Immobilisme complet, longue vie au prof bashing...

Alors qu'après seulement trois semaines de cours, la profession déplore déjà au moins 2 suicides ainsi qu'une tentative... Le flou persiste sur la situation des profs.
Les "fonctionnaires", membres d'une profession bouc émissaire de notre époque, sont acculés par le gouvernement, et décrédibilisés par la majeure partie des médias...
Certains articles sont sortis (libé, le monde... pour ceux que j'ai vu), remettant en ordre les bêtises avancées sur LCI, RTL etc... concernant les salaires des profs la semaine dernière. C'est passé discrètement... Chacun a repris sa routine; un bleu de plus sur les profs, vu où ils en sont, qu'est-ce que ça change...
En 2002, l'INSERM avait publié une étude selon laquelle on dénombrait plus de 300 suicides par ans parmi les 800 000 enseignants français. Plaçant la profession au coude à coude avec la police dans ces tristes statistiques...
En 2015, le Sénat citait cette étude :
"Avec 39 cas pour 100 000, le taux de suicide est 2,4 fois plus élevé parmi les enseignants que pour la moyenne des salariés. Il est urgent d'agir pour pallier cette situation et de mettre en place des outils de mesures des risques professionnels et psycho sociaux au travail pour les enseignants" https://www.senat.fr/questions/base/2015/qSEQ151018322.html
Où en est-on aujourd'hui ? 17 ans après ? Avec des conditions de travail et une image se dégradant d'année en année.
Quand les profs seront-ils entendus ?
Quand le peuple comprendra-t-il que l'éducation est partie prenante du socle de notre société ?
Quand les "fonctionnaires" cesseront de servir de bouc émissaire pour justifier des coupes budgétaires aberrantes dans le service public (éducation, santé, justice) ? Quand de l'autre côté on gonfle les budgets de la sécurité intérieure et de l'armée ?
Quand atteindra-t-on le point de rupture de l’Éducation Nationale, et qu'il ne restera alors plus devant nous, d'autre alternative qu'un modèle à l'américaine où étudier rime avec s'endetter ?
En pleine crise écologique et sociale, l'année scolaire 2019-2020 marquera-t-elle un tournant dans la chute du système éducatif français ?
Un appel a la grève a été lancé pour le 24 septembre 2019, (voir par exemple le tract CGT ici). Certaines écoles seront fermées ce jour là.
Attendez vous à ce qu'on pointe du doigt ces profs irresponsables qui empêchent les enfants d'aller à l'école. Une journée de cours pour tenter de sauver des années de scolarité face à des dirigeants devenus sourds ? Il en faudrait cinquante que ce serait toujours aussi justifié !
Et pendant ce temps, JM. Blanquer (ministre de l'éducation) et F. Riester (ministre de la culture) sont en visite pour leur "journée du patrimoine destinée aux élèves". L'école primaire située à proximité étant fermée pour l'occasion (sécurité oblige), l'après midi, les CM2 iront visiter un château. Pour les autres, de la PS au CM1, ce sera une après midi au stade de la ville, avec l'ensemble de leur professeurs en responsables de garderie...
Envoyer des enfants au stade, la journée « Levez les yeux ! Le patrimoine en met plein la vue », à cause de la venue des ministres de l'éducation et de la culture ? Vous parlez d'une ironie...
Bienvenue dans l'éducation sauce start-up nation...
Je me joins à l'ensemble de la profession pour présenter mes sincères condoléances aux familles des deux enseignants ayant mis fin à leur jours en ce début d'année, et également souhaiter bon rétablissement à la troisième.