Aggiornamento sulla petizioneBrest Métropole : préservons nos espaces communs et arrêtons le bétonnage !Paroles entendues "Au pied du Mur" du 19 mars 2022 ...
La cantine DU MOULIN-BLANCBrest, Francia
22 mar 2022

Voici le texte prononcé par Jean Pierre Monot au nom des Amoureuses et Amoureux de la Rade de Brest lors de la Visite du site de la Cantine du Moulin Blanc organisée le samedi 19 mars 2022 par le Collectif "Au pied du Mur":

« Bonjour et bienvenue sous le joli bosquet de la Cantine du Moulin Blanc. Je voudrais, au nom du collectif des Amoureuses et Amoureux de la Rade de Brest, vous rappeler brièvement pourquoi nous sommes si nombreux à nous opposer à la construction d’un ensemble immobilier de 53 logements, sur ce site.

Nos raisons tiennent à l’urbanisme et à l’environnement.

Premièrement : des raisons urbanistes :
Il y a un point où tout le monde s’accorde, c’est que ce site, du fait du panorama qu’il offre sur la rade, est remarquable, magnifique, voire exceptionnel (on est chauvin du côté de Brest et on le revendique), et qu’il se doit d’être emblématique de ce qui constitue une entrée de ville. Mais ceci étant dit, les visions divergent.
Les instigateurs du projet immobilier prétendent que le lieu aurait vocation à être bâti. Par conséquent, les constructions nouvelles s’inscriraient dans une logique urbaine. Ce sont leurs termes.
Ces partisans du bétonnage de notre front de mer cherchent à nous convaincre qu’une sorte de loi transcendante s’imposerait, à laquelle personne, même pas eux, ne pourrait s’opposer.

Nous, les Amoureux, nous réfutons ces arguments pseudo-fatalistes. Nous revendiquons un urbanisme à la fois volontariste et concerté qui ne nous soit pas imposé par des règles obsolètes d’un temps révolu. Brest n’est ni la Baule, ni Cannes. Nous voulons une ville qui nous ressemble et qui réponde à nos aspirations, à nos besoins, à notre imaginaire. Des études l’ont montré (cf ADEUPA), les brestois ont le sentiment de vivre dans un univers par trop minéral et ils aspirent à des ruptures d’urbanisation, à des espaces de respiration, ils veulent davantage de nature en ville. Alors pourquoi supprimer les maigres îlots de verdure qui subsistent et qui participent à une biodiversité si menacée. Pourquoi imperméabiliser ces réduits quand on peut faire autrement ?

Pour cette seule raison, urbaniste, le projet à venir est très impopulaire, nous le sentons bien, et les élus décideurs le savent aussi (la pétition des Amoureuses et amoureux de la rade a recueilli à ce jour plus de 2800 signatures). Je rappelle qu’il n’y a eu aucune concertation avec la population, aucune consultation. La communication sur le sujet a toujours été particulièrement opaque.

Le projet des bétonneurs ne correspond pas à ce que désirent les kerhorres et les habitants de la métropole, usagers du front de mer nombreux à fréquenter ou à côtoyer ce lieu.

Deuxièmement : des raisons environnementales :
Ce site est dans sa quasi totalité situé en zone submersible. Plus précisément il est situé en zone dite d’aléa moyen pour une part et en zone dite d’aléa lié au réchauffement climatique pour le reste. C’est la terminologie employée par le code de l’urbanisme qui a intégré le phénomène de submersion marine en zone basse littorale à la suite de la tempête Xynthia de 2010 (53 morts et 1,5 milliards d’€ de dégâts matériels en France) d’une part, et le phénomène de montée du niveau de la mer d’autre part. Une cartographie a été dressée et le code de l’urbanisme actuel s’y réfère en introduisant des interdictions et des limitations. Le permis de construire déposé par le promoteur et accepté par la mairie se doit de respecter ce code de l’urbanisme.

Soyez donc rassurés, il n’y aura pas d’école, pas de crèches, (elles sont interdites ; il n’y aura pas d’EHPAD, (ils sont interdits). Non, c’est promis, il n’y aura que des adultes jeunes qui courent vite et savent nager. Le garage souterrain proscrit en aléa moyen sera creusé tout à côté dans la zone d’aléa lié au changement climatique où il est autorisé. Où est le problème ?

Le problème existe néanmoins, c’est que cette cartographie des zones basses littorales sur laquelle se fonde l’actuel code de l’urbanisme, date de 2013. Tout le monde sait, je dis bien tout le monde sauf à être négationniste en matière de climatologie, que depuis cette date (bientôt 10 ans), les prévisions du GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat) s’agissant de l’élévation du niveau de la mer ont empiré et sont alarmantes.

Comme souvent la loi est en retard sur les réalités, qui sont pourtant des données objectives de la Science. Nul doute qu’elle sera actualisée un jour, mais quand ? Trop tard ? Après nous le déluge ? Ou plutôt après nous la submersion ?

Quelle est la responsabilité de nos élus décideurs vis à vis des générations futures ?
Il faut absolument adapter dès maintenant les politiques d’aménagement à la remontée du niveau marin dans les zones basses. Aujourd’hui on privatise les profits, demain il faudra socialiser les pertes pour assurer la sécurité des biens et des personnes. Ce n’est pas le promoteur qui le fera !

Ce site est pollué : il est question ici de santé publique
Pendant plusieurs décennies ce terrain a hébergé diverses activités industrielles ou artisanales qui ont laissé des traces dans le sol et le sous sous-sol : mercure, hydrocarbures, métaux divers, résidus organiques, bombes peut-être !!!
Toute intervention qui nécessiterait de creuser oblige à une dépollution. L’opération coûte cher, très cher eu égard à la nature des polluants, en tout cas trop cher semble-t-il pour notre communauté. On confie donc au privé le soin de dépolluer. Comment cela sera-t-il fait ?

Je ne m’étendrai pas sur l’opacité qui là encore entoure cette opération de dépollution à venir, s’agissant des coûts, des modalités techniques à mettre en œuvre, du suivi. Personne n’a jamais voulu nous renseigner : ni BMa, ni la commune de Le Relecq-Kerhuon, ni le promoteur.
Toujours est-il que sur le permis de construire, il est bien stipulé que dans les quelques plates-bandes qui auront pour objet d’égayer le complexe immobilier, il sera interdit d’y faire pousser la moindre plante comestible : salade, arbre fruitier, laurier sauce....trop dangereux.

Il y a tellement mieux à faire en ce lieu qui a déjà beaucoup souffert de l’activité humaine. La nature est résiliente. Aidons-la simplement.

Si nous sommes plusieurs à être partisans d’un aménagement doux de notre front de mer qui préserverait le joli bosquet, trait d’union avec les proches vallées du Stangalar et du Costour, constituant une coulée verte et bleue, nous sommes tous convaincus de la nécessaire concertation et participation des habitants pour construire la ville de demain, celle qui hébergera nos enfants. Ils ont leur mot à dire !

C’est la raison pour laquelle les Amoureux de la rade ont rejoint le collectif Au pied du Mur.
Je vous remercie. » 

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