Pour en finir avec le sacro-saint PIB.

Le problème

                                  Pour en finir avec le sacro-saint PIB

                  Ou la refonte nécessaire de nos indicateurs économiques.

 

Cet indicateur est sur toutes les lèvres, ce sigle figure dans tous les discours politico-médiatico-économique, il est impalpable presque virtuel et pourtant il gouverne les discours, monopolise les réactions des multiples commentateurs et demeure la condition sine qua non de l’auto-satisfaction de nos gouvernants.


Raté ! Non, ce n’est pas le monde la finance mais le Produit Intérieur Brut, plus connu sous le nom de PIB. Il n’est autre que la somme des valeurs ajoutées et mesure la richesse produite par un pays le plus souvent sur une durée d’un an sur son territoire peu importe l’origine des entreprises (telle est la différence avec le Produit National Brut). Ce PIB est égal au chiffre d’affaires moins les consommations intermédiaire, les salaires, les impôts et cætera.


Seulement voilà en 1990, deux immenses économistes iconoclastes (Amartya Sen et Mahbub ul Haq) créent un nouvel indicateur : l’Indice de Développement Humain (IDH compris entre 0 et 1 ; 0 symbolisant un niveau de développement quasiment nul et 1, un niveau très important). Il comprend trois grands indices qui le constituent :

1) la santé et la longévité, c’est-à-dire la capacité qu’on les individus à rester en bonne santé ou à se soigner afin de vivre longtemps. Cet indice est mesuré via l’espérance de vie à la naissance, calculant ainsi par voie indirecte l’accès aux matériels essentiels (eau potable, logement, hygiène correcte, soins médicaux de qualité ou encore une alimentation saine).

2) le savoir (le niveau et la qualité de l’éducation). Il est calculé via la durée moyenne de scolarisation et traduit la capacité à participer aux décisions qu’elles soient d’ordre professionnel ou sociétal.

3) le niveau de vie (rapport entre revenu brut par habitant en parité de pouvoir d’achat) tel la mobilité.


P-S : depuis 2011, la forme de calcul  a été modifiée et intègre désormais les inégalités notamment liées au genre.


Amartya Sen marque une profonde rupture dans la façon de concevoir l’économie. A l’image de Friedrich Hayek, il refuse de distinguer la mécanique économique des valeurs morales qui sous-entendent toute théorie, libérale ou antilibérale. C’est bien le différend qui opposa Sen à Friedman (NB : Friedman pensait que Sen méritait le Nobel mais pas en économie).

Sen avait vu juste selon moi car il me paraît hypocrite de prétendre que les théories économiques ne sont pas au service d’une certaine vision de la société et de la justice sociale.


Mais revenons-en à notre sujet, que proposa Amartya Sen qui le distingue de ses confrères et, en vérité, dérange énormément le jeu des puissants ? En résumant à l’extrême une œuvre gigantesque et foisonnante, Amartya Sen considère que fixer pour objectif de toute politique économique la seule croissance du produit intérieur brut (PIB) est une grossière erreur.

 

Et il a raison, le PIB est un indicateur inutile et même dangereux. Sen déclare même que « Le seul mérite de cet indicateur banalisé est qu’il est assez facile à calculer et qu’il peut être compris même par les ignorants, surtout par les ignorants. »

En effet, en aucun cas le PIB ne représente l’état d’une société.


A cet indicateur traditionnel qu’est le PIB, constamment invoqué par les hommes d’Etat et les commentateurs, il faut opposer l’Indice de développement humain (IDH) que Sen a créé. Cet indice est publié chaque année par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), institution peu utile par ailleurs excepté cette action.

Tandis que le PIB est quantitatif, l’IDH de Sen est qualitatif. Le PIB additionne l’acier avec les légumes et le charbon avec le commerce etc. Résultat : la Chine est la deuxième économie mondiale derrière les Etats-Unis : cela n’a aucun sens. Car, comme le dit Sen, « Le PIB permet au mieux de bomber le torse. »

Calculer le PIB par habitant est déjà plus significatif et fait retomber la Chine de quarante places dans le classement des puissances ! La Chine dégringole encore plus si on adopte l’IDH.


Mais au fond, que contient-il de si distinct et peut-on le calculer objectivement ?


Depuis 50 ans, une association d’économistes fondée par Amartya Sen s’y emploie et incluant, entre autres, le niveau d’éducation, l’espérance de vie, la qualité des soins, l’égalité entre les sexes avant peut-être d’autres critères voulus par Sen : la liberté d’expression, le droit de choisir ses dirigeants, bref la démocratie. On devine aisément que de nombreux pays dont la Chine refuseraient. Les régimes autoritaires objectent à Amartya Sen que l’on ne peut pas évaluer ces libertés individuelles tandis qu’on peut mesurer les libertés concrètes que confère le revenu matériel.


« FAUX, dit Sen. La démocratie est en relation directe avec l’économie. » CQFD. Pourquoi ? Les famines en témoignent : il n’y a jamais eu de famines en démocratie, il peut y avoir des malnutritions mais JAMAIS de famine. Malnutritions pouvant être guéries par l’éducation et des politiques adaptées.


Cette relation évidente entre FAMINE, FORME EXTREME DE PAUVRETE ET LA DEMOCRATIE plonge ses racines dans l’Histoire et l’histoire même de Sen, qui a connu la grande famine de Calcutta en 1943, causée par la censure de l’information par les Britanniques car nul ne savait qu’on pouvait déplacer des stocks de céréales d’une région, à l’autre. Autres exemples : la Chine de Mao : FAMINES, l’URSS de Staline et autres régimes communistes (Cambodge etc) : FAMINES, au Moyen-Age : FAMINES, en Corée du Nord : FAMINES, au Zimbabwe : FAMINES, au Yémen : FAMINES. Le seul point commun entre tous ces Etats qui ont eu à subir des famines est qu’ils n’étaient pas des démocraties à ce moment-là.


En démocratie, nulle famine n’est possible : les médias et la société civile s’en mêlent. Autre illustration plus récente entre démocratie et économie : la créativité entrepreneuriale. Pourquoi l’Inde, pourtant plus pauvre que la Chine, produit-elle plus de brevets par exemple en science informatique ? C’est parce qu’en l’absence de débats en Chine, la capacité de créer du neuf est tuée dans l’œuf, littéralement asphyxiée : il ne reste plus qu’à copier et ils le font c’est vrai à merveille.


Tagore (plus grand intellectuel indien du XXème siècle, compagnon de route du Mahatma et grand oublié de l’Histoire) estimait quetout individu était à priori et dans l’idéal libre et que le but de toute économie et de tout régime politique devait être de satisfaire ses aspirations, ce que Sen appela « capabilité » (néologisme). Pour y parvenir, la démocratie est essentielle, vitale parce qu’elle permet la délibération collective, qui évite les plus grosses erreurs.

En effet, une dictature, aussi efficace fût-elle, n’a jamais pour priorité de développer les « capabilités » de ses citoyens car elle sera toujours obsédée comme la Chine et l’Inde en ce moment par le PIB, PREUVE DE PUISSANCE ET PAS FORCEMENT (en tout cas plus que de développement) DE DEVELOPPEMENT.


Au-delà de ces considérations politiques, le PIB ne tient pas compte -du bénévolat qui se développe à vitesse grand V depuis quelques décennies, ou encore –du travail domestique [par ailleurs le bénévolat et le travail domestique représentent 30 pourcent du travail total], -des inégalités, -de la pollution et des conséquences environnementales (externalités négatives) ou encore –des catastrophes naturelles : car reconstruction dès lors le PIB augmente mais les coûts de cette catastrophe ne sont pas comptabilisés. Bref la progression du PIB ne rime pas avec amélioration de la vie des populations. Au même titre que l’augmentation du chiffre d’affaire pour une entreprise ne signifie pas une augmentation des bénéfices ! Le PIB comporte donc énormément de limites.


Voilà donc le défi qui nous attend : changer dans l’esprit de chacune et de chacun d’entre nous, et en premier lieu nos élites et nos gouvernants, les marqueurs qui structurent notre vision de notre société, de notre économie et de notre pays. Sans quoi nous faisons fausse route. Et comment améliorer les choses si l’on se base sur des constations erronées et biaisées ?


La France du futur doit être une France du développement humain, pas du PIB, une France de l’éducation plus que de l’industrie. Pour une France du développement plus que de l’illusion de puissance. Pour une France qui fait en sorte de remplir son rôle d’acteur majeur des aspirations de ses citoyens. Pour une France de l’IDH…


Au travail !

 

Corentin Luce, rédacteur au journal web Radio Londres, 1er site d'information pour les jeunes, et référent les Jeunes Avec Macron pour les lycées dans la Nièvre.

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Corentin LUCELanceur de pétition
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Le problème

                                  Pour en finir avec le sacro-saint PIB

                  Ou la refonte nécessaire de nos indicateurs économiques.

 

Cet indicateur est sur toutes les lèvres, ce sigle figure dans tous les discours politico-médiatico-économique, il est impalpable presque virtuel et pourtant il gouverne les discours, monopolise les réactions des multiples commentateurs et demeure la condition sine qua non de l’auto-satisfaction de nos gouvernants.


Raté ! Non, ce n’est pas le monde la finance mais le Produit Intérieur Brut, plus connu sous le nom de PIB. Il n’est autre que la somme des valeurs ajoutées et mesure la richesse produite par un pays le plus souvent sur une durée d’un an sur son territoire peu importe l’origine des entreprises (telle est la différence avec le Produit National Brut). Ce PIB est égal au chiffre d’affaires moins les consommations intermédiaire, les salaires, les impôts et cætera.


Seulement voilà en 1990, deux immenses économistes iconoclastes (Amartya Sen et Mahbub ul Haq) créent un nouvel indicateur : l’Indice de Développement Humain (IDH compris entre 0 et 1 ; 0 symbolisant un niveau de développement quasiment nul et 1, un niveau très important). Il comprend trois grands indices qui le constituent :

1) la santé et la longévité, c’est-à-dire la capacité qu’on les individus à rester en bonne santé ou à se soigner afin de vivre longtemps. Cet indice est mesuré via l’espérance de vie à la naissance, calculant ainsi par voie indirecte l’accès aux matériels essentiels (eau potable, logement, hygiène correcte, soins médicaux de qualité ou encore une alimentation saine).

2) le savoir (le niveau et la qualité de l’éducation). Il est calculé via la durée moyenne de scolarisation et traduit la capacité à participer aux décisions qu’elles soient d’ordre professionnel ou sociétal.

3) le niveau de vie (rapport entre revenu brut par habitant en parité de pouvoir d’achat) tel la mobilité.


P-S : depuis 2011, la forme de calcul  a été modifiée et intègre désormais les inégalités notamment liées au genre.


Amartya Sen marque une profonde rupture dans la façon de concevoir l’économie. A l’image de Friedrich Hayek, il refuse de distinguer la mécanique économique des valeurs morales qui sous-entendent toute théorie, libérale ou antilibérale. C’est bien le différend qui opposa Sen à Friedman (NB : Friedman pensait que Sen méritait le Nobel mais pas en économie).

Sen avait vu juste selon moi car il me paraît hypocrite de prétendre que les théories économiques ne sont pas au service d’une certaine vision de la société et de la justice sociale.


Mais revenons-en à notre sujet, que proposa Amartya Sen qui le distingue de ses confrères et, en vérité, dérange énormément le jeu des puissants ? En résumant à l’extrême une œuvre gigantesque et foisonnante, Amartya Sen considère que fixer pour objectif de toute politique économique la seule croissance du produit intérieur brut (PIB) est une grossière erreur.

 

Et il a raison, le PIB est un indicateur inutile et même dangereux. Sen déclare même que « Le seul mérite de cet indicateur banalisé est qu’il est assez facile à calculer et qu’il peut être compris même par les ignorants, surtout par les ignorants. »

En effet, en aucun cas le PIB ne représente l’état d’une société.


A cet indicateur traditionnel qu’est le PIB, constamment invoqué par les hommes d’Etat et les commentateurs, il faut opposer l’Indice de développement humain (IDH) que Sen a créé. Cet indice est publié chaque année par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), institution peu utile par ailleurs excepté cette action.

Tandis que le PIB est quantitatif, l’IDH de Sen est qualitatif. Le PIB additionne l’acier avec les légumes et le charbon avec le commerce etc. Résultat : la Chine est la deuxième économie mondiale derrière les Etats-Unis : cela n’a aucun sens. Car, comme le dit Sen, « Le PIB permet au mieux de bomber le torse. »

Calculer le PIB par habitant est déjà plus significatif et fait retomber la Chine de quarante places dans le classement des puissances ! La Chine dégringole encore plus si on adopte l’IDH.


Mais au fond, que contient-il de si distinct et peut-on le calculer objectivement ?


Depuis 50 ans, une association d’économistes fondée par Amartya Sen s’y emploie et incluant, entre autres, le niveau d’éducation, l’espérance de vie, la qualité des soins, l’égalité entre les sexes avant peut-être d’autres critères voulus par Sen : la liberté d’expression, le droit de choisir ses dirigeants, bref la démocratie. On devine aisément que de nombreux pays dont la Chine refuseraient. Les régimes autoritaires objectent à Amartya Sen que l’on ne peut pas évaluer ces libertés individuelles tandis qu’on peut mesurer les libertés concrètes que confère le revenu matériel.


« FAUX, dit Sen. La démocratie est en relation directe avec l’économie. » CQFD. Pourquoi ? Les famines en témoignent : il n’y a jamais eu de famines en démocratie, il peut y avoir des malnutritions mais JAMAIS de famine. Malnutritions pouvant être guéries par l’éducation et des politiques adaptées.


Cette relation évidente entre FAMINE, FORME EXTREME DE PAUVRETE ET LA DEMOCRATIE plonge ses racines dans l’Histoire et l’histoire même de Sen, qui a connu la grande famine de Calcutta en 1943, causée par la censure de l’information par les Britanniques car nul ne savait qu’on pouvait déplacer des stocks de céréales d’une région, à l’autre. Autres exemples : la Chine de Mao : FAMINES, l’URSS de Staline et autres régimes communistes (Cambodge etc) : FAMINES, au Moyen-Age : FAMINES, en Corée du Nord : FAMINES, au Zimbabwe : FAMINES, au Yémen : FAMINES. Le seul point commun entre tous ces Etats qui ont eu à subir des famines est qu’ils n’étaient pas des démocraties à ce moment-là.


En démocratie, nulle famine n’est possible : les médias et la société civile s’en mêlent. Autre illustration plus récente entre démocratie et économie : la créativité entrepreneuriale. Pourquoi l’Inde, pourtant plus pauvre que la Chine, produit-elle plus de brevets par exemple en science informatique ? C’est parce qu’en l’absence de débats en Chine, la capacité de créer du neuf est tuée dans l’œuf, littéralement asphyxiée : il ne reste plus qu’à copier et ils le font c’est vrai à merveille.


Tagore (plus grand intellectuel indien du XXème siècle, compagnon de route du Mahatma et grand oublié de l’Histoire) estimait quetout individu était à priori et dans l’idéal libre et que le but de toute économie et de tout régime politique devait être de satisfaire ses aspirations, ce que Sen appela « capabilité » (néologisme). Pour y parvenir, la démocratie est essentielle, vitale parce qu’elle permet la délibération collective, qui évite les plus grosses erreurs.

En effet, une dictature, aussi efficace fût-elle, n’a jamais pour priorité de développer les « capabilités » de ses citoyens car elle sera toujours obsédée comme la Chine et l’Inde en ce moment par le PIB, PREUVE DE PUISSANCE ET PAS FORCEMENT (en tout cas plus que de développement) DE DEVELOPPEMENT.


Au-delà de ces considérations politiques, le PIB ne tient pas compte -du bénévolat qui se développe à vitesse grand V depuis quelques décennies, ou encore –du travail domestique [par ailleurs le bénévolat et le travail domestique représentent 30 pourcent du travail total], -des inégalités, -de la pollution et des conséquences environnementales (externalités négatives) ou encore –des catastrophes naturelles : car reconstruction dès lors le PIB augmente mais les coûts de cette catastrophe ne sont pas comptabilisés. Bref la progression du PIB ne rime pas avec amélioration de la vie des populations. Au même titre que l’augmentation du chiffre d’affaire pour une entreprise ne signifie pas une augmentation des bénéfices ! Le PIB comporte donc énormément de limites.


Voilà donc le défi qui nous attend : changer dans l’esprit de chacune et de chacun d’entre nous, et en premier lieu nos élites et nos gouvernants, les marqueurs qui structurent notre vision de notre société, de notre économie et de notre pays. Sans quoi nous faisons fausse route. Et comment améliorer les choses si l’on se base sur des constations erronées et biaisées ?


La France du futur doit être une France du développement humain, pas du PIB, une France de l’éducation plus que de l’industrie. Pour une France du développement plus que de l’illusion de puissance. Pour une France qui fait en sorte de remplir son rôle d’acteur majeur des aspirations de ses citoyens. Pour une France de l’IDH…


Au travail !

 

Corentin Luce, rédacteur au journal web Radio Londres, 1er site d'information pour les jeunes, et référent les Jeunes Avec Macron pour les lycées dans la Nièvre.

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Pétition lancée le 14 août 2018