Pétition fermée
Adressée à Monsieur le Président de la République et Madame le Ministre de l'Education nationale et 1 autre

Sauvons l'enseignement du français au collège !

Un constat inquiétant.
M. Hollande et Mme Najat Vallaud-Belkacem ont affirmé, après les attentats contre Charlie Hebdo, faire de la maîtrise de la langue une réelle priorité. En effet, le niveau des élèves en français ne fait que baisser, comme le montrent les tests PISA, et le collège est censé être le « maillon faible » du système éducatif. La chute constante des horaires de français n'en serait-elle pas une des causes ? De 22 heures hebdomadaires de français en total cumulé de la 6e à la 3e en 1977, on est passé à 17 heures actuellement...

Or, la réforme 2016 prévoit :

1. Encore moins d'heures de français.
Le temps consacré à l’enseignement du français sera une nouvelle fois fortement réduit.
Les horaires disciplinaires, tels qu'ils sont présentés, paraissent à peu près identiques. Cependant, certains dispositifs vont en réalité les diminuer. À partir de 2016, les élèves continueront à bénéficier d'accompagnement personnalisé, mais celui-ci ne s'ajoutera plus à l'emploi du temps des élèves. Il se déduira désormais des horaires de cours disciplinaires :
- en 6e, actuellement, 4h30 ou 5h de français + 1h d'accompagnement ; en 2016, 3h30 + 1h d'accompagnement...
- pour le cycle 4 (5e-4e-3e), s'ajoute le problème des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) dont les heures ne s'ajouteront pas non plus à l'emploi du temps d'un élève, mais seront déduites de ses heures disciplinaires.

2. Des programmes flous et bien contestables.
L'ordre de priorité affiché pour le cours de français sera celui-ci : oral, écrit, lecture, étude de la langue française. La priorité numéro 1 devient donc la maîtrise de l'oral (comme si le français n'était pas la langue maternelle de la plupart des élèves français...) et non plus de l'écrit, le sommet étant atteint pour le cycle 3 (CM1-CM2-6e): apprendre à « exprimer un refus, demander quelque chose, s’excuser, remercier », ce qui semble relever de l'école maternelle...
Le programme d'étude de la langue (grammaire-conjugaison-orthographe) ne sera plus défini par niveau de classe, mais par cycle, charge aux professeurs de s'entendre au niveau local pour décider ce qui serait enseigné aux élèves. L'apprentissage de ces domaines s'en trouvera totalement déstructuré, et plus encore en cas de déménagement d'élèves. Les élèves hériteront d'une grammaire mêlant des simplifications outrancières et aberrantes (conjugaisons non enseignées à toutes les personnes) et un jargon universitaire trop compliqué (par exemple, la notion de prédicat ou les théories de l’énonciation) !
Concernant la lecture/initiation à la littérature, la proposition pour le cycle 3 accomplit l'exploit de ne proposer strictement aucun programme précis...
Pour le cycle 4 (5e-4e-3e), le programme se construira autour de quatre entrées thématiques : aucun titre d'oeuvre, aucun nom d'écrivain, aucun ordre chronologique, mais un vaste fourre-tout qui instaure le relativisme au coeur des programmes de littérature, mettant sur le même plan des oeuvres riches et connues dans le monde entier et la littérature de jeunesse, des textes documentaires ou des articles de presse et même des séries télé ! Ce sera verser dans une démagogie grossière de céder ainsi à la facilité et creuser un peu plus ces inégalités scolaires qui font la honte de la France et que le Ministère dit vouloir supprimer. Le risque est immense d'une école à deux vitesses !

"La littérature est une affaire sérieuse pour un pays, elle est, au bout du compte, son visage." Louis Aragon

Nous tous qui pensons que l'enseignement du français doit permettre :
- la transmission et l'appropriation d'un patrimoine culturel commun,
- l'éveil de la sensibilité à travers les grandes œuvres littéraires, nécessaire étape d'une pensée nuancée et d'un esprit équilibré,
- l'émerveillement devant la magie des mots et un voyage de l'imagination,
- l'acquisition de la capacité à organiser une réflexion avec rigueur,
- l'acquisition de la capacité à s'exprimer clairement dans une langue dont les codes sont maîtrisés, tant à l'écrit qu'à l'oral,

nous tous, enseignants, parents, citoyens français, demandons :
1. Des moyens en termes d'horaires qui permettent à chaque élève de s'approprier le patrimoine littéraire et culturel et la langue française :
- Une augmentation des heures de français, en primaire et au collège, avec des demi-groupes, au moins une fois par semaine, pour pouvoir guider les élèves efficacement dans la pratique de l'écrit. Pour le collège, un horaire de 6h par semaine pour les 6e et les 5e et de 5h pour les 4e et les 3e.
- La poursuite de l'accompagnement personnalisé ou soutien en petits effectifs en plus de l'horaire disciplinaire.
- Le maintien de l'accompagnement éducatif dans tous les établissements, y compris ceux qui n'ont pas le statut REP.

2. Des programmes annuels, nationaux, chronologiques et mettant l'accent sur les textes du patrimoine :
Lecture / littérature :
- Des programmes annuels garantissant le caractère national de l'éducation et une réelle progressivité des apprentissages.
- Des programmes qui assurent à nouveau une cohérence chronologique et permettent des ponts avec les programmes d'Histoire-Géographie.
- Un programme de littérature axé sur les oeuvres patrimoniales, la littérature de jeunesse étant réservée à la lecture cursive ou au prolongement d'un chapitre, et les supports non littéraires présents à la marge seulement et non comme fins en soi.
- La construction d'un programme de littérature pour le cycle 3, et en particulier pour l'année de 6e, avec la réintroduction des textes fondateurs.
- La prise en compte, pour l'apprentissage de la lecture, de toutes les études qui concluent à la supériorité de la méthode alphabétique, en particulier avec les enfants en difficulté.

Langue (grammaire-conjugaison-orthographe) :
- Un programme de langue débarrassé des concepts universitaires complexes et centré sur la grammaire de phrase, traitée de façon suffisamment complète pour permettre une représentation de la langue comme système cohérent.
- La définition d'une progression annuelle en langue (orthographe-grammaire-conjugaison) qui soit mûrement réfléchie;
- Une réelle liberté pédagogique qui permette à chaque professeur d'employer la méthode qu'il jugera la plus adaptée à ses élèves et à l'objet de son cours, sans imposer la séquence ni quelque autre méthode que ce soit.

3. La prise en compte des spécificités de notre matière :
- La prise en compte des spécificités du français, matière qui, pour toutes les raisons évoquées plus haut, ne saurait être limitée à sa dimension utilitariste. Enseigner le français ne se résume pas à transmettre un outil de communication dont les enseignants pourraient estimer une maîtrise mécanique comme acquise ou non dans le cadre d'une évaluation par compétences.
- La garantie du maintien du latin et du grec, comme disciplines à part entière, dont l'enseignement doit rester disjoint de celui du français et assuré par des professeurs de lettres classiques, seuls formés pour les enseigner.

Cette pétition a été remise à:
  • Monsieur le Président de la République et Madame le Ministre de l'Education nationale
  • de l'enseignement supérieur et de la recherche

    Sauvons l'enseignement du français au collège REFORME2016 a lancé cette pétition avec seulement une signature au départ et il y a maintenant 2 170 signataires. Lancez votre pétition pour créer le changement que vous souhaitez voir.