

Deux ans après la mort de Louis, âgé de 20 ans, engagé militaire, rien n’a changé. Et celui qui n’a jamais répondu à nos appels est aujourd’hui Premier ministre.
Lettre ouverte à Monsieur Sébastien Lecornu, Premier ministre
Monsieur le Premier ministre,
Votre nomination n’est pas un espoir. C’est une gifle.
Pour nous, parents de Louis, vingt ans, militaire, suicidé en caserne, c’est une gifle.
Vous saviez. Vous aviez été alerté.
Un Livre blanc. Un projet de loi. Des courriers. Des demandes d’entretien. Des appels à l’aide. Et toujours la même réponse : le silence.
Pas un mot. Pas un geste. Pas une écoute.
Et pendant ce temps-là, les familles saignent.
Le Conseil d’État reconnaît depuis longtemps que le suicide en caserne est un accident de service. Vous, vous avez préféré nous condamner à trente-cinq mois de combat judiciaire pour faire reconnaître l’évidence.
Trente-cinq mois de lutte indigne, infligés à des parents déjà en deuil.
Pire encore : à quelques jours du procès, d’une insolence rare et d’une indignité qui n’appartiennent qu’à votre ancien ministère, vos conseils ont tenté d’acheter notre silence. Acheter notre silence… et celui d’une décision de justice qui s’annonçait défavorable.
Ces manœuvres, aussi indignes que méprisantes, n’honorent pas la République.
Cette bataille n’est pas terminée.
En 2024, avec notre association Frères d’Armes et de Silence, nous avons déposé une plainte avec constitution de partie civile pour homicide involontaire aggravé auprès du parquet militaire de Metz.
Et nous le savons aujourd’hui : rien n’a changé depuis le décès de Louis. L’affaire récente des militaires du 8ᵉ RIMA l’a démontré avec éclat. Et ce n’est pas un cas isolé.
Les mêmes méthodes. Les mêmes dérives. Les mêmes résultats.
Le problème n’est plus ponctuel : il est systémique. Il est institutionnel.
Les chiffres parlent :
• En 2022, 1 485 militaires ont quitté les rangs sans autorisation (+56 % par rapport à 2021).
• En 2023, encore 1 253 soldats ont déserté.
• En moyenne, ce sont 60 suicides chaque année dans les armées.
• Le taux d’absentéisme médical explose, au point que deux chefs d’état-major s’en sont publiquement inquiétés.
Parce que l’État, sous votre responsabilité, a préféré détourner le regard.
Parce que l’État, sous votre ministère, a couvert l’inaction d’un voile de silence
Parce que l’État a choisi de contraindre des familles brisées à se battre devant la justice.
C’est indécent. C’est dédaigneux. C’est insolent.
Et que dire du Plan Famille 2 ? De l’argent, oui. De la logistique, oui. Des logements, des crèches, du wifi.
Mais l’essentiel ? Absent.
- La prévention du mal-être ? Absente.
- La formation des cadres au risque suicidaire ? Absente.
- Le respect des dispositifs existants – cahiers hiérarchiques, FlashEvent – ? Absent.
- L’accompagnement des familles ? Absent.
Retirer une arme à un soldat qui menace de se tuer ne suffit pas.
Il faut protéger. Il faut encadrer. Il faut soigner.
Vous ne l’avez pas fait.
Ne croyez pas que nous soyons sensibles aux artifices politiques, aux discours d’apaisement, aux symboles creux.
L’honneur d’une Nation ne se mesure pas dans les cérémonies, mais dans la capacité de ses institutions à protéger ceux qui la servent.
Chaque citoyen doit savoir qu’aujourd’hui, derrière les murs de nos casernes, des jeunes tombent.
Non pas au combat. Mais de solitude et de désespoir.
Nous n’attendons plus rien de vous, Monsieur le Premier ministre.
Mais nous n’abandonnerons rien.
Nous poursuivrons notre combat.
Pour Louis.
Pour les autres.
Pour que cesse cette hécatombe silencieuse.
Nos propositions restent celles dégagées dans notre Livre blanc et dans notre analyse critique du Plan Famille 2, jointe à ce courrier.
Nous parlons pour Louis, mais aussi pour tous les fils et filles de France que l’armée a perdus dans le silence.
Nous continuerons à porter leur voix tant que l’État restera sourd.
Un jour, la justice et la dignité triompheront.
Car l’histoire, toujours, finit par juger.
Et elle jugera sévèrement.
Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de notre indignation et de notre détermination.
Association Frères d’Armes et de Silence – Louis 2022
Au nom des parents de Louis
Yann TINARD