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Paris : un Contre-Congrès en hommage à Liu Xiaobo et à Liu Xia

Béatrice DESGRANGES
France

Oct 19, 2017 — La salle-des-fêtes de la Mairie du 4° arrondissement de Paris, juste derrière l’Hôtel-de-Ville, était comble, hier soir, pour la rencontre des « Nouveaux Dissidents » qui s’est ouverte, symboliquement, sur des images du Congrès chinois. Un peu plus de cent personnes peut-être contre les quelque 2300 délégués venus applaudir au triomphe de Xi Jinping à Pékin, cela ne pèse pas lourd, sans doute, mais leur cœur battait à l’unisson de celui de Liu Xia, à nouveau arrachée à Pékin par la volonté du PCC pour faire place nette devant l'Empereur rouge…

Avant d’entrer « dans la tête de Xi Jinping » avec François Bougon, Marie Holzman a rendu un bel hommage à Liu Xiaobo et à Liu Xia en rappelant les conditions épouvantables de la mort du Prix Nobel de la Paix chinois et le cauchemar kafkaïen que vit son épouse depuis 2010. Séquestrée par le Parti, contrainte chaque mois à un interminable trajet pour une courte visite à son mari, toujours en présence des gardiens, Liu Xia n’a pu lui révéler qu’elle était « assignée à résidence » (c’est un euphémisme) qu’au mois d’avril. Liu Xia, qui n'a commis aucun crime ou délit, a encore précisé Marie Holzman, est tout simplement punie d'aimer son mari en vertu d'une règle non-écrite très en vogue sous Mao, voire au temps de l'Empire, celle de la culpabilité familiale. Et la peine s'étend à tous ceux qui participent du même sang ou de la même alliance, à moins qu'ils ne fassent dûment allégeance au Parti : en condamnant son frère Liu Hui, lui aussi, à 11 ans de prison, le PCC condamnait Liu Xia à la plus haute des solitudes et au désespoir absolu.

Marie Holzman a ensuite analysé le calendrier politique de cette affaire : arrêté le 8 décembre 2008, jugé à huis-clos par un tribunal de Pékin et formellement condamné à 11 ans de prison (la nouvelle avait été annoncée le jour de Noël 2009), Liu Xiaobo aurait dû être libéré en 2019, l'année du trentième anniversaire des massacres de la Place Tian'Anmen. Une perspective insupportable pour le pouvoir communiste...

Mais le pire, dit Marie Holzman, c’est qu’on a « volé » à Liu Xia la mort de son mari : la chambre d’hôpital, a-t-elle réussi à révéler par téléphone à son ami Liao Yiwu, était en permanence bondée d’agents de sécurité ; pas un moment d’intimité n’a été accordé au couple, séparé depuis si longtemps ! quant à la cérémonie des funérailles, où le frère de Liu Xiaobo, membre du Parti, très hostile au combat de son cadet, a seul pris la parole pour remercier obséquieusement les autorités des soins qu’elles avaient prodigués à celui-ci, elle était une insulte à Liu Xia. Après avoir joué son rôle dans cette sinistre farce, le frère de Liu Xiaobo, en short et en T-shirt, s’est vite éclipsé de la salle en fumant une cigarette, sans même prendre la peine de faire semblant pour la propagande.

Marie Holzman a dit son souhait de voir fleurir des monuments à Liu Xiaobo dans toutes les capitales du monde, y compris à Paris, bien sûr et elle eu la gentillesse de présenter, en conclusion, le suivi de l’information que j’assure ici de mon mieux. Elle a dit combien la chanson que j’ai postée hier l’avait bouleversée, émue aux larmes même, tant ses paroles sont belles (je vous en donnerai la traduction dès que possible).

J’avais passé deux jours à préparer une vidéo qui devait être projetée après son intervention mais les caprices de la technique (tout fonctionnait à merveille quelques instants avant la rencontre) en ont décidé autrement. Je vous donc propose de la voir ici. C’est le dernier texte de Liu Xiaobo, écrit le 7 juillet, à quelques jours de sa mort (le 13 juillet). Il rappelle que Liu Xia n’a pas seulement été « punie » de l’aimer dans sa vie de femme mais encore dans sa vie d’artiste. Car Liu Xia, qui refuse de publier en Chine depuis les massacres de Tian’Anmen, s’est aussi imposé le silence à Hong Kong (où elle aurait pu le faire), du vivant de son mari, pour lui éviter des mesures de rétorsion dans sa prison.

Comme je l’ai dit hier, le titre de ce texte, qui devrait servir de préface à une édition des œuvres de Liu Xia, est un pied-de-nez à la rhétorique haineuse du Parti qui stigmatise du nom « d’herbes vénéneuses » les œuvres mal-pensantes : il s’intitule « mon éloge pourrait bien être un poison impardonnable » ….

Encore un problème technique, Jean-Philippe Béja me signale que la vidéo ne fonctionne pas. Cette fois, ça marche !


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