Victoire

A Rennes, on apprend l'exclusion à l'école

Cette pétition a abouti avec 512 signatures !


Lettre ouverte à Mme Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche

Miran ne tient pas en place, sauf quand il dessine, j’ai d’ailleurs gardé son dernier chef d’œuvre, un grand classique : ses parents, ses deux petites sœurs et lui devant une maison, du moins, d’après lui c’était une maison. On m’avait dit que Miran n’était pas un « enfant facile », plutôt agité, solitaire, silencieux. C’est vrai qu’au début il fallait courir après lui pour le faire entrer en classe, mais aujourd’hui, de lui-même, il prend son cartable, me dit bonjour avec un sourire et monte les escaliers jusqu’à sa classe. Miran est un des enfants que nous, étudiants au lycée Chateaubriand de Rennes, allons retrouver le vendredi après-midi dans le cadre d’activités périscolaires.

Quel joli tableau n’est-ce pas ? Moins joli ce tableau quand on voit que ces enfants ne jouent pas avec les autres. Moins joli ce tableau quand on se moque d’eux parce qu’ils sont différents. Moins joli ce tableau quand on voit les flammes qui sortent de la maison dessinée par Miran. Peu importe que son prénom soit authentique ou fictif, il n'en représente pas moins la réalité de nombreux enfants  migrants.

Miran a perdu sa maison, il a aussi perdu ses parents et ses petites-sœurs. Il a presque tout perdu sous les bombes, presque, parce qu’il lui reste au moins une chance de se construire un avenir, du moins c’est ce que nous aimons à croire. Miran fait partie de ces enfants que l’on dit allophones, c’est-à-dire qu’ils ne parlent pas français. Ils ont suivi leurs parents, oncles ou tantes contraints de quitter leur pays. Ils vivent dans des situations très inégales, souvent précaires et mouvantes mais ils ont tous accès à l’école. Certes, ils y ont accès mais, là encore, de manière très inégale, souvent précaire et dans des circonstances mouvantes. Ce n’est pas acceptable, et ce pour diverses raisons, ne serait-ce que parce qu’une structure instaurée par le gouvernement, le CASNAV (Centre Académique pour la Scolarisation des élèves allophones Nouvellement Arrivés en France et des élèves issus de familles itinérantes et de Voyageurs), a été conçue pour pallier ces failles. C’est d’autant moins acceptable que cette structure est obligatoire depuis 2002 et l’obligation a été confirmée en 2012.

Cependant, le Rectorat de Rennes a réitéré son refus d’ouvrir un CASNAV pour la rentrée 2015 alors même que l’Académie de Rennes compte parmi celles qui reçoivent le plus d’élèves allophones et que c’est la seule en France qui n’a pas mis en place un CASNAV ; c’est pourquoi nous sollicitons votre attention.

Force est de constater que l’insistance des acteurs locaux n’a pas porté ses fruits, c’est pourquoi il est nécessaire aujourd’hui de porter cette situation alarmante sur la scène publique. Alarmante parce qu’elle nourrit des déficiences dont souffriront – et dont souffrent déjà – les élèves de l’Académie de Rennes, allophones ou non.

Il est vrai que l’on pourrait être porté à croire que la mise en place d’une telle structure requerrait des investissements, du temps, et de l’énergie aux dépens de l’enseignement pour les élèves non allophones. Cependant c’est l’absence de CASNAV qui, indubitablement, fait perdre de l’efficacité au travail en classe, et ce aux dépens de tous les élèves. De fait, le manque qualitatif et quantitatif de personnel formé à cet effet risque de faire naître au sein des classes une école à deux vitesses et aux performances amoindries, quel que soit l’élève pris en compte. Actuellement, les structures mises en place pour la scolarisation des élèves allophones sont insuffisantes et reposent souvent sur le volontariat. Elles sont sans doute encore trop fragiles pour leur permettre de sortir de la précarité et d'assurer le suivi de ces élèves souvent ballottés d'un logement à l'autre, voire d'un département à l'autre, et donc d'un établissement à un autre.

 Par ailleurs, l’absence de CASNAV est un frein indéniable à l’intégration. Or n’est-ce pas l’école qui porte les valeurs de la France citoyenne ? Comment apprendre le vivre-ensemble à nos enfants et à Miran s’ils sont témoins ou victimes d’une marginalisation qui au lieu d'être combattue, est cautionnée par les institutions républicaines ?

 La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont-elles belles que dans les livres ? Rien ne sert de les imprimer, les éditer, les réciter si ce n’est pas pour les appliquer.

C'est pourquoi, Mme la Ministre, nous avons l'honneur de vous demander de mettre en place un CASNAV en Bretagne ; en vous engageant dans cette cause, vous assurerez ainsi le principe d'équité pour tous les élèves de l'école républicaine.

 

Des étudiants du lycée Chateaubriand de Rennes, au nom du Collectif Chatô Sans Frontières.



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