Paris, le 18 avril 2025
Monsieur le Maire,
Le 18 novembre dernier, la Ville a lancé, sans concertation préalable, un projet d’aménagement de la Butte Montmartre dans le cadre du programme « Embellir votre quartier ».
Nous nous adressons directement à vous aujourd’hui puisque, pour des raisons que tout le monde peut comprendre, vous vous êtes pour l’essentiel tenu éloigné du débat sur la piétonnisation du Haut Montmartre, laissant vos adjoints aller aux avant-postes.
Nous vous avions pourtant interpellé le 17 janvier pour exprimer les nombreuses inquiétudes des riverains et vous demander la mise en pause des travaux, dans l’objectif d’organiser une véritable concertation avec les habitants concernés. À ce jour, vous n’avez pas donné suite à cette demande.
Votre adjoint, Monsieur Antoine Dupont, nous a alors reçus à deux reprises, les 31 janvier et 21 mars. Cependant, ces échanges ont été rapidement circonscrits à un cadre très restreint : seule l’aire dite « piétonne » pouvait être évoquée, et d’éventuelles adaptations n’étaient envisagées qu’à la marge.
Une pétition suscitée par notre association a pourtant réuni plus de 7 600 signatures, soit plus du double du nombre de votes en faveur du projet « 500 rues piétonnes » dans le 18e arrondissement lors de la dernière votation citoyenne (3 578 votes) pourtant organisée dans des conditions faites pour défavoriser les adversaires du projet.
En dépit de ce résultat éloquent vous avez cru, seule intervention de votre part, pouvoir vous féliciter de la « victoire » du projet municipal et M. Dupont a clairement exprimé dans Le Parisien du 3 avril l’intention, quoi qu’il en soit des voeux de la réelle et indiscutable majorité, de faire le bonheur des habitants malgré eux, c’est-à-dire en clair de passer en force : « On ira jusqu’au bout et l'aire piétonne verra le jour. Reculer ou annuler la création de cette aire n’est pas à l'ordre du jour ». Cette déclaration fait fi non seulement de l’expression claire de milliers de citoyens mais de la procédure au fond qui reste en cours. La Ville entend à nouveau placer la juridiction administrative devant le fait accompli.
Si dans son jugement du 31 mars, le juge des référés a de manière contestable rejeté l’urgence que la ville avait pourtant reconnue par sa précipitation à créer le fait accompli, il a cependant souligné que l’aire piétonne du Haut Montmartre n’avait pas d’existence légale : le débat juridique reste donc en cours.
Néanmoins la Ville poursuit sa fuite en avant : malgré nos demandes répétées, elle n’a, après avoir voulu nous faire croire qu’ils n’existaient pas, jamais transmis les documents administratifs essentiels (arrêtés municipaux, etc.).
De même depuis le 18 novembre, la signalisation et les marquages « aire piétonne » ont été installés sans aucun fondement légal. Leur mise en place n’a eu aucun effet mesurable sur la diminution du trafic. Pire encore, la fermeture de la rue Tourlaque a absurdement provoqué une augmentation du passage de poids lourds dans le Haut Montmartre.
Taxis, véhicules de livraison, artisans, riverains : tous continuent à circuler dans la zone. Des piétons marchent au milieu de la chaussée, pensant évoluer dans un espace piéton, alors qu’ils sont suivis par des files de taxis et autre véhicules de livraison. Le week-end, censé être réservé aux riverains dans le cadre du dispositif « Paris Respire », voit l’arrivée de voitures immatriculées à l’étranger, stationnées dans toutes les rues du secteur.
Le seul impact concret de ce dispositif est la suppression totale du stationnement résidentiel, une mesure sans équivalent à Paris : 20 rues, représentant plus de 20 000 m², sont concernées. Les résidents du Haut Montmartre n'ont désormais plus aucune place de stationnement à proximité de leur domicile. Les très rares parkings privés sont saturés et, de ce fait, pratiquent des tarifs prohibitifs.
La réduction du trafic et du stationnement touristique à Montmartre serait un objectif légitime. La disneylandisation de Montmartre et le sacrifice corrélatif de ses habitants, auxquels tend votre politique, n’en sont pas.
C’est pourquoi nous vous proposons une alternative constructive : la création de « rues limitées à la circulation », sur le modèle de Paris Centre, dans les 20 rues concernées. Seuls les riverains, les véhicules de livraison et les artisans pourraient y circuler et s’y stationner. Avec 7 points d’entrée et 6 de sortie, ce périmètre est parfaitement contrôlable.
De notre côté, l’association poursuit la construction d’un projet avec les riverains pour que Montmartre demeure habitable et organise le 24 mai des ateliers de concertation et propositions de transformation avec les habitants, les commerçants et les artistes afin que des propositions concrètes en adéquation avec la vie quotidienne des résidents soient proposées.
Pour autant que la Ville ne soit pas exclusivement animée par le désir de témoigner que le programme électoral de sa maire a été rempli, il est temps pour les élus de montrer qu’ils sont capables de ne pas s’en tenir au dogme et de prendre en considération les besoins des habitants.
Il est temps également pour le Maire du XVIIIème arrondissement de montrer que son seul souci n'est pas de se tenir à l’écart du débat.
Au nom des 7600 signataires de la pétition nous vous demandons de nous recevoir dans les meilleurs délais, afin de trouver ensemble une solution concertée, équilibrée et respectueuse des habitants du Haut Montmartre.
Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de croire, Monsieur le Maire, en l’assurance de notre considération distinguée.
L’association « Vivre à Montmartre »