Petition updatePour le droit à une Mobilité Verticale Assurée pour toutes et tous !Fouad Ben Ahmed, une initiative au secours des personnes à mobilité réduite
Fouad BEN AHMEDFrance
7 May 2023

Il aide les naufragés de la mobilité

Fouad Ben Ahmed. Ce militant multicarte de Seine-Saint-Denis permet aux personnes à mobilité réduite de sortir de chez elles en cas de panne ou d'absence d'ascenseur grâce à un fauteuil mobile manié par des personnes en insertion.

Sa boussole. « Un monde meilleur»

Peut-être a-t-il le syndrome du sauveur ? « C'est une belle maladie !», plaisante en tout cas Fouad Ben Ahmed, qui se demande sans cesse « comment faire pour rendre la vie de quelqu'un meilleure ». Le film Un monde meilleur (une comédie dramatique américaine de Mimi Leader sortie en 2000), lui est d'ailleurs particulièrement cher. Sorti en 2001, il raconte com- ment un garçon de 12 ans, répondant à un devoir scolaire qui demande de trouver des solutions pour améliorer le monde, suggère d'aider trois personnes qui, à leur tour, devront en ai- der trois autres. Pour améliorer les choses, « il faut s'oublier et rester déterminé mais il faut aussi proposer des solutions», estime Fouad Ben Ahmed, citant les exemples précis de Coluche et de l'abbé Pierre, qu'il admire. Pour ce militant de la mobilité verticale « Les grandes victoires en termes d'acquis sociaux ont été le fruit d'un acharnement individuel au service d'une cause».

Il y a mille histoires dans la vie de Fouad Ben Ahmed. Celle d'un ancien cancre qui a redoublé trois fois mais qui, à la rentrée prochaine, va enseigner la création d'entreprise dans les services à la personne à l'université catholique d'Angers. Celle d'un enfant de Seine-Saint- Denis qui, ayant grandi à la cité de l'Abreuvoir à Bobigny avant de de- venir animateur puis chef de service, connaît son territoire comme personne. À tel point qu'en 2015, un journaliste américain en fait le personnage central d'une enquête de dix pages qui fera référence sur les banlieues françaises.

Et puis il y a aussi le spectaculaire acte de bravoure de ce père de famille qui, alors qu'il emmenait ses enfants voir Super- man au cinéma en 2013, tombe sur un homme armé décidé à en découdre avec sa femme et son amant, lui fait une prise de jujitsu et l'immobilise jusqu'à l'arrivée des forces de l'ordre. 

Et pourtant, c'est encore une autre facette de la vie de Fouad Ben Ahmed qu'il faut raconter cette fois. Cette histoire-là, qui lui vaut d'être nominé à un prix polonais en matière d'in novation, a commencé en juillet 2016, à Bobigny. Ce soir-là, le militant multicarte, qui anime le CAC 93», un «club des acteurs citoyens » œuvrant pour résoudre les problèmes du quotidien, a invité les habitants du quartier à une paella associative. Mais Martine, 66 ans, ne vient pas.

Depuis presque deux mois, cette femme en fauteuil roulant est bloquée dans son appartement par une panne d'ascenseur qui ne sera pas réglée avant huit semaines encore. « On est capable d'envoyer quelqu'un dans l'espace mais on est incapable de garantir que les gens puissent sortir de chez eux!», s'indigne Fouad. Qui déploie alors son énergie pour interpeller le bailleur, mobiliser des soutiens, et médiatise la situation, qui sera, du coup, résolue en huit jours.

Sur le compte Facebook qu'il crée pour l'occasion, très vite, une multitude de témoignages similaires affluent. Une mère qui doit porter son fils handicapé, des personnes âgées qui ne peuvent faire leurs courses, des invalides qui sont empêchés de se rendre à un rendez-vous mé- dical... « Quand on vit en appartement, on peut très vite se re- trouver prisonnier chez soi pour peu qu'on soit âgé, handicapé ou malade», résume Fouad Ben Ahmed, qui fonde alors le collectif Plus Sans Ascenseur pour agir plus efficacement auprès des bailleurs.

Mais Fouad n'est pas un idéo- logue. Plutôt un idéaliste. « Je n'ai pas une vision radicale des choses, je suis par nature optimiste et à la recherche de solution», explique celui qui, en 2018, se rapproche d'un fabricant pour concevoir un fauteuil sur roues pivotantes. Manié par un bénévole, il peut monter et descendre sans effort n'importe quel escalier.

Dès 2019, une expérimentation est menée dans la commune du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) pour prendre en charge les naufragés de la mobilité. Expérience réussie.

Pour grandir, et répondre à des marchés publics, Fouad Ben Ahmed transforme alors l'activité bénévole en entreprise. Depuis février 2021, la société SAMV (Solution d'assistance à la mobilité verticale) propose des prestations de mobilité verticale, et, en attendant de rentabiliser cette activité nouvelle, du portage de courses.

Grâce à dix fauteuils et six véhicules, près de 29 personnes, essentiellement des salariés en insertion, ont été recrutées. 170 personnes ont été transportées, et plus de 7 500 déplacements, payés par les bailleurs et les ascensoristes, ont été effectuées en Île-de-France mais aussi à Marseille, Bordeaux, Rouen ou Angers. Et nous avons des perspectives à Caen, Rouen, Toulouse, Reims, Lille, Le Havre ou Nice», se réjouit Fouad Ben Ahmed, qui semble inarrêtable.

«En aidant les gens à se déplacer, on peut vraiment aider les personnes âgées ou handicapées à mieux vivre tout en restant à leur domicile», insiste-t-il. Pour cela, «il faut développer le métier d'assistant à la mobilité verticale et se déployer sur tout le territoire.» Fouad Ben Ahmed travaille d'ail- leurs avec le sénateur Thierry Meignen (Les Républicains) à une proposition de loi visant à faire inscrire l'aide à la mobilité verticale dans les contrats de tous les ascensoristes.

Nathalie Birchem

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Fouad-Ben-Ahmed-initiative-secours-personnes-mobilite-reduite-2023-04-25-1201264895

Copy link
WhatsApp
Facebook
Nextdoor
Email
X