Manifeste pour les enfants qui vivent dans mon pays

Manifeste pour les enfants qui vivent dans mon pays

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Quand elle atteindra 100 signatures, cette pétition aura plus de chance d'être inscrite comme pétition recommandée !
Matthieu ANGOTTI a lancé cette pétition adressée à Toutes et tous

J'AI VU

MANIFESTE POUR LES ENFANTS QUI VIVENT DANS MON PAYS

Proposé par Matthieu Angotti

J’AI VU des enfants survivre dans des campements et des bidonvilles, sur des terrains vagues, sous des ponts, derrière des bretelles d’autoroute. J’ai vu des évacuations ordonnées au petit matin, jetant ces enfants dehors par des températures négatives, détruisant leurs lieux de vie à coups de pelleteuses. J’ai vu ces enfants errer, avec au mieux l’espoir d’une chambre d’hôtel. J’ai vu ces enfants coincés dans les méandres administratifs, attendre des années avant de pouvoir dire : je suis chez moi ici. Et toujours menacés d’exil.

J’AI VU des enfants handicapés ballotés de services en dispositifs, jusqu’à franchir la frontière pour trouver refuge en Belgique. J’ai vu les services publics incapables d’appliquer leurs propres décisions, par défaut de places et de professionnels disponibles. J’ai vu des enfants en souffrance psychique sans prise en charge. J’ai vu des services de pédopsychiatrie en état d’asphyxie, les mois d’attente pour les patients, les soignants usés, n’ayant même plus la force de se révolter, avec au cœur la culpabilité de ne pas pouvoir faire ce qu’ils savent devoir faire. 

J’AI VU des enfants jugés par des juridictions exsangues, reportant les verdicts pendant des mois et des années. J’ai vu la justice des mineurs s’écarter chaque jour de la convention internationale des droits de l’enfant. J’ai vu s’enchaîner les réformes et les pétitions de principes, et toujours à la fin la répression primer sur la pédagogie. J’ai vu des services de protection judiciaire sans moyens, bricolant des projets éducatifs jusqu’à croiser les doigts pour que les enfants s’en sortent par eux-mêmes.

J’AI VU des enfants victimes de la violence d’adultes ou d’autres enfants, dans le silence glacial des microcosmes familiaux, religieux, éducatifs, sportifs, culturels ou institutionnels. J’ai vu cette omerta qui détruit ce qui dans leur âme avait survécu aux agressions, j’ai vu les traumatismes et leurs conséquences sur les trajectoires de vie, jusque dans l’expression de leurs gènes. J’ai vu la destruction des avenirs et les regards qui se détournent.

J’AI VU des enfants délaissés à la sortie des collèges, aussi perdus dans leur orientation scolaire que dans le néant quotidien des quartiers périphériques et des zones rurales désertées. J’ai vu ces enfants espérer des mains tendues qui ne viennent jamais, des voix pour leur parler avec respect qui ne viennent jamais. J’ai vu leur colère et sa force destructrice. J’ai vu la détresse des enseignants, de l’éducation populaire et de la prévention spécialisée, écopant à mains nues dans l’océan des inégalités.

J’AI VU des enfants absorbés par les écrans, abandonnés aux mains invisibles des ogres numériques, dans l’impuissance des adultes, immergés dans les informations déformées, le culte de l’image et de la performance, l’objectivation des corps et l’instrumentalisation des âmes. J’ai vu les logiciels et les applications réglés au millimètre pour procurer en boucle des shoots de plaisir évanescents et destructeurs de lien.

J’AI VU des enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants d’immigrés subir chaque jour les stéréotypes et les délits de faciès, depuis les salles de classe jusqu’aux wagons des trams, depuis les stages de 3ème jusqu’aux terrasses des cafés. J’ai vu ces enfants toujours surpris par l’injustice mordante des mots crachés à leur visage, qu’ils n’ont pas choisis. J’ai vu leurs têtes baissées jusqu’à la résignation.

J’AI VU des enfants accueillis par la puissance publique au titre de la protection de l’enfance, confiés à des équipes et des professionnels engagés mais sous-payés, fatigués, isolés. J’ai vu ces enfants laissés sans lumière dans l’immensité obscure de la nuit, sans écoute bienveillante pour raconter leurs cauchemars. J’ai vu ces enfants ballotés de foyers en foyers, perdant confiance dans le monde des adultes. J’ai vu ces enfants lâchés à la majorité, connaissant à 18 ans la rue, les centres d’hébergement, la misère.

J’AI VU ces enfants dans mon pays. J’ai vu aussi les 3 millions d’enfants qui y vivent sous le seuil de pauvreté. J’ai vu les lacunes des réponses de notre État et de nos collectivités, minées par les aléas politiques, la dispersion des responsabilités, l’éloignement chronique des citoyens et de leurs usages, l’absence de priorités partagées.

J’ai vu et je nourris l’espoir que ça change. Je rêve d'un plan sur 20 ans pour les enfants et les adolescents de France, conçu démocratiquement et adopté par l’ensemble des mouvements politiques républicains, pour dépasser les clivages partisans et s’appliquer quelles que soient les alternances électorales.

Si ces failles dans l’attention portée à nos enfants et nos adolescents vous touchent, vous pouvez signer et poster vos témoignages ici ou sur jaivu.org. Notre nombre portera peut-être notre espoir !

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