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PROJET DE CHARTE CITOYENNE POUR UNE ALGERIE LIBRE ET DEMOCRATIQUE !

I. PRÉAMBULE 
La révolution démocratique est en marche. En ces heures où le destin de l’Algérie se joue entre les forces du progrès et les nostalgiques des années de plomb agrégés au sein de l’ancien système, les patriotes sont appelés à leurs responsabilités. Leur union autour d’une vision politique et stratégique fidèle aux sacrifices d’hier et aux appels d’aujourd’hui est plus que jamais requise pour assurer le succès de cette révolution et mettre en échec les dévoiements visant à régénérer le système. L’heure est décisive, elle ne permet ni hésitation, ni laxisme, ni débats fantaisistes. Elle exige de nous que nous nous portions à l’avant des luttes avec perspicacité, efficacité et détermination. Il y va du destin de notre pays et de notre avenir, c’est pourquoi nul n’a le droit de faire de ce grand moment de ferveur patriotique un sujet de marchandage. L’intérêt suprême du pays et de l’idéal démocratique qui lui est corollaire ne doivent souffrir aucune ambiguïté. Dans cette perspective et pour la clarté de nos objectifs, nous proposons en préalable une adhésion totale et convaincue aux principes qui constituent les fondements d’un État de droit moderne pour une Algérie démocratique tournée vers le progrès. Conscients de l’importance vitale et évidente que revêtent ces principes pour une démocratie effective, nous ne doutons pas d’obtenir l’assentiment de tous les patriotes algériens. L’Algérie est devant un défi historique majeur : doter le pays de l’État-nation qui lui assurera stabilité, liberté, justice et développement. Forte d’une mobilisation exceptionnelle et animée par un esprit citoyen salué par tous, la révolution du 22 février invite à parachever en fait la guerre de libération nationale par les prolongements politique et institutionnel empêchés par les affrontements fratricides de 1962 et les régimes qui en sont issus. Faute d’avoir fait place au citoyen au lendemain de la guerre, le militant a cédé devant le militaire. Il aura fallu cinquante-sept ans de despotisme avant que le soulèvement du 22 février, porté par les jeunes et les femmes, vienne surprendre le monde et bouleverser le paysage politique en Algérie. La jeunesse, assujettie à une éducation sectaire, socialement précarisée, donnée pour désabusée et démobilisée et la femme algérienne présumée acquise et soumise à la régression constituent aujourd’hui le fer de lance de ce combat citoyen, déterminé et pacifique pour un changement radical impliquant le départ du système autoritaire qui sévit depuis l’indépendance. L’Algérien puise ses forces dans la dignité retrouvée et la confiance renouvelée – en soi et dans l’avenir. Assumée et affirmée par le peuple libéré, l’exigence de rupture est une priorité nationale. Les esquives et autres manœuvres destinées à en voiler la nature ou en différer l’urgence sont l’une des menaces qu’il nous faut démasquer et combattre. L’Algérie ne peut se permettre une autre déception, un échec de plus. S’il ne s’agit pas de se complaire dans le jugement facile, il est de notre devoir de procéder méthodiquement, sans surenchère mais sans complaisance à l’évaluation de notre passé récent. Les non-dits, les censures, les maquillages et les propagandes sont les causes profondes du malheur algérien.  

II. CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES 
Plusieurs fois contrariée, l’aspiration à une existence respectant l’individu et honorant les devoirs de solidarité et d’équité collectives a néanmoins souvent inspiré les moments les plus décisifs de notre passé. Niée, déformée ou censurée, l’Histoire nationale fut protégée par la mémoire socialisée qui reste la source première des grandes émergences nationales. Plongeant ses racines dans une histoire multimillénaire, l’Afrique du Nord centrale, zone privilégiée de grands mouvements historiques, a dû affronter une succession d’invasions qui lui ont laissé peu de temps pour se réaliser en tant qu’entité accomplie – sans tutelle externe – dans le bassin méditerranéen. Émiettées, quelquefois opposées et souvent soumises, les populations algériennes ont, malgré tout, su garder une âme singulière qui a permis, à chaque étape de leur parcours, la renaissance de l’être collectif. Dans les temps modernes, le cours de l’Histoire algérienne s’est heurté à deux grands obstacles :   
• La Régence turque dont l’administration parasitaire a exclu les autochtones des centres de décisions politiques. Durant trois siècles, celle-ci s’est employée à empêcher et au besoin réprimer toute velléité de construction nationale.
• La colonisation française de 1830, menée par l’une des plus grandes puissances militaires et industrielles du XIXe siècle qui est devenue colonisation de peuplement après avoir défait le Dey Hussein en trois semaines. Démuni et sans institutions étatiques propres, le pays verra tous ses mouvements de révolte écrasés dans le sang. Dans la nuit coloniale, des militants, en phase avec leur peuple, ont choisi de sacrifier leur confort personnel et même leur vie pour entretenir la flamme des combats longs, ceux que l’on mène pour l’honneur et les générations futures. Et dans la guerre contre l’occupant, une autre guerre pour la citoyenneté n’a jamais cessé. C’est grâce à eux qu’au début du XXe siècle apparaissent enfin des formes de lutte qui projettent l’État-nation algérien dans la rationalité. Face à un adversaire négateur de l’idée nationale, entravé par des archaïsmes entretenus et instrumentalisés par l’occupant, le mouvement national peine à trouver les formes et les voies les mieux indiquées pour mener de pair le défi de la libération nationale et celui de la démocratie post-coloniale. Profitant de carences dans l’élaboration du concept de nation moderne, notamment dans son identité et son ancrage historique, divers courants de pensée transnationaux hégémoniques alors en vogue cherchent à préempter, sinon contrôler idéologiquement, le combat national algérien. Le débat interne qui devait nourrir la réflexion sur le futur État national fut détourné avant d’être violemment combattu.
Dans le long et valeureux parcours du Mouvement national, des occasions d’aller vers la démocratie se sont présentées. Pour des raisons historiques, idéologiques, politiques, sociologiques et culturelles, toutes n’ont pas toujours été fructifiées. Ces propositions militantes ont cependant permis de perpétuer l’esprit critique et créateur dans les circonstances et les périodes de reflux politique. Moins de dix ans après la terrible répression de mai 1945, dans un univers de misère sociale et de délabrement économique, au moment où l’impasse semblait totale, surgit un miracle algérien nourri par des militants anonymes. L’esprit de l’audace et du don de soi pour la patrie provoque l’insurrection du premier novembre 1954.
Salvateur, ce sursaut ne sera cependant pas suffisant pour conférer toute sa plénitude à l’émancipation algérienne. En août 1956, lors du congrès de la Soummam, est adoptée la plateforme qui prolongera l’appel à la lutte armée par une révolution revendiquant l’autonomie décisionnelle et prônant une conception civile de la cité algérienne. Le document sera rapidement et sévèrement attaqué de l’intérieur et de l’extérieur. Une année plus tard, en août 1957, lors de la réunion de la direction du FLN au Caire, la force brutale l’emporte. Le fragile espoir d’une Algérie démocratique et sociale est tué dans l’oeuf. La lutte de libération a suivi son cours mais, depuis, la violence, le népotisme et l’opacité imprègnent la vie publique. L’arbitraire colonial qui accélère la formation de la conscience nationale n’empêche pas la mutilation politique de l’indépendance : la décolonisation n’apporte ni liberté ni démocratie. Entamée comme une lutte emblématique du processus de décolonisation du tiers-monde, la guerre de Libération algérienne finira, elle aussi, dans le désenchantement général post-colonial. Arbitraire, fraudes électorales, censure générale, paupérisation, corruption institutionnalisée,… soumettront la société. La congélation politique durera plus d’un demi-siècle. Jouant sur les divisions régionales qu’il prétend combattre, le système empêche l’interconnexion des revendications populaires et se livre à une entreprise de conditionnement et d’embrigadement des nouvelles générations. Cependant, même coupée de son passé par un système éducatif aliénant et une désinformation primaire, la jeunesse algérienne a pu retrouver et se réapproprier les séquences fécondes de son passé. Les combats de Jugurtha et de Takfarinas contre Rome, l’épopée de la Kahina ou de Fadhma n Soummeur, les règnes d’Abdelmoumen et de Yaghmorassen, les résistances d’Abdelkader et de Cheikh Aheddad tout comme les vérités cachées de la révolution seront progressivement redécouverts pour être assumés avec fierté et lucidité. 
Plus tard, les appels d’Amar Imache dans l’Étoile nord-africaine, l’invitation à débat de 1949, l’État civil de la Soummam de 1956, l’opposition résolue du FFS en 1963, la résistance de l’ORP (Organisation de la Résistance Populaire) au lendemain du putsch de 1965, la production critique du parti de la révolution socialiste(PRS) dans les années 70, l’insurrection citoyenne d’avril 80, les manifestations dans l’ouest du pays en 1986, celles des étudiants de Constantine la même année, l’explosion d’octobre 1988, les soulèvements successifs du Mzab, la révolte de 2001 en Kabylie, les mobilisations du Grand Sud contre le chômage et l’exploitation du gaz de schiste sont autant de luttes menées en faveur de l’instauration d’une cité démocratique arbitrée par le citoyen d’où seraient bannis l’abus d’autorité des despotes, le culte de leur personnalité ou la dictature de la majorité.
La transmission intergénérationnelle a été hachée et laborieuse mais la pugnacité patriotique est venue à bout de la censure et de l’endoctrinement. 
L’accumulation de ces engagements, sacrifices et propositions transmis dans la clandestinité, arrivée enfin à maturité, constitue la sève de la révolution en cours dont il faut préserver sagacité, force et pérennité. Cet apprentissage de soi volontariste sera l’un des facteurs les plus déterminants de l’avènement de l’insurrection pacifique du 22 février qui vient faire mentir tous les déterminismes qui avaient catalogué l’Algérie parmi les nations condamnées à survivre dans la violence atavique. Dans cette nouvelle épopée, la tradition de l’héroïsme qui se nourrit de la confiance et de la fierté de soi est confirmée. L’Algérien ne sollicite ni aide ni compassion d’autrui. Le règne de la démagogie et de la rente a vécu. Le pays est appelé à tout revoir avant de tout réinventer.
La phase de transition qui doit permettre à l’Algérie de renouer avec l’espérance démocratique trahie en 1962 revêt une importance capitale, sinon vitale. C’est de la façon dont est organisée cette étape que dépend la renaissance algérienne.

III. CADRES INSTITUTIONNELS 
Fautes originelles, l’assassinat d’Abane Ramdane en décembre 1957 et le renversement du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), instance légale de la nation naissante, commis en 1962, installeront une culture du coup de force qui ignore la volonté populaire. Décidé en 1956, le découpage territorial établi autour des régions naturelles du pays et qui a permis au FLN de demeurer en symbiose avec les populations pendant toute la guerre sera renié et même diabolisé. Imposture supplémentaire, la crise de l’été 1962 consécutive au coup d’État perpétré par l’armée des frontières sera imputée au “wilayisme”. Déterminé à accaparer le pouvoir, le segment populiste du mouvement national recourt aux raccourcis les plus expéditifs. Les mimétismes dictés par les modes idéologiques et les pressions extérieures façonnent l’architecture politico-administrative du pays. Mélange de jacobinisme, de centralisme démocratique et d’arabo-islamisme, l’attelage institutionnel algérien aboutira à la concentration des pouvoirs et la gestion opaque qui empêcheront les Algériens de mobiliser leur potentiel pour affronter la bataille du développement. Quelques mois seulement après l’indépendance, le chef de l’État s’octroie une multitude de départements ministériels, les bourrages d’urnes hérités de l’ère coloniale régentent des simulacres d’élections. La pratique de la torture repart de plus belle, les répartitions des biens vacants entre clientèles annoncent une corruption qui deviendra le mode opératoire de la captation du bien public. Dispositif sans rapport avec la réalité sociologique du pays, les institutions serviront d’alibi à une représentation nationale factice et d’outil de domination à des factions politiques tenant leur autorité de clans invisibles qui exercent dans l’ombre le pouvoir réel. Les régions sont niées au profit d’un régionalisme qui n’hésite pas à régresser vers le tribalisme. Il faut, pour sortir de ces archaïsmes, rédiger une autre Constitution qui institue la pleine citoyenneté de tous les Algériens. Pas un seul individu ne doit se sentir étranger dans son propre pays. Plus clairement, chaque minorité, qu’elle soit politique, culturelle, linguistique, cultuelle ou autre, doit avoir les mêmes droits que la majorité. Rien de cela ne peut se faire sans un changement de la structure de l’État. Toute nation est naturellement traversée par des axes d’hétérogénéité. Un État comme celui que nous avons connu jusque-ici (fortement centralisé et fortement idéologisé) ne peut régler les différends politiques et sociaux ordinaires dans un pays aussi vaste et aussi diversifié que l’Algérie.  En optant pour un État-régions unitaire, nous rejoindrons tous les pays modernes. Longtemps, on nous a fait croire aux dangers de la région. La vérité est que les clans au pouvoir, par la centralisation, ont gardé une omnipotence et une omniprésence sans partage sur toute la nation. Tout le pays travaille pour le cœur du système.  Nous avons eu à le vérifier, à nos dépens, durant des décennies. Ce type de système se pérennise, entres autres, en générant des conflits au sein des populations. Les longs et obscurs circuits administratifs offrent nombre de niches à la corruption. Outre qu’il est plus efficace, car plus réactif, un pouvoir local exercé par la démocratie de proximité est, à l’inverse, plus transparent et donc plus difficile à corrompre. Une nation civilisée est une nation capable de compromis. 
C’est la raison pour laquelle les grandes questions de société doivent être débattues sans attendre. Cela aidera à la construction d’un nouveau système qui prenne en compte la diversité et la pluralité d’opinion. 

Nous pourrons alors construire une grande nation qui saura se faire entendre et respecter dans le concert international, car l’Algérie en a toujours le capital symbolique et le potentiel humain. Une nation administrée par un État qui mènera une politique sociale juste et construira une économie performante basée sur la création de richesses et non plus sur la rente pétrolière, détournée de surcroît au bénéfice de la caste au pouvoir. Nous avons, pour cela, une jeunesse qui a su montrer, en ces moments de crise, des capacités insoupçonnées jusque-là. Il faut mettre fin aux dispositifs clientélistes et promouvoir la méritocratie, juste prix de l’effort consenti. Par ce biais, l’on parviendra à une intégration saine de la jeunesse dans l’appareil économique qui sera ainsi dynamisé. La finalité de celui-ci se doit d’être au service des plus défavorisés. L’Algérie pour laquelle se sont battus nos aînés, la “république démocratique et sociale” ne peut souffrir un chômage endémique ou d’une masse de laissés-pour-compte qui vont grossir les rangs des naufragés économiques en Méditerranée.  L’ancrage du pays dans une matrice nord-africaine démocratique assumant son substrat amazigh est une exigence historique, une nécessité socioéconomique et un impératif géopolitique qu’il y a lieu de traduire institutionnellement dans la mise en perspective révolutionnaire. La surpolitisation de la religion par le système FLN est venue dévier une pratiqureligieuse vécue dans la piété et la tolérance depuis des siècles. L'islam nord-africain a été peu à peu évacué des lieux de culte pour céder la place à une instrumentalisation qui a failli effacer la collectivité nationale. Si la phase de transition ne vient pas rapidement engager les débats libres et sereins autour de ces chantiers, le pays risque de se retrouver dans des conjonctures politiques aux conséquences fortement préjudiciables pour la nation et tout notre environnement géographique.

IV. PRINCIPES FONDATEURS
Après les épreuves tragiques des années 90 dont nous n’avons pas pu faire l’économie à cause du déficit démocratique inhérent à la nature du système, l’essentiel des acteurs politiques et sociaux admet désormais que la nation doit inscrire son destin dans la démocratie. L’occasion est donnée à chacun de mettre en conformité ses allégations avec ses actes. L'alternance au pouvoir, la séparation des pouvoirs, l’égalité homme/femme, le respect des droits humains, l’identité nationale récupérée, la liberté de culte et de conscience corrélée à la non politisation du religieux doivent être solennellement consacrés comme fondements de la nouvelle Algérie.
Ces préalables sont un minimum républicain. Ils ne doivent faire l’objet d’aucune concession faute de quoi, il faudra se résoudre à sombrer de nouveau dans le cycle des instabilités qui ont fait de l’Algérie le ventre mou de la région nord-africaine.

V. SITUATION SOCIOÉCONOMIQUE
Dès les premiers jours de l’indépendance l’Algérie s’est trouvée dans une situation économique précaire. Colonisation de peuplement, ses terres ont été confisquées pour être dédiées à la demande agricole métropolitaine. L’industrie a été délibérément minorée et sa force de travail fut largement absorbée par le développement hexagonal ou consommée par les guerres. En 1962, l’usurpation du pouvoir excluant le citoyen a privé le pays d’une vision projetant la nation dans une politique de développement mettant en valeur ses potentialités naturelles et répondant d’abord aux besoins des populations. Des choix aléatoires dictés par les modes doctrinales, le militarisme budgétivore et les appétits politiques clientélistes ont installé la nation dans une gestion bureaucratique prédatrice qui a dilapidé les ressources nationales et aggravé la fuite des cadres et de la jeunesse. Pour organiser la prédation, le système met en place des réseaux et des mécanismes parallèles et illégaux. Contraint d’adapter son quotidien à la nature mafieuse du pouvoir, le citoyen cherche des solutions à ses problèmes dans “l’État sous-terrain”. La justice, le fisc, les promotions professionnelles comme la moindre quête sociale se négocient dans l’informel. Ce marasme général sera accentué par une éducation nationale livrée à une idéologie sectaire qui a lourdement affecté la qualité de la formation avec son lot de chômage de masse et un exode rural qui a déstabilisé autant la ville que la ruralité. Pour l’essentiel, les performances économiques du pays dépendent des fluctuations du prix du baril. L’aubaine des hydrocarbures est aujourd’hui sérieusement compromise par l’explosion de la demande interne, la baisse des réserves des énergies fossiles avec une augmentation significative de leurs coûts d’exploitation et l’accélération de la recherche sur les énergies vertes. La stratégie économique doit être rapidement repensée pour être réorientée vers des conceptions plus rationnelles. La valorisation du travail, la transparence du marché et une politique monétaire plus conforme à la réalité de la production ne peuvent souffrir de retard. Des audits sur les fonciers agricole, forestier et industriel, des évaluations rigoureuses quant aux effets immédiats du recours à la planche à billets et des études concernant les impacts environnementaux des décisions industrielles hasardeuses sont à prévoir dans les meilleurs délais. Enfin, de par son patriotisme jamais démenti, ses potentiels financier et économique, son expertise scientifique et intellectuelle et la surface de contact qu’elle représente dans le monde, la diaspora qui a toujours été un acteur important dans les luttes démocratiques nationales doit être associée au mouvement de renaissance en cours. La phase de transition risque de se dérouler dans un environnement socioéconomique des plus contraignants. C’est pour cela qu’il convient d’appréhender cette séquence avec le maximum de rigueur pour arriver au plus vite à la construction d’instances représentatives légitimes et performantes à même de justifier et de faire admettre d’éventuelles mesures d’austérité. 

VI. CONTEXTE GÉOPOLITIQUE 
Pays central doté de la plus grande superficie du continent, pourvu de ressources considérables encore inexploitées, l’Algérie est un pays majeur de l’Afrique du Nord. Par volonté et par appréhension de l’ouverture, le système a délibérément choisi la fermeture et l’ostracisme. Sans être la seule raison de la régression nationale, cette posture belliqueuse invoque l’ennemi intérieur et extérieur pour justifier la restriction des libertés et les gestions autoritaires. Cela n’a pas été sans conséquences sur la stabilité et le développement de la région. La synergie économique n’a pas eu lieu. Vitales, les coopérations sécuritaires face au terrorisme restent aléatoires et les relations entre les acteurs politiques, sociaux, culturels et économiques avec notre voisinage immédiat se sont progressivement distendues. 
Sans perspectives collectives, à cause des pouvoirs contestés, l’Afrique du Nord, destinée à être une matrice privilégiée de relations fécondes entre le Nord et le Sud, l’Orient et l’Occident, est aujourd’hui une poudrière. L’échec sanglant de l’expérience algérienne a permis au fondamentalisme islamique d’essaimer aujourd’hui dans toute la région avant de contaminer l’environnement sahélien. Notre nation peut et doit s’ouvrir, rapidement vers une nouvelle Afrique du Nord qui est un existant historique à reconquérir. N’oublions pas que les frontières qui nous séparent n’ont de réalité que depuis les conquêtes coloniales. Une Afrique du Nord des régions, résolument méditerranéenne s’ouvrant sur les pays sahéliens est un rêve réalisable à moyenne échéance. Nos jeunes n’auront plus à risquer leur vie à la recherche de paradis fictifs. La révolution démocratique algérienne a vocation à ouvrir le champ des analyses critiques et prospectives et celui des coopérations régionales pour construire un marché – pour l’heure largement capté par des puissances extérieures – à la dimension de notre géographie humaine et économique. Il convient de noter que le potentiel démocratique du sous-continent nord-africain est perçu par des régimes, parmi lesquels les monarchies du Golfe ne sont pas les moins actives, comme une source menaçant les ordres féodaux sur lesquels elles fondent leurs pouvoirs. Ces entités mobilisent leurs relais locaux et de grands moyens financiers pour contenir des aspirations démocratiques dont elles redoutent les contagions sur leurs pays. La révolution du 22 février fait partie des cibles qu’elles se donnent le droit et le devoir de neutraliser. Un des défis de la révolution du 22 février est de renouveler l’autonomie conceptuelle et organisationnelle édictée à la Soummam en 1956 et qui permit à la révolution algérienne de rejeter toute forme de tutelle sur son projet libérateur. Cependant, ces principes qui ont permis de sécuriser la dimension militaire du combat algérien n’a pas résisté aux pressions idéologiques qui ont gagné une frange non négligeable des dirigeants. C’est essentiellement le reniement de la primauté du politique sur le militaire et les interférences idéologiques étrangères qui ont fait que l’Algérie se voit aujourd’hui obligée de redéfinir ses horizons civilisationnels.

VII. ORGANISATION DU CONSENSUS RÉVOLUTIONNAIRE 
Depuis le 22 février, une dynamique inédite s’est mise en marche. Pour l’instant, les manœuvres et autres manipulations du pouvoir destinées à désamorcer ou dévoyer le mouvement ont toutes échoué. Des propositions de sortie de crise émanant de partis, d’organisations socioprofessionnelles ou de personnalités de diverses obédiences ont été produites. Sans avoir fait l’objet de débats approfondis, ces textes qui ont le mérite d’exister convergent sur un certain nombre de considérations. Tous rejettent le statu quo, les mécanismes de la gestion de transition esquissés sont globalement similaires. La présidence collégiale, le collège de gestion de la transition, le gouvernement de transition (appelé différemment ici ou là mais dont la mission reste la gestion des affaires courantes) ainsi que l’installation d’une commission indépendante d’organisation des élections et la mise en œuvre d’un processus constituant font consensus.  Néanmoins, et même si tout le monde assure se reconnaître dans le mouvement populaire, deux approches s’affrontent sur les problèmes de fond. Elles distinguent les opposants historiques au système des factions plus ou moins fraichement déconnectés du sérail pour diverses raisons. 
Ces antagonismes doivent être clairement identifiés pour être discutés en toute loyauté et transparence car ils n’impliquent ni la même lecture du présent ni les mêmes solutions pour l’avenir. Dans la formulation, les tenants d’un changement radical, reprennent et assument le slogan des manifestants exigeant le départ du système. Cet appel suppose quel’impasse algérienne est la conséquence directe de la confiscation et du dévoiement du combat libérateur. Une telle vision appelle une mise à plat générale de la problématique algérienne pour envisager une vision nationale inédite afin de concevoir les solutions à la mesure des crises qui handicapent la nation. Pour leur part, les anciens dignitaires reconvertis à la contestation limitent leur demande au changement du régime de Bouteflika. Pour ce qui les concerne, la situation délétère que vit le pays relève de la responsabilité exclusive du chef de l’État déchu et de son entourage. Les grands choix faits au lendemain de la guerre, les structures opaques, les mécanismes secrets et même les acteurs sulfureux hérités du coup de force de 1962, pour peu qu’ils soient accommodés aux nouvelles exigences claniques, peuvent être recyclés. De ces analyses découlent différentes considérations pratiques essentielles pour le devenir algérien qui se séparent en deux courants. L’un estime que l’armée algérienne qui a confisqué le pouvoir au lendemain de la guerre doit au plus vite rentrer dans les casernes, pendant que l’autre, la considérant toujours comme l’axe névralgique de la Nation, lui demande de continuer à arbitrer la scène politique.
Ces divergences influent aussi sur l’agenda électoral. Les opposants au système estiment que les législatives doivent précéder la présidentielle puisqu’il convient de définir un nouveau régime politique. Les partisans du maintien du même système veulent d’emblée une présidentielle, avec l’assentiment de l’institution militaire. À charge pour le futur chef de l’État de décider, seul, de la nature du régime présidentiel qui sied le mieux au pays. On devine sans peine les risques que fait peser sur la révolution un tel pari. Les abus du chef d’état-major de l’armée dont sont actuellement quotidiennement victimes les citoyens, les journalistes et, plus généralement, la presse, voire même les commis de l’État donnent un avant-goût des risques que représenterait la livraison du pouvoir à un homme avec les attributions constitutionnelles actuelles dévolues au chef de l’État. Soumis aux pressions de cercles occultes ou par goût du pouvoir personnel, le futur dirigeant peut renvoyer le pays à la case départ. Le mouvement doit lever toutes ces ambiguïtés et trancher sur des enjeux fondamentalement différents afin d’éviter que l’insurrection citoyenne ne soit déviée de sa trajectoire révolutionnaire alternative ou qu’elle ne soit polluée par des confusions théoriques et pratiques de plus en plus pesantes.

VIII. PERSPECTIVES DU MOUVEMENT
A. La question de l’organisation
Récurrente, la question de la structuration du mouvement a connu des évolutions notables. Dans la précipitation des premières semaines, plusieurs schémas confinant à des caricatures ont fleuri. Avant même l’abdication de Bouteflika, des voix naïves ou intéressées se sont élevées pour demander que l’opposition se mette d’accord pour proposer “un candidat unique” contre le président sortant. Conditionnée ou inspirée par la tradition politique qui veut que l’on accède au pouvoir pour réfléchir ensuite sur ce qu’il convient de faire, la formule a fait long feu. Dans un second temps, des figures qui se sont rendues plus visibles que d’autres ou parfois poussées par les forces de l’ombre se sont (ou ont été) proposées pour “présider” la révolution. Ayant fait le choix de postuler lors des prochaines échéances électorales, ces figures refusent désormais de siéger dans les instances de gestion de la transition. À l’opposé, d’autres sources se braquant contre toute forme de hiérarchisation de la dynamique révolutionnaire revendiquent le vieux slogan qui fut opposé aux putschistes de 1962 : un seul héros, le peuple. 

Si tentante qu’elle soit, cette incantation ne suffit pas pour répondre aux questionnements du plus grand nombre qui estime légitimement que manifester chaque vendredi pour attendre le suivant ne peut être ni une fin en soi ni une démarche à même de donner une issue à la mesure de l’espoir suscité par un mouvement remarquablement imaginatif dans son expression et fondamentalement rénovateur dans son aspiration.

B. Composition
De ces hésitations a émergé une proposition intermédiaire qui semble faire consensus. Pour des raisons démocratiques mais aussi de sécurité politique, la structuration par le sommet (qu’elle procède de l’autoproclamation ou de la désignation implicite) est désormais dépassée. De la même façon, l’idée de laisser la dynamique populaire évoluer au gré des hasards, sans agenda ni précision des objectifs politiques laisse perplexe pour ne pas dire qu’elle inquiète chaque jour davantage une bonne partie de l’opinion publique. D’autant que devant l’absence de perspectives, des organisations plus ou moins représentatives et plus ou moins crédibles, s’emploient à préparer des rencontresqu’elles estiment légitimes pour prendre le leadership du mouvement. Telles qu’elles s’annoncent, ces initiatives essentiellement lancées à partir d’Alger ne peuvent répondre à la mise en place d’instances et la mise en oeuvre de méthodes incontestables pour la prise en charge de la transition. Ces discussions ont cependant reflété une réalité de la demande populaire qui en appelle à des visibilités convaincantes et opérationnelles. Ces échanges dont il faut saluer l’existence et multiplier les sites auront dans un premier temps à lever les équivoques qui entourent l’idée de transition. Quelle en est la finalité, qui doit la piloter et comment l’organiser ?

Il ne faudra pas se lasser de rappeler que cette phase est un moment fondamental dans la renaissance de la Nation. À ce titre, elle doit être entendue et admise par tous comme une séquence historique décisive qui est le complément naturel de la guerre de libération. La révolution doit veiller à assurer définitivement l’assainissement de la scène politique algérienne. 
Aucun sujet ne doit être tabou et aucune idée contribuant à la sécurisation de la pratique pérenne de la vie démocratique ne doit être éludée. Cela veut dire que la phase de transition n’est pas destinée à préparer la prise de pouvoir pour ceux qui en auraient la charge mais à en garantir l’exercice démocratique pour celles et ceux qui seront appelés à y prétendre à travers les élections une fois les règles de la promotion du pouvoir civil énoncées et gravées dans le marbre. Concrètement, cela implique que les personnes appelées à gérer la phase de transition doivent s’engager, au moins à court terme, à ne prétendre à aucune charge élective ou exécutive dans les processus électoraux ultérieurs. 
Le parachutage par le sommet étant maintenant abandonné, les modalités de représentation commencent à s’affiner et émerge l’idée d’une convention nationale qui couronnera les débats des régions auxquels invite cet avant-projet. Pour éviter les contestations et les infiltrations déstabilisatrices, les participants à la convention nationale doivent être pour partie proposés par consensus ou élus par la base (communes ou daïras) et pour partie proposés ou élus par les organisations socioprofessionnelles qui ont su garder une certaine autonomie par rapport à la nébuleuse des structures satellitaires du pouvoir. Des personnalités dont l’expérience politique a été consacrée par un parcours connu dans les luttes démocratiques peuvent être appelées à donner crédit et performance à ces assises. Enfin, il n’est jamais superflu de le répéter, tant le fait est décisif, la diaspora algérienne qui a de tout temps été à l’avant-garde des combats nationaux de notre peuple doit naturellement être associée à l’assemblée d’où seront issus les responsables qui auront à diriger les différentes instances de la transition. 

C. Durée de la transition 
Plusieurs propositions ont été avancées en matière de durée de la transition. De ces avis se dégage un accord général. La phase de transition doit être aussi courte que possible. Cependant, des considérations pratiques doivent être présentes à l’esprit avant de délimiter arbitrairement le temps imparti à cette période. Selon plusieurs experts, l’assainissement du fichier électoral national est un chantier plus compliqué que ce que l’on pourrait croire. Les manipulations occultes dont il a été l’objet ont été le fait de groupes aux motivations si différentes qu’il apparaît quasiment impossible d’y remédier par des interventions accessoires, superficielles ou périphériques. Cela veut dire que pour ce seul aspect, la période de six mois se présente comme une option qui risque fort de s’avérer trop courte. Un autre élément vient s’ajouter à cette contrainte de taille. Sous les effets de juridictions cumulatives et toujours plus sévères, la scène politique a connu ces dernières années un rétrécissement continu. Pour éviter des compétitions électorales polluées par l’argent ou le populisme, les formations politiques ont besoin de plusieurs mois d’ouverture médiatique, de neutralité de l’administration, pour se redéployer organiquement, ouvrir ou rouvrir leurs sièges, débattre librement afin de faire connaître leur programme, esquisser des alliances ou, pourquoi pas, des fusions… Il est donc important de faire un bilan rigoureux des problématiques politiques, médiatiques, administratives et logistiques avant de fixer a priori la période sur laquelle doit courir la transition. 

IX. CONCLUSION
C’est la première fois depuis 1954 que le peuple algérien se lève pour livrer un combat qui mobilise toutes les catégories sociales et l’ensemble des régions du pays. Plus qu’un mouvement de contestation, la révolution du 22 février appelle à la refondation nationale qui doit s’ouvrir sur le prolongement démocratique et social qui afait défaut après la guerre d’indépendance. Des forces conservatrices issues de l’ancien système tentent d’en réduire l’ampleur pour revenir à un ordre politique dont elles ont tiré avantage et impunité. Ces forces ont d’abord essayé de limiter la contestation populaire au refus du cinquième mandat du chef de l’État sortant. Un autre candidat adoubé par l’armée eût fait les affaires de ceux qui invitent au changement dans le même système. Il a fallu la ténacité et la vigilance des citoyens pour désamorcer cette première poussée contre-révolutionnaire. La première urgence est donc de dévoiler les tentatives de dénaturation de cette révolution unique dans les annales des luttes démocratiques du Sud. Mis en sourdine durant l’intermède RND, le FLN n’a pas tardé à réapparaître pour reprendre de plus belle les rênes du pays.Il est donc temps que le système soit effectivement évacué de la scène politique comme l’exigent les manifestants depuis maintenant six mois. En particulier, il est temps que le FLN, l’UGTA ainsi que toutes les organisations de masses soient remisés au musée de l’histoire. Il est temps que les partis du pouvoir soient écartés du processus de transition. La leçon du mouvement du 22 février est que la démocratie est une demande populaire largement partagée. Les rares et marginales tentatives de provocations intégristes ont été rapidement et spontanément étouffées par les manifestants eux-mêmes. Par ailleurs, le mouvement a d’instinct refusé les précipitations pour se donner le temps d’éprouver sa profondeur, de tester sa détermination et d’affiner ses objectifs. Maintenant que les pièges, les intimidations, les arrestations arbitraires et les manipulations sont restés sans effet sur le peuple, il est temps d’engager les démarches qui donneront à la révolution le sens qui traduira enfin en perspective démocratique l’immense sacrifice consenti par notre peuple pendant et après la guerre de libération. Au delà de sa consécration nationale, le succès algérien peut aussi avoir un effet d’entraînement sur toute la région nord-africaine, matrice d’accomplissement d’un destin collectif que tout appelle.
 

Alger, le 22/8/2019