Pour la reconnaissance de la liberté capillaire à l'Université de Bondoukou.

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Le problème


À l'attention de Monsieur le Président de l'Université de Bondoukou, des autorités administratives et de l'ensemble de la communauté universitaire.


L'Université de Bondoukou est appelée à devenir l'une des grandes institutions universitaires de Côte d'Ivoire et de la sous-région. Elle porte une ambition forte et inspirante : être une université d'excellence et d'ouverture sur le monde.

Cette ambition implique naturellement l'excellence académique, la recherche, l'innovation et la formation des cadres de demain. Mais elle implique également l'ouverture aux cultures, aux identités, aux sensibilités et à la diversité humaine qui caractérisent le monde contemporain.

C'est dans cet esprit que nous souhaitons ouvrir une réflexion autour de la liberté capillaire au sein de l'Université de Bondoukou.

Pendant des siècles, les peuples africains ont entretenu avec les cheveux un rapport profondément culturel, identitaire et parfois spirituel. Contrairement aux représentations simplifiées héritées de certaines périodes historiques, l'Afrique n'a jamais connu un modèle unique de coiffure.

Les sociétés africaines ont toujours connu une extraordinaire diversité capillaire.

Cheveux longs, cheveux courts, tresses, nattes, coiffures élaborées, têtes rasées lors de rites particuliers, cheveux naturels ou coiffures symboliques : chaque peuple, chaque communauté et parfois chaque individu possédait ses propres références, ses propres traditions et ses propres sensibilités.

La coiffure pouvait exprimer l'âge, le statut social, la fonction, la spiritualité, l'appartenance communautaire ou simplement le choix personnel.

Autrement dit, l'histoire africaine est avant tout l'histoire d'une liberté et d'une diversité des expressions capillaires.

Les travaux de Cheikh Anta Diop et de Théophile Obenga ont largement contribué à réhabiliter la richesse et la complexité des civilisations africaines pré coloniales ainsi que leurs propres références culturelles et esthétiques.

Frantz Fanon, dans son analyse de l'aliénation coloniale, expliquait comment certaines normes héritées de la domination coloniale avaient progressivement conduit les peuples colonisés à percevoir leurs propres caractéristiques culturelles à travers le regard du colonisateur.

Ngũgĩ wa Thiong'o développera plus tard l'idée de la « décolonisation de l'esprit », invitant les sociétés africaines à retrouver la capacité de définir elles-mêmes leurs références culturelles, leurs critères esthétiques et leur rapport à leur propre identité.

La question des cheveux s'inscrit pleinement dans cette réflexion.

Car derrière une coiffure, il peut y avoir une histoire familiale.

Il peut y avoir une culture.

Il peut y avoir une conviction spirituelle.

Il peut y avoir une appartenance.

Il peut simplement y avoir le désir fondamental d'être soi-même.

Par ailleurs, lorsqu'on observe les grandes universités du monde en Afrique, en Europe, en Amérique du Nord, en Asie ou en Océanie ... Il apparaît qu'aucune corrélation n'est établie entre la longueur des cheveux d'un étudiant et sa capacité à apprendre, à réussir ou à contribuer à la vie universitaire.

Les étudiants des plus prestigieuses institutions universitaires internationales portent des cheveux courts, des cheveux longs, des tresses, des locks ou d'autres coiffures sans que cela ne remette en question leur excellence académique ou leur sérieux.

L'excellence universitaire se mesure aux résultats, au travail, à la créativité, à la recherche, à l'engagement intellectuel et au mérite.

Elle ne se mesure ni à la texture des cheveux ni à leur longueur.

L'Université de Bondoukou, en tant qu'université d'excellence et d'ouverture sur le monde, est appelée à accueillir des étudiants venant de toutes les régions de Côte d'Ivoire, d'Afrique et du reste du monde.

Elle accueillera des cultures différentes.

Des traditions différentes.

Des sensibilités différentes.

Des manières différentes d'habiter le monde et de se représenter soi-même.

Cette diversité ne constitue pas une menace pour l'institution universitaire.

Elle constitue au contraire l'une de ses plus grandes richesses.

Une université ouverte sur le monde ne demande pas à ses étudiants de devenir identiques.

Elle leur apprend à vivre ensemble malgré leurs différences.

Elle leur permet d'apporter à la communauté universitaire la richesse de leurs parcours, de leurs cultures et de leurs identités.

C'est pourquoi nous appelons respectueusement les autorités de l'Université de Bondoukou à ouvrir une réflexion sur la reconnaissance de la liberté capillaire au sein de notre institution.

Nous ne demandons ni privilège ni traitement particulier.

Nous demandons simplement que les étudiants soient jugés sur leurs compétences, leurs travaux, leur comportement académique et leur contribution à la vie universitaire plutôt que sur la longueur de leurs cheveux ou le style de leur coiffure.

Parce qu'une université d'excellence doit également être une université de liberté.

Parce qu'une université ouverte sur le monde doit être ouverte aux différences.

Et parce que l'avenir de l'enseignement supérieur africain se construira davantage dans la confiance accordée aux étudiants que dans l'uniformisation des apparences.

Si vous partagez cette vision d'une Université de Bondoukou toujours plus ouverte, plus inclusive et plus fidèle à sa devise, nous vous invitons à signer cette pétition et à soutenir cette démarche.

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Pétition lancée le 16 juillet 2026