Ne laissez pas l'Ecole de Chaillot perdre sa spécificité: la formation professionnelle des architectes en exercice, en vue de la préservation du patrimoine.


Ne laissez pas l'Ecole de Chaillot perdre sa spécificité: la formation professionnelle des architectes en exercice, en vue de la préservation du patrimoine.
Le problème
L’Ecole de Chaillot, assure depuis 125 ans la formation des architectes spécialisés en intervention sur le patrimoine bâti, dont la connaissance, la préservation et la transmission est un enjeu économique social et culturel majeur pour notre pays comme à l’international. La pédagogie de l’Ecole de Chaillot repose depuis sa création sur deux spécificités:
1/ la transmission d’un savoir-faire méthodologique appliqué, fondé sur l’expérience de praticien des enseignants. Cette formation ne peut en effet se réduire à un enseignement théorique, certes nécessaire, mais insuffisant. La transmission d’expérience de la part d’architectes praticiens expérimentés, par le moyen d’étude de cas et l’apprentissage d’une méthode de terrain, est donc indispensable.
2/ un enseignement à destination d’architectes engagés dans la vie professionnelle, souvent expérimentés, ce qui les rend à même de faire pleinement fructifier cette expérience ; aujourd’hui comme hier, pour l’immense majorité des architectes étudiants à l’école, la formation repose sur la possibilité de poursuivre leur pratique professionnelle dans des conditions minimales de faisabilité pendant le cursus.
Or, depuis plusieurs années, on assiste à une évolution du cursus de formation qui aboutit au DSA mention Architecture et patrimoine :
D’une part, l’inflation des horaires d’enseignements et de la charge de travail demandée (+60% en 20 ans)[i]. Cette surcharge est totalement inadaptée aux impératifs professionnels de la majorité des architectes en exercice. Nous constatons que les conditions de suivi du DSA sont critiques, sur les plans matériels, professionnels, personnels. Les aménagements professionnels à temps partiel trouvent leurs limites, et ne sont d’ailleurs pas toujours possibles. Certains architectes sont contraints d’abandonner en cours d’année soit leur activité professionnelle, soit la poursuite du cursus, dans l’impossibilité de poursuivre les deux ; surchargés, les étudiants n’ont plus le temps nécessaire à la maturation intellectuelle des enseignements, ni à l’ouverture culturelle qui devrait les compléter : c’est un contresens grave. Dans les faits, l’école n’est désormais plus adaptée à la formation des professionnels en exercice. La scission de la 2ème année en deux options : Ville & territoire et Edifice, loin d’alléger le cursus, a eu pour effet de surcharger l’enseignement de 1ère année, sans soulager la 2ème année.
D’autre part, une inadaptation aux conditions réelles de l’exercice des professions du patrimoine: en s’éloignant d’une transmission par étude de cas centrée sur le bâti, les techniques et les doctrines, la soumission au modèle universitaire a entraîné un glissement vers une approche théorique de la connaissance et de la gestion du patrimoine, qui éloigne de l’objet concret qu’est le bâti ancien et des questions qu’il pose effectivement dans le quotidien des professionnels, qu’ils soient AUE, maîtres d’œuvre ou chargés d’étude. L’ouverture de l’Ecole vers la recherche et la pratique universitaire semble donc se faire au détriment de ce qui fut sa spécificité : une approche méthodologique et pratique du bâti ancien au service de sa conservation.
Enfin, dans cette évolution en cours, l’absence d’une vision claire et partagée de l’enseignement, dont sont garants conjointement les professeurs associés et l’administration de l’Ecole. L’éclatement du projet pédagogique se ressent directement dans la marche des études: insuffisante coordination entre enseignants, et entre les enseignants et l’administration, inflation et irrégularité des charges de travail - malgré les efforts de l’encadrement-, inégalité des contenus et des intervenants.
Devant ce constat partagé depuis plusieurs années par les différentes promotions, nous avons fait part de cette situation en plusieurs occasions, notamment par le biais d’évaluations annuelles des enseignements. Cependant l’école poursuit son évolution et il est factuel que, sur les dix dernières années, la situation empire d’une promotion à l’autre.
Nous, étudiants et anciens étudiants de l’Ecole, appelons les instances pédagogiques, administratives et de tutelle, à œuvrer ensemble :
- pour que l’Ecole de Chaillot ne se coupe pas des conditions des architectes en exercice, au risque d’empêcher à un grand nombre d’entre eux de pouvoir suivre le cursus. Pour cela, un allègement des heures d’enseignement et du volume de travail annuel demandé est indispensable.
- pour que l’Ecole de Chaillot ne se coupe pas de sa spécificité historique, et toujours d’actualité, qui est la transmission d’un savoir professionnel, celui des architectes en charge de la conservation et la restauration du patrimoine. Sans négliger la transmission d’un savoir théorique, celui-ci ne doit pas devenir le seul horizon de cette formation, faute de quoi celle-ci perd sa raison d’être.
A ce titre, au moment où deux des cinq professeurs associés de l’école de Chaillot, architectes praticiens et enseignants de très haut niveau, sont invités à prendre leur retraite en 2015, nous rappelons l’importance primordiale de la présence d’architectes praticiens, hautement expérimentés et unanimement reconnus, au sein des professeurs associés à l’Ecole.
Les signataires, architectes étudiants et anciens étudiants de l’Ecole de Chaillot.
[i] De 1995 à 2015, le volume de cours annuel est passé de 500 heures à 820, et de la charge de travail attendue de 1000 à 1580. Sources : heures d’enseignements données par les documents de l’école croisés avec les correspondances horaires pour 120 ECTS.
Le problème
L’Ecole de Chaillot, assure depuis 125 ans la formation des architectes spécialisés en intervention sur le patrimoine bâti, dont la connaissance, la préservation et la transmission est un enjeu économique social et culturel majeur pour notre pays comme à l’international. La pédagogie de l’Ecole de Chaillot repose depuis sa création sur deux spécificités:
1/ la transmission d’un savoir-faire méthodologique appliqué, fondé sur l’expérience de praticien des enseignants. Cette formation ne peut en effet se réduire à un enseignement théorique, certes nécessaire, mais insuffisant. La transmission d’expérience de la part d’architectes praticiens expérimentés, par le moyen d’étude de cas et l’apprentissage d’une méthode de terrain, est donc indispensable.
2/ un enseignement à destination d’architectes engagés dans la vie professionnelle, souvent expérimentés, ce qui les rend à même de faire pleinement fructifier cette expérience ; aujourd’hui comme hier, pour l’immense majorité des architectes étudiants à l’école, la formation repose sur la possibilité de poursuivre leur pratique professionnelle dans des conditions minimales de faisabilité pendant le cursus.
Or, depuis plusieurs années, on assiste à une évolution du cursus de formation qui aboutit au DSA mention Architecture et patrimoine :
D’une part, l’inflation des horaires d’enseignements et de la charge de travail demandée (+60% en 20 ans)[i]. Cette surcharge est totalement inadaptée aux impératifs professionnels de la majorité des architectes en exercice. Nous constatons que les conditions de suivi du DSA sont critiques, sur les plans matériels, professionnels, personnels. Les aménagements professionnels à temps partiel trouvent leurs limites, et ne sont d’ailleurs pas toujours possibles. Certains architectes sont contraints d’abandonner en cours d’année soit leur activité professionnelle, soit la poursuite du cursus, dans l’impossibilité de poursuivre les deux ; surchargés, les étudiants n’ont plus le temps nécessaire à la maturation intellectuelle des enseignements, ni à l’ouverture culturelle qui devrait les compléter : c’est un contresens grave. Dans les faits, l’école n’est désormais plus adaptée à la formation des professionnels en exercice. La scission de la 2ème année en deux options : Ville & territoire et Edifice, loin d’alléger le cursus, a eu pour effet de surcharger l’enseignement de 1ère année, sans soulager la 2ème année.
D’autre part, une inadaptation aux conditions réelles de l’exercice des professions du patrimoine: en s’éloignant d’une transmission par étude de cas centrée sur le bâti, les techniques et les doctrines, la soumission au modèle universitaire a entraîné un glissement vers une approche théorique de la connaissance et de la gestion du patrimoine, qui éloigne de l’objet concret qu’est le bâti ancien et des questions qu’il pose effectivement dans le quotidien des professionnels, qu’ils soient AUE, maîtres d’œuvre ou chargés d’étude. L’ouverture de l’Ecole vers la recherche et la pratique universitaire semble donc se faire au détriment de ce qui fut sa spécificité : une approche méthodologique et pratique du bâti ancien au service de sa conservation.
Enfin, dans cette évolution en cours, l’absence d’une vision claire et partagée de l’enseignement, dont sont garants conjointement les professeurs associés et l’administration de l’Ecole. L’éclatement du projet pédagogique se ressent directement dans la marche des études: insuffisante coordination entre enseignants, et entre les enseignants et l’administration, inflation et irrégularité des charges de travail - malgré les efforts de l’encadrement-, inégalité des contenus et des intervenants.
Devant ce constat partagé depuis plusieurs années par les différentes promotions, nous avons fait part de cette situation en plusieurs occasions, notamment par le biais d’évaluations annuelles des enseignements. Cependant l’école poursuit son évolution et il est factuel que, sur les dix dernières années, la situation empire d’une promotion à l’autre.
Nous, étudiants et anciens étudiants de l’Ecole, appelons les instances pédagogiques, administratives et de tutelle, à œuvrer ensemble :
- pour que l’Ecole de Chaillot ne se coupe pas des conditions des architectes en exercice, au risque d’empêcher à un grand nombre d’entre eux de pouvoir suivre le cursus. Pour cela, un allègement des heures d’enseignement et du volume de travail annuel demandé est indispensable.
- pour que l’Ecole de Chaillot ne se coupe pas de sa spécificité historique, et toujours d’actualité, qui est la transmission d’un savoir professionnel, celui des architectes en charge de la conservation et la restauration du patrimoine. Sans négliger la transmission d’un savoir théorique, celui-ci ne doit pas devenir le seul horizon de cette formation, faute de quoi celle-ci perd sa raison d’être.
A ce titre, au moment où deux des cinq professeurs associés de l’école de Chaillot, architectes praticiens et enseignants de très haut niveau, sont invités à prendre leur retraite en 2015, nous rappelons l’importance primordiale de la présence d’architectes praticiens, hautement expérimentés et unanimement reconnus, au sein des professeurs associés à l’Ecole.
Les signataires, architectes étudiants et anciens étudiants de l’Ecole de Chaillot.
[i] De 1995 à 2015, le volume de cours annuel est passé de 500 heures à 820, et de la charge de travail attendue de 1000 à 1580. Sources : heures d’enseignements données par les documents de l’école croisés avec les correspondances horaires pour 120 ECTS.
Pétition fermée
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Les décisionnaires
Pétition lancée le 31 mars 2015