Petition updatePour la protection du patrimoine littéraire françaisRéponse de l’AP Lettres — et bref éclaircissement
Laura MATTHEY-JONAISSaint-Genis-Pouilly, France
Nov 23, 2025

L’AP Lettres m’a répondu en des termes dont la sécheresse surprend. Sous couvert d’érudition, ils affectent de croire que ma pétition viserait à figer la littérature, à proscrire Racine s’inspirant d’Euripide, ou à consacrer quelque texte unique comme vérité immuable. Ainsi déplacent-ils la question, éludant entièrement ce qui la motivait : les travestissements contemporains infligés à nos classiques.

Ils opposent des exemples hors de propos, multiplient les détours philologiques, et concluent, enfin, qu’il faudrait se défier de toute édition revendiquant quelque sceau d’authenticité — comme si la clarté envers le lecteur constituait un péril.

En somme : un ton hautain, des raisonnements qui s’écartent du sujet, et nulle réponse véritable à l’inquiétude soulevée.

Afin de conserver, avec vous, une transparence absolue, en voici ma réponse : 

Madame, Monsieur,

Je vous remercie de votre réponse — quoique sa verdeur, pour ne point dire sa promptitude à caricaturer mes propos, étonne dans une institution que l’on eût crue vouée à la nuance et au discernement.

Il est, me semble-t-il, aisé de comprendre que ma pétition ne vise nullement à interdire le travail savant, l’édition critique, ni les traductions nécessaires pour transmettre des œuvres en langues anciennes ; elle vise à condamner les travestissements mercantiles qui, sous prétexte d’audace, altèrent les textes au point d’en dissoudre l’esprit.

Assimiler cette exigence de respect à une volonté d’abolir Racine, Montaigne ou Homère dans leur vitalité philologique relève d’un sophisme dont je m’étonne qu’on s’autorise si légèrement.

Je n’ai jamais demandé — et vous le savez fort bien — que l’on proscrive les travaux d’érudition, ni que l’on fixe une édition « ne varietur » à la nation tout entière. Il s’agit seulement de rappeler que le domaine public n’est pas un champ de défiguration libre, et qu’entre l’édition critique et la réécriture insolente, il existe une frontière qu’il convient, aujourd’hui plus que jamais, de rappeler.

Opposer, comme vous le faites, la souplesse des humanités à la préservation du patrimoine littéraire revient à confondre le geste savant et la manipulation opportuniste.

Il va de soi que les premiers doivent vivre ; il va également de soi que les secondes doivent être dénoncées.

Je regrette, enfin, que vous répondiez par des caricatures à une inquiétude pourtant largement partagée quant au traitement infligé à nos classiques — inquiétude que vous n’ignorez point.

Pour ma part, je continuerai de défendre que les œuvres majeures, lorsqu’elles tombent dans le domaine public, ne tombent point pour autant hors de toute exigence morale. La liberté n’abolit pas la responsabilité.

Veuillez croire, Madame, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.

 

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