
Madame,
Vous avez tenté d’entrer en contact avec moi, et j’ai pris connaissance de votre démarche. Si je n’ai pas répondu immédiatement, c’est parce que le poids de cette situation impose une réflexion que l'immédiateté des réseaux sociaux ne permet pas toujours. Je choisis de vous répondre publiquement aujourd'hui, car le combat que je mène depuis plusieurs jours vous dépasse, tout comme il me dépasse : il appartient à ces 90 800 voix qui se sont levées pour protéger l'enfance.
Moi, j'ai lu chaque témoignage des signataires et, parmi eux, j'y ai trouvé des victimes qui racontent leur histoire, leur combat. Par cette lettre que je vous adresse, je veux leur apporter tout mon soutien et leur dire ma peine. Avez-vous seulement lu un seul commentaire ? Avez-vous entendu l'indignation et la révolte de ceux qui ont trouvé une manière de se manifester autrement que dans la violence ou à travers les réseaux sociaux ? Alors, par cette pétition, je porte à votre attention tous ceux qui ne cautionnent pas en silence.
Je veux être claire : je mets en cause votre plume et vos écrits, mais jamais l'être humain que vous êtes. Malgré l'effervescence médiatique, je ne cautionne et ne cautionnerai jamais la mise en danger d'autrui ou le cyber-harcèlement. La dignité est le socle de ma lutte.
C’est avec mon cœur de lectrice que j’ai lu et analysé l’intégralité de votre tome 2. Vous vous cachez derrière l'étiquette « Dark Romance », mais il relève de votre responsabilité civile de catégoriser correctement vos ouvrages, particulièrement sous le statut d'auto-éditée. Vous affirmez avoir voulu dénoncer, mais à regret, je n’ai trouvé que 200 pages de maltraitance sans aucune perspective.
Où est la reconnaissance des victimes ? Où est la petite parole adressée aux victimes pour leur dire qu'elles ne doivent pas se murer dans le silence et que la société est là, à leur écoute ? Où sont les avertissements (TW) sur le Dark Web ou le marchandage des enfants ? Pourquoi ne pas prévenir que vos scènes les plus traumatisantes sont explicites et douloureuses ? Par votre plume, ce n’est pas une dénonciation, mais bien une apologie à la pédocriminalité que vous avez donnée à la naissance. On ne peut pas agir comme vous l'avez fait et ensuite tenir un discours de défense si basique. Pas une once de regret ou de sincérité envers ceux qui sont victimes dans la réalité de notre monde et les laissés-pour-compte de la société d'aujourd'hui.
Vous vous défendez en arguant que les extraits diffusés sont sortis de leur contexte, mais la vérité est que ces passages étaient pourtant les plus « diffusables ». Le reste est bien plus sombre. Vous minimisez le contenu auprès de vos lecteurs en parlant de « scènes suggestives », mais par ma lecture, je sais que vous avez dupé votre lectorat. En prime, vous n'avez pas respecté les clauses de publication de votre diffuseur, et pourtant, vous clamez haut et fort que vous êtes fière de votre ouvrage.
Vous avez tenté de faire taire et de malmener des chroniqueurs qui pointaient ces dérives, tout en laissant cet écrit à la portée de tous sur l'abonnement Kindle, sans remords. Des notes d’auteur ou un numéro d’aide en fin d’ouvrage ne sont pas des remparts. Un livre n’est pas inoffensif ; il porte une voix, une vision. Et dans la vôtre, où est la parole pour les victimes ? Où est le cri qui leur dit qu’elles sont légitimes ? On les minimise et on les noie sous les codes de la romance alors qu'elles sont ces petits êtres que notre société doit porter pour devenir celle de demain.
Comme l’écrivait si justement Victor Hugo :
« L'enfant doit être notre souci. Et savez-vous pourquoi ? Parce qu'il est demain. »
Protéger l'enfance, c'est protéger la beauté du monde avant qu'elle ne soit flétrie. C’est pour ce « demain » que je continuerai à me battre, pour que plus jamais le crime ne soit confondu avec la passion.
Anaïs FENAUTRIGUES-PETRELLI
Une maman et une lectrice engagée.