Lundi 2 mai, Mmadi Ahamada, son épouse M Assiati ainsi que leurs trois enfants en bas âge (l’aînée a 3 ans) ont été expulsés vers les Comores, leur pays d’origine.
Cette mesure d’éloignement fait suite à un prêche, prononcé par Mmadi Ahamada, alors imam de la mosquée Attakwa de Saint-Chamond, le 20 juillet 2021.
Ce prêche est mis en lumière par un tweet publié par une conseillère municipale d’opposition de Saint-Chamond et conseillère régionale. Alors sous étiquette Rassemblement national, Isabelle Surply édite un extrait du prêche le 20 juillet à 10 h 24. Son tweet, relayé par des comptes d’extrême-droite, rencontre un large écho sur les réseaux sociaux.
L’imam réfute avoir tenu des propos attentatoires à l’égalité femmes-hommes : « Pour aller au paradis, les femmes doivent respecter le droit d’Allah. Mais les hommes aussi. Chacun a ses droits envers les autres. Nous sommes égaux. Nos filles ne sont pas contraintes de rester à la maison. » Il regrette qu’il n’ait été retenu que quelques phrases dans un discours de cinq pages.
Le 22 juillet, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin demande par courrier à la préfète de la Loire, Catherine Séguin, de convoquer l’association qui gère la mosquée pour la sommer « de se séparer » de l’imam, et d’instruire « le non renouvellement de son titre de séjour ». Le jour même, à 16 heures, la préfète s’exécute et reçoit l’imam et les responsables de la mosquée. Ces derniers acceptent de mettre Mmadi Ahamada à l’écart des prêches. Dans le communiqué qui suit cette rencontre, Catherine Séguin indique que le non-renouvellement du titre de séjour de M. Ahamada est à l’étude. Le lendemain, Gérald Darmanin se félicite sur Twitter de cette issue.
Le tribunal administratif, dans son jugement rendu le 18 mars 2022 , dit ne pas avoir d’éléments prouvant que l’imam menacerait l’ordre public. Cependant, cette même juridiction confirme l’OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) sur la base d’irrégularités du droit au séjour.
Le juge annule également l’interdiction de revenir sur le territoire national durant un an au motif que la préfecture, « si elle estime que l’intéressé représente une menace pour l’ordre public, doit indiquer les raisons pour lesquelles sa présence sur le territoire national doit être regardée comme une telle menace ».
Concernant le prêche, le tribunal constate que « la préfète ne verse aucun élément permettant de justifier du nombre de personnes ayant assisté au prêche du 20 juillet, ni davantage du retentissement national, voire local qu’il aurait eu ».
Un peu plus loin, le tribunal précise qu’il « ne ressort d’aucune pièce du dossier que l’intéressé aurait adopté ou incité à adopter des comportements attentatoires au principe d’égalité entre les hommes et les femmes. »
Dès le début de la polémique en juillet dernier, des voix se sont élevées pour dénoncer la procédure engagée par le ministre de l’Intérieur.
La Ligue des Droits de l’Homme a pris sa défense.
Le responsable du conseil départemental du culte musulman a livré son analyse d’un dossier « purement politique » visant un imam décrit comme « un homme calme et apaisé », employé par une association qui « ne sort pas du cadre de la République ».
Hervé Reynaud, le maire de Saint-Chamond a affirmé qu’il « faut être ferme et intransigeant dès qu’on porte atteinte à la République ». Mais interrogé sur le fait d’avoir déjà entendu parler de propos discriminatoires tenus par cet imam, Hervé Reynaud répond: « Non, c’est la première fois et j’ajoute que je n’ai aucun problème avec la mosquée et les dirigeants. Nous échangeons souvent avec les équipes dans le cadre de la construction de la nouvelle mosquée : elles sont modérées et enseignent le respect et la tolérance ».
C’est ainsi que le jour de l’Aid El Fitr (fêtant la fin du mois du Ramadan), le lundi 2 mai 2022, au petit matin, la Police Aux Frontières est venue interpeller l’imam Mmadi Ahamada, son épouse et ses trois enfants.
L’intéressé dira que le voyage fut long et périlleux dans la mesure où la famille a été transférée dans un premier temps, jusqu’à Paris, dans un camion cellulaire, puis embarquée dans un avion direction Mayotte.
Arrivée à destination, la famille a pris un bateau pour gagner les Comores. L’embarcation où se trouvait Mmadi Ahamada et sa famille était celle utilsée pour transporter toutes les personnes expulsées, délinquants et autres repris de justice.
Mmadi Ahamada se dit encore aujourd’hui, traumatisé par cette traversée. Comme si ce périple ne suffisait pas, les autotités françaises ont déposé Mmadi Ahamada et sa famille sur un territoire des Comores. Ce dernier a dû reprendre un avion, à ses frais, pour regagner son territoire d’origine, situé sur autre île de l’archipel.
Nous faisons appel à présent, à toute générosité, à toute personne touchée par l’histoire d’un homme, simple, bon, apprécié de tous, connu pour sa grande mansuétude, sa générosité sans pareille, un homme de science, qui prônait la bonne parole, un homme de paix qui considérait son prochain, un homme humble qui n’hésitait pas à aller au-devant des fidèles pour leurs apporter son aide.
Il paye aujourd’hui le fait d’avoir tenu son rôle, d’avoir rappelé la parole de Dieu.
Mmadi Ahamada repart aujourd’hui de zéro, dans un pays qu’il a quitté il y a plus de dix ans, avec sa femme et ses enfants, nés en France, totalement déracinés, arrachés à un pays qu’ils portaient dans leur cœur. Il a tout laissé derrière lui, une vie, un équilibre, des habitudes, des biens.
Il est de notre devoir de nous mobiliser afin de soulager notre frère.
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