
Mesdames, Messieurs, concitoyens, concitoyennes.
Battons-nous. Donnons nos voix pour les femmes d’aujourd’hui, victimes de violences sexuelles, et pour nos filles de demain.
Je suis Madame Dienna, présidente d’une association pour les droits des femmes depuis 2020.
Et pourtant, le 17 février et le 3 mars 2025, j’ai été victime d’attouchements sexuels sur mon lieu de travail.
Dans cette tribune, je raconte ce que j’ai subi.
Je raconte le silence que j’ai dû supporter.
Je raconte l’impunité que j’ai vécue, pendant tous ces jours où j’ai continué à travailler, à tenir, à encaisser, jusqu’à l’accident de travail.
Le 7 mars, j’ai confié à mon chef d’équipe ce que j’avais subi.
Sa réponse ?
« Ça va passer. Respire, va t’asseoir, pense à autre chose. Je vais lui parler, ça ne se reproduira plus. »
Pas de signalement. Pas de mesure. Pas de protection.
Pourtant, les faits relevaient d’un délit.
Et un supérieur informé a l’obligation légale de le signaler.
Mon signalement officiel n’a été transmis à la direction que le 20 mars.
Depuis, je suis la seule à avoir quitté le site, en arrêt reconnu en accident de travail, pendant que l’auteur des faits est toujours en poste, conserve son salaire et continue à travailler comme si de rien n’était.
Moi, je vis sous calmants, avec des troubles du sommeil, une anxiété chronique, et un sentiment d’abandon institutionnel.
J’ai été victime.
Et ensuite, j’ai été calomniée.
L’auteur des faits a dit à mes collègues que je faisais ça « pour de l’argent ».
Il a évoqué ma vie personnelle, mes enfants. Il a menti.
Un collègue connaît la vérité. Il se tait. Il le protège.
Et j’ai entendu cette phrase glaçante :
« Si elle accepte qu’on la soulève pour dire bonjour, elle aurait pu accepter qu’on lui touche les fesses. »
Ces propos sont le reflet d’une culture de viol banalisée.
On justifie un attouchement comme une marque d’affection.
On efface la gravité du geste.
On fait de la victime la responsable.
Un enregistrement audio confidentiel, transmis dans le cadre de la procédure, a fuité.
DPSA, sous-traitant de Deloitte, a laissé cette donnée circuler.
L’auteur, désormais, connaît mon adresse personnelle.
Ma sécurité est menacée.
Lorsque c’est arrivé, je me suis dit une chose :
je ne vais pas utiliser ma position de présidente d’association pour obtenir un traitement particulier.
Je voulais comprendre, vraiment, ce que vivent toutes ces femmes victimes de violences sexuelles.
Je voulais voir par moi-même par où elles doivent passer,
quelles sont les démarches,
comment le système réagit — ou ne réagit pas.
Le résultat a été un effroi.
J’ai contacté l’Inspection du travail pour poser une question simple :
« Est-ce normal qu’aucune mesure de protection n’ait été prise à mon égard après le signalement ? »
L’inspectrice m’a répondu clairement que non.
Elle a alors émis une sommation formelle exigeant :
La mise à l’écart de l’auteur des faits,
Le déclenchement d’une enquête interne,
La requalification immédiate en accident du travail,
Et la mise en place d’un accompagnement psychologique.
Mais rien n’a été véritablement respecté.
La seule mesure appliquée a été la reconnaissance de l’accident de travail,
et encore : il a été enregistré au 3 mars, jour du second attouchement,
alors que les faits avaient commencé dès le 17 février.
Cette date officielle ne reflète pas la réalité de l’agression dans sa continuité,
et elle permet à l’entreprise de minimiser l’ampleur du préjudice.
L’auteur des faits est toujours sur site.
Il n’a subi aucune sanction.
Aucune mise à l’écart.
Pire encore, on m’a obligée à retravailler avec lui, malgré le signalement.
On m’a dit :
« Non, t’inquiète pas. S’il y a de nombreux problèmes, on interviendra. »
Le chef de service, lui, a eu cette phrase terrifiante :
« Moi, il ne me fait pas peur. »
Quant à mon chef d’équipe — le numéro 2 du site — il a tout fait pour minimiser les faits, dès le début :
« Ne t’inquiète pas, ça va passer. Prends sur toi. Arrête de stresser. Respire. Va t’asseoir. Pense à autre chose. Je vais lui parler. Ça ne se reproduira plus. »
Et lorsqu’aucune mesure n’a été prise, il m’a proposé de changer de site,
de quitter l’environnement,
comme si c’était à la victime de partir.
Depuis le signalement, je n’ai reçu aucun soutien :
– ni de mon chef d’équipe,
– ni de mon chef de service,
– ni du siège,
– ni de la majorité de mes collègues.
Trois collègues seulement ont pris ma défense.
Et je les remercie profondément.
Parce qu’au milieu du silence, trois voix ont dit que c’était inadmissible.
Aujourd’hui, je comprends le choc, l’effondrement, la colère, le poids que portent toutes les femmes victimes de violences sexuelles.
Qu’elles soient au travail ou dans l’espace public.
Je comprends la fatigue mentale, les démarches épuisantes, les kilomètres à parcourir, la peur, le vide autour.
Mais je refuse que nos filles héritent de ça.
Je me bats pour nous, les femmes d’aujourd’hui.
Je me bats pour elles, les femmes de demain.
Je me bats pour que ce que nous avons vécu ne se répète pas.
Pour qu’elles puissent parler sans honte,
être crues sans condition,
et protégées sans délai.
Tout au long de son histoire, l’association MyHarmony se bat pour que chaque citoyenne puisse marcher dans la rue en toute sécurité,
pour qu’elle soit protégée sur son lieu de travail comme dans tout lieu public.
Rejoignez l’appel national.
Donnez votre voix pour les femmes d’aujourd’hui,
et pour les femmes de demain.
Madame Dienna
Présidente de l’association MyHarmony