Neuigkeit zur PetitionPour que Christiane Taubira se présente à la primaire de la GauchePourquoi mon vote Macron sera un acte fondamentalement de gauche ?
Frans TORREELEFrankreich
30.04.2017
L’idée n’est pas tant de jouer les autorités morales — comme beaucoup ces derniers temps s’en découvrent la vocation — que de partager un cheminement intérieur qui m’a permis de dénouer une partie des tensions de la semaine passée. Peut-être cela vous aidera-t-il à vous positionner vous même et à accepter ce que vous allez faire ou non dimanche prochain. Je suis en rage. Je ne décolère pas. J’ai hésité. J’ai retourné mille fois la question dans ma tête. Au moins pendant 24h, je pensais m'abstenir. Je ne reviendrais pas sur les raisons qui m’ont fait me questionner (sens à donner au vote, fragilité de la démocratie du barrage, respect des électeurs FN — si si ! — …), mais je trouve toutes ces interrogations que nous partageons bien plus saines et vivifiantes que le réflexe pavlovien du « front républicain » auquel on nous exhorte. Durant la séquence qui a suivi la « pétition Taubira », j’ai dû répondre à de nombreux médias sur les raisons qui me poussaient à tenter de mettre en marche un mouvement de gauche. Et, sans bien y penser, j’ânonnais toujours la même réponse, qui tournait autour d’une incarnation des « valeurs de gauche ». Un jour, un journaliste plus pervers que les autres — encore plus ! — m’a demandé ce que j’entendais par ce mantra prêché sans plus y penser, par ces « valeurs de gauche ». En vérité, je ne savais pas bien, c’était à la fois clair et très flou… Je lui ai donc fait une réponse à la fois claire et très floue : être de gauche c’est être incapable d’être heureux dans un océan de malheur. Cette séquence m’est revenue en tête cette semaine. Si Marine Le Pen est élue, je serais profondément malheureux. Ce sera une peine plus intellectuelle que factuelle. En pratique, ma vie ne sera pas bouleversée et, si j’en avais la capacité, je pourrais tout à fait jeter un voile sur ce FN au pouvoir pour poursuivre une vie dont les contours resteraient les mêmes. Éventuellement, je râlerais quotidiennement sur Facebook. Peut-être irais-je à deux ou trois manif’ si certains seuils moraux sont atteints. Je m’en laverais les mains : si les français veulent l’extrême droite, au fond je n’ai rien à y redire, c’est le vieux principe usant — qui fait de notre système une démocratie faible — de la même frustration collective cyclique. J’en ai même entendu plus d’un me dire : si Marine Le Pen est élue, je me barre à l’étranger. Et pas comme un migrant fuyant sa patrie, mais bien comme un expatrié s’offrant une petite dose d’aventure. Et puis j’ai pensé à ceux qui n’étaient pas moi : les pédés, les nègres, les bougnoules, les goudous, les niakoués, les feujs, les trans etc. Tous ceux qui seront les premiers à souffrir, ceux dont la position au sein de notre société est la plus fragile. Je ne serai pas heureux dans leur océan de malheur. Alors oui, les plus fragiles vont souffrir avec Macron, et il me faudra encore accepter ma rage, ma rage irrépressible face à la violence toujours plus importante qui est faite aux plus faibles, cette violence banalisée et acceptée comme un ordre naturel et immuable… Mais cette violence, je la connais, je sais me positionner face à elle. Face à la haine de l’autre, je me sens désarmé. La haine — qui se nourrit de la violence de notre système, pas question de le nier — me pétrifie. Elle est puissante et une fois qu’on lui laisse libre court, elle s’épanouit à une vitesse telle que nos discours pondérés et argumentés n’auront plus aucun poids. Nous serons désarmés. Je ne pense pas que nous puissions nous payer le luxe d’être désarmés. En votant Macron, je vote pour ne pas accroître la surface de l’océan de malheur. Il faut que je me torde le poignet pour mettre son nom dans l’urne. C’est un acte contre soi. C’est un acte profondément de gauche.
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