Une centaine de personnes sont venues participer à la projection débat organisée par le collectif » Histoire et mémoire dans le respect des droits humains » à la salle Malraux de Toul, salle aimablement mise à disposition par la mairie de Toul que nous remercions. Etaient réunies plusieurs générations, des anciens appelés jusqu’aux lycéens et étudiantes en histoire.
Le film de Romano Bottinelli « Ce que la guerre a fait de nous » a suscité une vive émotion.
Romano Bottinelli est le fils d'un ancien appelé en Algérie. Un père qui n'a jamais parlé. Alors, pour savoir, le réalisateur est parti à la rencontre d'autres anciens appelés. Entre remord d'avoir obéi et honte, la parole se libère dans le film.
Les témoignages bouleversants d’anciens appelés membres de la 4ACG, habitants de notre région, de Toulouse ou de Paris ont ouvert le débat. En partageant leur vécu de jeunes hommes pendant cette période, ils ont révélé la réalité des pratiques de cette guerre coloniale et brisé le poids du déni.
Lien vers l’émission réalisée et diffusée par Radio déclic sur 87.7 FM
podcast du 24 janvier
La 4ACG soutient la requête au tribunal administratif pour faire retirer cette statue de l espace public . Elle s y associe en tant qu' intervenant volontaire.
Ci-dessous le communiqué écrit par les amis de la 4ACG présents le 24 janvier à Toul
Torture en Algérie : des Anciens Appelés témoignent
La 4ACG, Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.es Contre la Guerre, réunit en son sein des témoins et parfois même des acteurs directs de la torture pratiquée durant la guerre d'Algérie. Il était naturel qu'elle se mobilise pour soutenir l'initiative du Collectif « Histoire et mémoire dans le respect des droits humains » contre la présence d'une statue de Bigeard à Toul. L'humanisme n'est pas à géométrie variable.
La 4ACG, créée en 2004, regroupe 400 membres, répartis en France, dont plus de 150 ont été des appelés. Dès sa découverte en Algérie, ils se sont élevés contre la pratique de la torture qui était érigée en système.
Traumatisés par ces expériences terribles, ils ont décidé de consacrer leur énergie et toute leur retraite d'ancien combattant à créer du lien entre les peuples français et algérien. Transformer un argent sale en œuvre de paix.
Ce sont ces appelés qui ont lutté contre le silence qu'imposait les autorités françaises, civiles et militaires, à ces exactions contraires au droit international, aux Conventions de Genève et surtout à la morale. Leurs témoignages directs ont été repris par des historiens incontestés et désormais par les plus hautes autorités de l’État. Nul ne peut nier ce qui s'est passé.
Il s'agit de continuer à faire vivre cet épisode de notre histoire qui est une honte pour notre pays.
La torture atteint durablement tous les acteurs, y compris les tortionnaires disait le Général de Bollardière.
Pour les appelés, pris malgré eux dans cette tourmente, l’écœurement a été tel qu'il a été impossible pour la plupart d'entre eux de l'évoquer jusqu'à la création de cette association. Les origines et les engagements de ses membres sont très divers. La parole s'est alors libérée et une forme d'apaisement a pu se construire. D'autant que des amis ont été associés activement à cette transmission de la mémoire nécessaire à l'éveil des consciences. Ainsi, l'on apprend ici à se méfier des discours officiels sans nuances, actuels ou passés.
Vous conviendrez donc de la légitimité de l'intervention de la 4acg dans ce débat.
L'un de ses membres lorrain a été alerté par l'érection de la statue de Bigeard. Il s'en est ému à juste titre, tant la mémoire de ce général a déclenché une polémique. Celui-ci a légué à l'histoire une image effroyable, « les crevettes Bigeard », une méthode barbare : faire disparaître des prisonniers en les projetant dans la mer depuis un hélicoptère avec les pieds lestés de béton. Ce sinistre général s'est également distingué par l'usage de la torture. De nombreux témoignages en attestent.
C'est ce que nous venons dénoncer aux côtés du « Collectif histoire et mémoire dans le respect des droits humains ».
Courageusement, les militants du collectif que nous rejoignons ici se réunissent tous les 24 du mois pour demander le déboulonnage d'une statue illégitime. Ils ont saisi à cette fin le tribunal administratif. Nous sommes venus pour leur exprimer notre soutien sans réserves.
Car quel exemple voulons-nous transmettre à nos enfants ? On ne grandit pas bien à l'ombre d'un tortionnaire.
Pour ne pas oublier les principes de la République, Liberté Égalité Fraternité, pour nos anciens appelés et pour toutes les victimes de la guerre d'Algérie, pour nos enfants et leurs descendants, exigeons le retrait de la statue du Général Bigeard .