Petition updatePour une loi spécifique au grand âge avec des moyens financiers et des moyens humainsEnquête Ehpad : 7 familles révèlent le business des tutelles
Jocelyne FRANEYMudaison, France
Feb 12, 2024

Partager en masse cette enquête qui révèle la réalité de nos anciens en EHPAD et les conditions de vie pitoyables et scandaleuses . 

Remettons nos ainés au cœur de la société. LE RESTE A CHARGE DOIT DISPARAITRE en EHPAD car il devient insoutenable pour nombre de retraités, de familles et salariés qui voient leur pouvoir d’achat s’éroder et leurs conditions d’existence se précariser. La presse commence à parler de nos problèmes avec les EHPAD

Selon Mr mondialisation :

Il y a quelques semaines, une personne nous a partagé sa tribune sur l’opacité des EHPAD et le combat mené pour obtenir des nouvelles de son parent. Depuis, nous avons reçu des dizaines d’autres témoignages, dénonçant chaque fois des réalités similaires. Lumière sur un vaste système d’emprise et de rentabilisation des personnes âgées. 


Depuis la publication du livre-enquête Les Fossoyeurs de Victor Castanet qui révélait les maltraitances du groupe Orpea sur ses résidents, nous sommes prévenus : les EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) sont, pour beaucoup, une vaste et puissante machinerie aux multiples dérives. 

État des lieux
Bien sûr, les Ehpad sont nécessaires. C’est une réponse collective aux situations de dépendance quand le maintien à domicile s’avère impossible et que le soutien familial est insuffisant. Cependant, s’agissant d’un public aussi vulnérable, cette prise en charge par substitution peut facilement devenir le théâtre institutionnalisé de nombreux abus. Maltraitance morale et physique, négligences, repas rationnés, opacité, politiques de réduction des coûts, dissimulations et entraves aux visites… Les atteintes à la dignité des personnes âgées, voire à leur vie, sont de plus en plus dénoncées. 

Pour les familles qui nous ont contactés, la raison de ces mauvais traitements est évidente. Qu’il s’agisse d’établissements publics (44% du parc des Ehpad français) ou de centres privés (31%) – espaces associatifs et autres représentant les 25% restant – la recherche d’économies et de profits prime sur tout le reste. Le résultat de cette logique néolibérale globalisée est inévitable et bien connue : sous-effectifs, manque de moyens matériels décents, absence de formations adaptées du personnel soignant, conditions de travail et d’accueil dégradées, directions hors-sol, etc.

Mais plus suspect encore, beaucoup nous ont dénoncé des tutelles ou curatelles abusives qui auraient pour but de liquider en toute liberté les finances de leurs aînés afin d’alimenter la machine, n’hésitant pas à écarter pour cela les familles démunies. En effet, le placement en Ehpad concerne par nature des personnes fragiles qui, pour la grande majorité, ne choisissent donc pas d’elles-mêmes leur placement en résidence. Or, dans le domaine de la protection des personnes dépendantes ou en perte d’autonomie, la question du consentement est un véritable enjeu.

Alors qu’elles seront 1,6 million en 2030 et 2,45 millions en 2060, la limite est encore trop fine entre soutien et emprise : une fois placées, à quel moment le dispositif légal de protection et son application par des modèles à but lucratif sont-ils au service des résidents et, au contraire, quand dépassent-t-ils le cadre de leurs missions ? Les effets réels de ces ambiguïtés, nous les avons réunis dans une enquête inédite consacrée aux familles des résidents d’Ehpad. Voici leurs témoignages (sous des noms de substitution).

Maltraitances et Ehpad tout permis : une première famille rappelle que rien n’a changé
Thierry nous raconte son cas personnel, celui qui a provoqué son besoin de libérer la parole sur le sujet : « Je témoigne aujourd’hui car ma femme est décédée le 2 mai dernier et je compte dénoncer les abus et les pratiques de l’Ehpad d’A.

Ma femme a d’abord été placée sous mesure de protection juridique, puis sous tutelle de juillet 2020 à mai 2023. Il est important de signaler que je n’ai jamais été informé de sa mise sous tutelle, ni de l’expertise psychiatrique.

« UNE FOIS, J’AI RETROUVÉ MON ÉPOUSE ATTACHÉE À SA CHAISE BAIGNANT DANS SES EXCRÉMENTS ET SON URINE. MOTIF ? ELLE SE SAUVE, ON NE PEUT PAS SURVEILLER TOUT LE MONDE… »
Et combien de fois ai-je trouvé son assiette sur la table, encore pleine… Elle n’a pas dû manger beaucoup. Mon épouse, mal suivie et mal soignée, a ainsi perdu 28 kg en 2 ans. Je ne compte pas le nombre de fois où cela sentait l’urine dans sa chambre et que sa protection n’était pas changée régulièrement.

Elle est décédée le 2 mai 2023. Il faut dénoncer ces faits et les dérives surmontées d’un business de tarifs injustifiés. »

Il entame alors une démarche, celle d’une pétition qui appelle à faire front : « Faisons en sorte que nos aînés aient une fin de vie dans la dignité ». Pétition qu’il introduit ainsi : « Le 29 janvier 2023, l’émission Zone interdite diffusait sur M6 un reportage : « Les Ehpad de nouveau épinglés ». Il a démontré qu’en un an, rien n’avait réellement évolué et qu’il y avait encore de nombreux dysfonctionnements ». 

Ces dysfonctionnements, qui ont lieu la grande majorité du temps dans l’ignorance des proches, il veut en rappeler la gravité sous-estimée, surtout « dans ce moment si particulier et difficile qu’est l’accompagnement dans le grand âge ». 

En effet, notre rapport occidental à la vieillesse est de plus en plus préoccupant. L’idéologie capitaliste et néolibérale, considérant la santé d’un point de vue purement utilitariste, voire mercantile, selon un modèle comptable déshumanisant, a mis à distance les principes de dignité et de respect du monde vivant en tant que tel. Aussi, chaque vie est priée de servir la chaîne de production sociétale ou de périr en silence, et ce grâce à des rouages complexes, difficiles à déjouer. 

De fait, quand on ne peut s’extraire un temps suffisant, que l’on n’a ni les moyens ou les conditions physiques, voire psychologiques, d’aider ses proches, on se tourne légitimement vers une aide collective, à travers des institutions habilitées.

« IL FAUT TOUT UN VILLAGE POUR ÉLEVER UN ENFANT » DIT-ON, ET CE N’EST PAS MOINS VRAI CONCERNANT L’ACCOMPAGNEMENT DE NOS AÎNÉ·ES. 

Or, comme l’explique parfaitement Thierry : « Faute de ressources humaines suffisantes, et malgré l’engagement quotidien des personnels des EHPAD, la prise en charge des résidents, dans ces structures, ne permet pas une réponse satisfaisante à leurs besoins.

Il faut du personnel soignant avec des salaires décents et formés pour le grand âge. Beaucoup de nos anciens sont en souffrance et cela peut se traduire par des culottes de protections non changées quotidiennement, des toilettes faites seulement une à trois fois par semaine, des levées ou des couchers à des heures irrégulières, des repas expédiés, des soins plus ou moins biens prodigués, cet ensemble aboutissant de fait, à une situation de maltraitance ». 

Pire encore pour l’entourage, à ces abus trop courants déjà signalés par Les Fossoyeurs, s’ajoute celui de l’opacité. En effet, de nombreuses familles ont commencé à suspecter des soins inadaptés au cas de leur parent et des frais de dépendance, d’hébergement et médicaux qui ne correspondent pas aux services prodigués. 

Thierry le confirme : « il est parfois impossible d’obtenir des informations sur l’état de santé de nos ascendants au prétexte du secret médical. Or, il est un peu facile de se retrancher derrière et de laisser les enfants dans l’ignorance » 

Opacité : les témoignages de familles écartées s’accumulent 
Suite à la pétition lancée par Thierry, de nombreuses familles en détresse se sont manifestées pour compléter l’état des lieux déplorable du secteur. 

Une femme, que nous appellerons Odile, raconte à Mr Mondialisation : « Ma mère est décédée il y a deux ans, au bout de plusieurs mois de maltraitances physiques et psychologiques. La raison incriminée toute trouvée a été l’état d’urgence dans lequel nous nous trouvions lors de la pandémie de Covid-19. Cela doit-il nous autoriser à devenir inhumain ? Nous, ses 3 enfants, restons traumatisés par les horreurs vues, entendues, devinées… et par notre impuissance. » 

Odile nous confie les détails : « Lorsque nous avons enfin pu sortir notre mère de l’Ehpad, elle était complètement déshydratée et ne parlait plus. Elle ne pouvait plus se nourrir et est décédée au bout d’une semaine. On nous a suggéré de porter plainte. Cependant, le problème est surtout structurel et favorise l’émergence de petits despotes qui se croient tout puissants ».

 
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Elle n’est pas la seule à constater une prise en charge délétère libérée de toute responsabilité envers la famille.

Mathilde nous évoque cette lente dépossession : « Mon père a été placé en Ephad alors qu’il était en bonne santé, il marchait même 3 à 4 km par jour. Bien qu’âgé, il parlait et vivait normalement. Peu de temps après son placement, nous sommes allés lui rendre visite, il avait l’air très inquiet et dérouté. Quelque temps plus tard, il a même été placé en Unité Protégée, autrement dit, pour de bon enfermé, aucun droit de sortir sans être accompagné. C’est là qu’il a commencé à faire des crises de forte angoisse, voire à casser ses affaires ». Elle insiste aussi sur des chutes répétées dont l’Ehpad semble peu se soucier.

Annie nous dépeint un tableau similaire : « Ma maman a 78 ans, placée en EHPAD privé associatif et sous tutelle en 2015 avant ses 69 ans. Je suis enfant unique, mes parents n’ont aucun bien, depuis le décès de mon papa en 2004. Habitant le même village, j’ai toujours été présente pour ma maman, lui rendant visite tous les jours, jusqu’en 2014 où, pour des raisons personnelles (divorce), j’ai été moins présente, à raison de trois jours par semaine ; c’était provisoire le temps de m’organiser. 

Mes venues espacées ont rendu ma maman assez mal, un médecin traitant a donc décidé de la mettre en unité psy qui connait bien le directeur de l’Ehpad, tout comme le médecin traitant et la tutrice UDAF (Union départementale des associations familiales).

Je suis prête aujourd’hui à partager ce que subit ma maman. J’ai beaucoup de photos montrant un manque d’hygiène capillaire, suite à des mises au lit prolongées abusives, et sous lavage au gant couchée. Par ailleurs, l’Ehpad (avec l’accord du médecin traitant) lui avait prescrit du « mixé et eau gélifiée », or un examen ORL extérieur que j’ai organisé m’a aidé à démontrer que ma maman n’a pas de problème de déglutition. Ma maman n’entendait pas non plus pendant plus de six mois : l’Ehpad mettait en cause de la fatigue, or l’examen ORL a démontré un manque d’hygiène auditive. 

Un an après l’arrivée de ma maman à l’Ehpad, nous nous sommes aperçus qu’elle avait un patch médicamenteux : on m’a répondu de prendre moi-même les références du patch si je voulais en savoir plus et d’aller voir sur internet. C’était un patch pour Alzheimer, maladie que ma maman n’a pas, un scanner cérébral à l’appui. Pendant au moins 3 semaines, ma maman a donc reçu un traitement qui ne lui correspondait pas.

En avril 2021, elle a eu le poignet droit dévié du jour au lendemain, l’Ehpad m’a dit de ne pas m’inquiéter, que c’était de l’arthrose… En avril 2022, le gériatre a diagnostiqué une hémiplégie suite à un AVC non pris en charge pendant plus d’un an. Le gériatre a prescrit un arrêt total et sevrage de psychotropes inutiles. » 

Face à ces flots de manquements, comme d’autres enfants, Annie fait donc appel à la justice, mais se heurte alors à un réseau d’institutions modelé autour d’une certaine confiance aux Ehpad :

« LA  JUGE DES TUTELLES CAUTIONNE… DISANT QUE, SI JE NE SUIS PAS SATISFAITE, ILS METTRONT AVEC SON ACCORD MA MAMAN EN UNITÉ LONGUE DURÉE… ALORS QU’ELLE VA MIEUX DEPUIS 2 ANS. NOUS TRAVERSONS UN CAUCHEMAR. SE TAIRE C’EST CAUTIONNER… »

L’omerta, un terreau fertile pour des réseaux d’abus bien ancrés
Ce silence, voilà ce que dénoncent d’une seule voix ces familles. Plus que la maltraitance, le mot qui revient en boucle chez chaque témoin est l’impuissance.

Et pour cause : se reposant sur des diagnostics techniques et comptant sur notre attachement culturel – et légitime – à la prévention des risques d’abus familiaux, ces centres peuvent également prendre avec une relative liberté des mesures restrictives qui éloignent les familles de leur parent. 

Ces mesures ont pour but de protéger les aînés d’eux-mêmes ou de proches abusifs, mais comme tout pouvoir de régulation, rien ne garantit qu’elles ne seront pas instrumentalisées pour écarter les curieux de stratégies marchandes. Qu’elles soient explicites ou devinées, les maltraitances sont alors souvent impossibles à punir car de nombreux obstacles juridiques se dressent entre les observations des proches et les preuves.

C’est notamment le cas lors d’une mise sous tutelle (mesure de protection juridique ayant le plus de conséquences sur les actes que peut réaliser seule la personne protégée) ou curatelle (sauvegarde de justice limitant plus légèrement la liberté d’action de la personne protégée).

Ce procédé qui touche plus de 700 000 majeurs en France semble en effet poser de nombreuses questions quant aux abus de faiblesse grandissants, notamment à cause de potentiels conflits d’intérêts économiques entre Ehpad et professionnels de la santé, sous le regard inconsciemment complice de mœurs juridiques spécifiques et d’un État peu concerné, aux politiques d’austérité pour les plus pauvres. 

Le lien de l'article :

https://mrmondialisation.org/ehpad-enquete-familles-tutelles/

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