Petition updateNous ne voulons pas de guerre !L’école, nouvelle cible du complexe militaro-industriel
Mouvement de la Paix CORRÈZEBrive-la-Gaillarde, France
16 Dec 2025

L’école, nouvelle cible du complexe militaro-industriel
Former les citoyens dès le plus jeune âge ? Ou façonner les consciences au profit de l’industrie de l’armement ? La frontière semble de plus en plus floue. Depuis 2020, un petit livret illustré intitulé Ma première cérémonie militaire circule largement dans les écoles primaires françaises. Tiré à plus de 370 000 exemplaires, ce fascicule de 36 pages est distribué gratuitement aux établissements scolaires, aux mairies et aux associations, chargés ensuite de le remettre aux enfants.

Présenté comme un outil pédagogique, l’ouvrage plonge le lecteur dans l’univers du cérémonial militaire à travers le regard d’un jeune garçon assistant à une prise d’armes. Le ministère de l’Éducation nationale en fait lui-même la promotion, soulignant que le scénario a été élaboré avec l’appui du bureau du protocole du gouverneur militaire de Paris. Le message est clair : le sérieux et la solennité de l’institution militaire doivent s’imposer dès l’école primaire.

Derrière cette initiative se trouvent deux associations d’« entraide » : Solidarité Défense et l’Association nationale des femmes de militaires (Anfem). Le livret a été rédigé par Isabelle Lecointre, épouse d’un ancien chef d’état-major des armées. Le ton y est volontiers lyrique : exaltation de l’esprit martial, valorisation de la cohésion des troupes et glorification du sacrifice au nom des valeurs nationales. Une vision de l’engagement militaire qui laisse peu de place à la distance critique.

Mais c’est surtout le financement du projet qui interroge. Ma première cérémonie militaire est presque entièrement soutenu par des mécènes privés. Parmi eux figurent plusieurs poids lourds de l’industrie de l’armement : MBDA, Dassault Aviation, Airbus, Safran, Naval Group ou encore Arquus. Le budget total de l’opération atteint 218 000 euros. Interrogées sur leur implication, ces entreprises ont préféré garder le silence.

Pour une partie du monde éducatif, cette présence du secteur de la défense dans l’école est profondément problématique. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, dénonce une intrusion d’acteurs privés qui voient l’institution scolaire comme un nouveau marché. Selon elle, les intérêts des industriels de l’armement sont incompatibles avec les missions de l’Éducation nationale.

À cette liste de soutiens s’ajoute un autre donateur de poids. En 2024, Pierre-Édouard Stérin, via son Fonds du bien commun, a versé 30 000 euros au projet. Le milliardaire, figure du catholicisme conservateur, est par ailleurs connu pour son engagement politique en faveur d’une alliance entre la droite et l’extrême droite, notamment à travers son plan baptisé Périclès.

Dès lors, une question demeure : à force de banaliser l’univers militaire et d’ouvrir les portes de l’école à des intérêts privés, ne risque-t-on pas de transformer l’éducation en terrain de manœuvre idéologique ?

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