Pour que le maire de Bordeaux revoie sa position sur les animaux sauvages dans les cirques

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Le lundi 3 juin 2019 à 15h commençait le conseil municipal de Bordeaux. Au programme, le vœu présenté par les élu·es écologistes, appelant le gouvernement à légiférer pour une interdiction progressive de l’exploitation des animaux sauvages par les cirques, avec la mise en place d’un accompagnement pour les professionnels du cirque pour aider à la transition vers de nouveaux spectacles.

La lecture du vœu a été faite par Delphine Jamet d’EELV, qui a notamment rappelé que des cirques fonctionnaient déjà très bien sans animaux sauvages – on peut citer le Cirque du Soleil, le Cirque Phénix, le Cirque Plume, mais aussi le Cirque Pinder depuis sa faillite l’an dernier, ainsi qu’en Allemagne le Cirque Roncalli, qui a remplacé les animaux par des hologrammes. Le premier adjoint Fabien Robert et le maire Nicolas Florian se sont opposés au vœu sans ouvrir le débat. Le vœu a donc été rejeté par le conseil municipal, avec 7 voix pour, 3 abstentions et « le reste » contre. Pourquoi ce rejet ?

Ne pas légiférer…

Fabien Robert a commencé son intervention en affirmant très explicitement que le vœu ne serait pas adopté.  Pour lui, la ville de Bordeaux n’a pas le pouvoir de légiférer – il a rappelé que tous les arrêtés émis par des villes telles que Mérignac avaient été déboutés en Préfecture, tout en notant que le vœu proposé n’était pas un arrêté. Il ne s’agit effectivement pas de légiférer, mais d’appeler le gouvernement à le faire. L’article L2121-29 du code général des collectivités territoriales affirme que « le conseil municipal […] émet des vœux sur tous les objets d’intérêt local ». D’après le tribunal administratif de Nancy le 22 janvier 2019, ce type de vœu fait entièrement partie des compétences du conseil municipal, puisque « de telles délibérations peuvent porter sur des questions qui relèvent de la compétence d’autres personnes publiques, dès lors qu’elles présentent un intérêt communal ».

Quant à l’application de la loi par des contrôles réglementaires systématiques, il semblerait qu’elle soit déjà en vigueur à Bordeaux – mais difficile de savoir dans le discours de Fabien Robert si ces contrôles sont « systématique » ou s’ils n’arrivent que « généralement ». La ville est bien intervenue lorsque la présence d’un lion dans une répétition pour un spectacle à la patinoire lui a été signalée – mais pourquoi n’avait-elle pas connaissance de ce lion ? Est-ce encore légal aujourd’hui de présenter un animal sauvage en spectacle sans en informer la mairie ? Peut-être y aurait-il ici aussi matière à légiférer…

Pour les spectateurs ?

Pour Fabien Robert, Bordeaux est une ville amie « de tous les cirques », qui accueille des cirques contemporains avec ou sans animaux, ainsi que « seulement » deux cirques traditionnels, bien que le cirque Pinder ait laissé une place vacante lors de sa faillite et que de nombreuses demandes soient adressées à la ville. La ville attend-t-elle donc que Grüss et Falck fassent faillite eux aussi pour ne plus recevoir de cirques exploitant des animaux sauvages ? Fabien Robert voit clairement la fin des animaux sauvages dans les cirques pour les années à venir, mais a expliqué que sa décision est également pragmatique, 50.000 spectateurs assistant aux spectacles de ces deux cirques chaque année à Bordeaux.

Mais ce chiffre est à nuancer très largement. Lors des manifestations d’ACTA Gironde devant le cirque Médrano au Bouscat l'hiver 2018-2019, nous avons pu constater que la plupart des spectateurs à qui nous parlions venaient voir le spectacle parce qu’ils avaient reçu gratuitement ou à très bas prix leur billet par leur comité d’entreprise – et presque personne ne nous a dit venir spécifiquement pour voir les animaux. Pire : lors des manifestations devant le cirque Arlette Grüss à Bordeaux en janvier 2019, de nombreux spectateurs croyaient que les animaux sauvages étaient absents de ce cirque cette année (alors qu’on y voyait des manchots et des otaries). Certains croyaient même qu’il n’y avait plus d’animaux du tout (et ont fait demi-tour en apprenant que ce n’était pas le cas).

Pour éviter plus de revendications ?

Finalement, pourquoi la ville de Bordeaux a-t-elle refusé d’adopter ce vœu ? La réponse semble être logée dans la peur que ce soit une porte ouverte à plus de revendications pour les animaux. Fabien Robert est fier d’accueillir le spectacle équestre Zingaro à Bordeaux cet été, et pour Nicolas Florian, « si on est cohérent intellectuellement », se posera aussi la question des zoos. En effet, les associations antispécistes n’arrêteront pas leurs revendications aux animaux sauvages. Mais la population française, elle, est majoritairement favorable à l’interdiction des animaux sauvages (à 67% d’après un sondage Ifop / 30 millions d’amis en 2018), alors qu’elle l’est peut-être moins à celle des animaux domestiques.

De plus, la position de la Fédération des Vétérinaires d’Europe est claire : elle recommande depuis 2015 « à toutes les autorités compétentes européennes et nationales d’interdire  l’utilisation  de  mammifères  sauvages  dans  les  cirques  itinérants  dans  toute l’Europe, compte tenu de l’impossibilité absolue de répondre de façon adéquate à leurs besoins  physiologiques,  mentaux  et  sociaux »). Plus explicite encore : l’EAZA (association européenne des zoos et aquariums) s’est prononcée en 2017 globalement contre l’utilisation des animaux sauvages dans les cirques, sur la base des risques encourus par les humains ou les animaux, de la violence des pratiques de dressage et de l’absence de valeur éducative, refusant l’adhésion aux cirques et aux zoos partenaires de cirques, et prévoyant des sanctions pour les zoos offrant des spectacles similaires à ceux des cirques.

En conclusion

À chacun·e ses revendications. Mais quand la majorité de la population est favorable à une législation, que le Parti Animaliste (monothématique et centré sur les droits des animaux) obtient plus de 2% aux élections européennes et que les spécialistes recommandent d’adopter cette législation, que des villes de plus en plus nombreuses adoptent des vœux similaires à celui qui était présenté aujourd’hui, il devient plus difficile de comprendre pourquoi les élus se permettent de clore le débat sans même l’avoir ouvert.

Nous appelons donc la Mairie de Bordeaux à reconsidérer sa position et à adopter le vœu proposé.

ACTA Gironde | L214 | Anonymous for the Voiceless | Parti Animaliste


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