
Béatrice DESGRANGESPrancis
28 avr. 2018
Tandis qu’Emmanuel Macron multiplie les gestes de soumission à Xi Jinping, l’Allemagne et les USA renouvellent leurs appels à la libération de Liu Xia mais les observateurs estiment qu’il est fort improbable que soit levée son assignation à résidence et qu’elle soit autorisée à quitter la Chine dans un avenir proche.
L’appel de l’Allemagne et celui des USA sont les premiers qui aient été lancés par des gouvernements occidentaux depuis plus de six mois après les spéculations du mois de janvier concernant une libération prochaine. « Nous espérons une issue positive et rapide de son cas », a déclaré l’ambassadeur d’Allemagne en Chine Michael Clauss dans une interview exclusive au South China Morning Post. Nous espérons que Liu Xia pourra enfin jouir de la liberté de mouvement et qu’elle pourra se rendre dans le pays de son choix. C’est une préoccupation constante et explicite de l’Allemagne, qui réaffirme qu’elle sera la bienvenue en Allemagne si elle souhaite toujours y être accueillie. Plus le temps passe et plus une solution positive de son cas devient urgente. »
Jennie Lee, porte-parole de l’ambassadeur des USA à Pékin, a déclaré de son côté que Washington demeurait profondément concerné par la santé et le bien-être de Liu Xia : « Les Etats Unis continuent à réclamer des autorités chinoises la levée de toutes les restrictions de mouvement et de communication qui frappent Liu Xia, ils leur demandent de l’autoriser à quitter la Chine si elle le souhaite. »
Cette déclaration fait suite à la publication du rapport annuel américain sur les Droits de l’homme, dimanche dernier, désignant la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord comme des « forces d’instabilité ». Le rapport dénonce également Pékin pour les détentions arbitraires, les exécutions sans procédure officielle, les aveux extorqués aux prisonniers sous la contrainte et les disparitions forcées.
On avait cru pouvoir espérer, en janvier, que Liu Xia serait libérée après que des militants pro-démocratie renommés aient affirmé tenir de sources gouvernementales qu’elle le serait prochainement. Quelques-uns de ses amis pensaient même que sa libération pourrait intervenir après la session parlementaire du mois de mars.
Mais en l’absence de tout progrès depuis lors, les observateurs pensent désormais qu’il est fort improbable que sa situation change en quoi que ce soit dans un avenir proche.
Steve Tsang, directeur du SOAS China Institute de l’Université de Londres, affirme que rien n’indique que Xi Jinping soit prêt à assouplir sa position sur le cas de Liu Xia : « elle pourrait susciter une importante couverture médiatique et pourrait devenir un point de ralliement pour les dissidents chinois de l’étranger. Pourquoi Xi Jinping prendrait-il ce risque ? »
Dans le même temps, des militants qui parviennent à joindre Liu Xia, confirment qu’elle reste assignée à résidence. Les autorités chinoises n’ont jamais dit qu’elle serait autorisée à quitter la Chine et le Ministre des Affaires étrangères continue à répéter qu’elle « jouit de toutes les libertés conformément à la loi », comme tous ses concitoyens. Mais le South China Morning Post a appris de source sûre que le cas de Liu Xia « échappait largement au contrôle du Ministère des Affaires étrangères ou du Ministère de la Sécurité publique. L’affaire est traitée au plus haut niveau. »
Selon Jerome Cohen, expert des affaires judiciaires et gouvernementales chinoises à la New York University School of Law, « les restrictions sévères à la liberté de Liu Xia ont gravement compromis les efforts de Pékin pour déployer son soft power dans les relations internationales » et la montée des sentiments nationalistes tant en Chine qu’aux USA rend un compromis sur les droits de l’homme plus improbable encore. Cohen rapproche la détention extra-judiciaire de Liu Xia de celle du réformiste Zhao Ziyang en affirmant que « Pékin a peur que Liu Xia parle si elle est libre de le faire ». Il rappelle que « Zhao Ziyang, chef du Parti communiste chinois jusqu’à la crise du 4 juin 1989, a lui-même dû passer les 16 dernières années de son existence en résidence surveillée extra-judiciaire, que la situation semble s’être encore durcie sous le gouvernement de Xi Jinping et que seule une vague de protestations internationales pourrait le contraindre à libérer Liu Xia ».
Quant à Richard Bush, co-directeur du Centre d’études politiques sur le Sud-Est asiatique, il est très pessimiste : « Liu Xiaobo, et, par extension Liu Xia, affirme-t-il, représentent ce que le régime communiste chinois déteste et redoute le plus au monde ». Il pense que résoudre le problème de Liu Xia n’améliorerait pas les relations entre la Chine et l’Occident. « L’amélioration, si même elle intervenait, ne serait pas durable », dit-il. Tsang est tout aussi pessimiste, « en tout état de cause, je ne crois pas à une résolution de son cas. Xi n’est pas prêt à recevoir les leçons des Européens en matière de droits de l’homme. »
Il serait temps que la France se rappelle qu'elle est la patrie des Droits de l'homme et qu'elle fasse, enfin, entendre sa voix dans cette affaire !
Salin tautan
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