment, un cabinet médical voisin, situé à quelques mètres et composé de quatre médecins, a déménagé à regret.
Le lien avec quatre médecins qui déménagent est pourtant assez évident. Celui avec le sens unique, beaucoup moins. Manifestement, pour la mairie, c'est l'inverse...
Une décision d'un autre temps
Alors que partout en France, les collectivités cherchent à réduire le trafic de transit dans les quartiers résidentiels, à sécuriser les déplacements des enfants, à encourager le vélo et la marche, à diminuer le bruit et à rendre l'espace public plus agréable, Caudéran semble faire exactement le chemin inverse.
Faire revenir du trafic de transit dans une avenue résidentielle bordée d'habitations, de deux groupes scolaires et empruntée chaque jour par des centaines d'enfants paraît aujourd'hui profondément anachronique et franchement délirant.
Comme si les enseignements des vingt dernières années en matière d'aménagement urbain ne nous concernaient pas.
Comme si la modernité s'arrêtait aux boulevards.
Quelques avancées malgré tout
Tout n'est pas négatif.
Au cours de nos échanges, M. Gérald Carmona s'est engagé à demander aux services de la Ville d'étudier toutes les solutions permettant de préserver, malgré le retour au double sens, le niveau de sécurité des usagers les plus fragiles, notamment les piétons et les cyclistes, ainsi que de limiter les nuisances sonores.
Je veux saluer cet engagement.
Reste maintenant à savoir quelles mesures concrètes seront proposées.
Si l'on s'apprête à faire revenir le trafic de transit dans une avenue résidentielle, il faudra au minimum tout mettre en œuvre pour en limiter les conséquences.
Après tout, si l'on peut décider de revenir en arrière de vingt ans sur la conception de la circulation, rien n'interdit d'espérer quelques idées du XXIᵉ siècle pour en atténuer les effets.
Merci
Quelle que soit la suite, cette pétition n'aura pas été inutile.
Elle a montré qu'une partie importante des habitants est attachée à une avenue plus calme, plus sûre et plus agréable à vivre.
Elle m'a permis de porter votre voix auprès de la mairie.
Et elle laissera une trace : celle d'habitants qui auront essayé de défendre une vision de leur quartier tournée vers l'avenir, pendant que d'autres préféraient regarder dans le rétroviseur.
Une dernière chose, et peut-être la plus dérangeante
Au-delà du caractère anachronique et, à mes yeux, franchement délirant de cette décision, il y a quelque chose de particulièrement dérangeant dans la manière dont elle a été prise.
Sans aucune concertation.
Lors de nos échanges, j'ai pourtant clairement compris que la voix de quelques commerçants avait été entendue. C'est leur demande qui est aujourd'hui satisfaite.
Mais où est la voix des riverains ? Où est celle des parents dont les enfants fréquentent les écoles situées aux deux extrémités de l'avenue ? Où est celle des piétons, des cyclistes et des usagers des bus qui devront à nouveau composer avec davantage de trafic ?
Quelques personnes ont décidé. Pour répondre à des intérêts particuliers. Et les habitants concernés n'ont plus qu'à en prendre acte.
Et peut-être que le caractère délirant de la décision n'est finalement pas totalement indépendant de la manière dont elle a été prise.
Quand on n'écoute qu'une partie des personnes concernées, qu'on ne confronte pas les arguments et qu'on ne demande pas leur avis aux habitants, il ne faut peut-être pas s'étonner du résultat.
Et c'est peut-être là le plus ironique.
Dans son bilan des 100 premiers jours de mandat, Thomas Cazenave se félicite d'avoir engagé une « refonte du pacte de démocratie de proximité ».
Alors, soyons fair-play : peut-être que M. le maire n'est tout simplement pas au courant de la manière dont certaines décisions sont prises au niveau local. Après tout, il est possible que tout cela lui ait échappé.
Car ici, nous avons surtout découvert une conception assez particulière de la démocratie de proximité : une décision prise sans les habitants, pour répondre à la demande d'une partie des acteurs du quartier.
Reste donc à savoir si M. le maire est au courant de cette conception très particulière de la démocratie de proximité à Caudéran...