Petition updateLiu Xiaobo est mort, n'abandonnez pas Liu Xia !Qui est Liu Xia ?
Béatrice DESGRANGESFrance
Aug 9, 2017
Liu Xia est née en 1961, dans une famille de cadres du Parti. Son père a travaillé pour la Banque de Chine. Elle a rencontré son futur mari au milieu des années 80 alors qu’elle était employée par le Bureau des Statistiques et que Liu Xiaobo n’était encore qu’un jeune talent prometteur connu des seuls cercles académiques et littéraires. Ils se sont mariés en 1996. Liu Xiaobo était alors prisonnier dans un camp de rééducation par le travail pour avoir réclamé, avec d’autres, dans une lettre ouverte, plus de démocratie en Chine. C’était sa deuxième incarcération depuis les événements de Tian’Anmen. Quant à Liu Xia, elle avait quitté son emploi pour se consacrer entièrement à la poésie. Ilaria Maria Sala, une journaliste hongkongaise d’origine italienne qui a fait ses études à l’Ecole Normale Supérieure de Pékin et à l’Université de Pékin, se souvient d’une conversation qu’elle a eue avec Liu Xia en 1997. Elle se souvient de la manière dont elle évoquait leur relation dans un éclat de rire s’éteignant tout à coup dans une expression de colère froide : « Quand nous nous sommes mis ensemble, les gens qui ne connaissaient que Liu Xiaobo ont craint qu’il ne soit trop radical pour moi parce que je leur semblais fragile et trop sensible. Ensuite, ils ont écouté ce que j’avais à dire sur le système politique et ils ont compris que la plus radicale des deux c’était peut-être moi. La différence, c’est que je n’écris pas sur ce sujet. Après ce qu’ils ont fait à Tian’Anmen, je ne veux plus avoir affaire avec cette société. Je ne veux même pas que mes œuvres soient publiées en Chine pour le moment. » Après l’arrestation définitive de Liu Xiaobo, en 2008, et l’obtention du Prix Nobel de la Paix en 2010, le régime a contraint Liu Xia à vivre en recluse sans jamais l’avoir ni inculpée de quoi que ce ne soit ni condamnée. Sans aucune relation avec le monde extérieur, Liu Xia a continué à écrire des poèmes et a développé un art de la photographie sombre et surréaliste. Les épouses et les familles des dissidents sont désormais des cibles de la répression ; la femme de Xie Yang, Chen Guiqiu, professeur de science de l’environnement, a réussi à fuir la Chine pour le Texas avec ses deux filles il y a quelques mois. Elle ne peut ni retourner en Chine ni rencontrer son mari : « Je suis de tout cœur avec Liu Xia, dit-elle, j’ai dû m’enfuir avec mes deux filles parce que la vie devenait impossible, nous étions constamment suivies, y compris à l’école. » Jin Bianling, épouse de l’avocat des droits de l’homme Jiang Tianyong, inculpé de « subversion du pouvoir politique » et aujourd’hui en attente de son jugement, a elle aussi réussi à fuir la Chine. Elle vit en Californie : « J’ai énormément de sympathie pour Liu Xia. Elle est absolument seule et ne sait même pas qu’elle a le soutien des gens. Nous craignons tous qu’elle ne puisse plus faire face et qu’elle sombre dans la folie. J’ai ma fille avec moi, c’est une consolation et c’est aussi pour elle que j’ai fui. Mais la douleur de ne pouvoir parler à mon mari et la peur qu’il ne soit torturé m’anéantissent. » Jin Bianling dit aussi combien elle est déchirée entre l’admiration qu’elle éprouve pour son mari en tant que citoyenne et en tant qu’amie et la détresse qu’elle éprouve en tant que mère, épouse et belle-fille : « ses parents sont paysans et eux aussi sont absolument seuls. Il était leur seul secours. Je ne dis pas qu’il aurait dû suivre une autre voie mais nous vivons des choses très dures. » Liu Xia éprouve sans doute les mêmes doutes et les mêmes sentiments. Liao Yiwu a publié, récemment, un de ses poèmes ; il date de 2016. Il dit la déchirure d’une femme brisée qui trouve le courage de sourire au prisonnier et de lui cacher sa vie de recluse, de lui cacher la crise cardiaque dont elle a été victime, les voyages éprouvants de Pékin à la frontière de la Corée du Nord, une fois par mois, dans des conditions immondes… « Je suis fatiguée, Fatiguée de mes cachets blancs Fatiguée de te sourire Fatiguée des toilettes des trains, Fatiguée de ta renommée, Fatiguée d’avoir le cœur fatigué, Je suis fatiguée d’être en cage, mon amour. Je suis fatiguée. » Écoutons-la, écoutons Liu Xia et ne l’abandonnons pas, n’abandonnons pas les victimes de la répression du PCC, les avocats des droits de l’homme et leurs épouses, mais aussi leurs enfants, harcelés, privés d’école et d’avenir par un régime devant lequel nos hommes politiques ont lâchement choisi de se prosterner au nom de nos intérêts économiques… Merci à tous de mobiliser pour Liu Xia autour de vous. Se battre pour elle, c'est aussi se battre pour toutes les victimes de la répression en Chine. Notre presse nous informe très peu sur tout cela, elle préfère les faits divers et les pandas quand elle ne dit pas des contrevérités... C'est pourquoi je scrute, pour vous, la presse de langue anglaise qui fait un véritable travail d'information. Source principale : China is keeping Liu Xia, widow of human rights activist Liu Xiaobo, from talking to the world https://qz.com/1041895/china-is-keeping-liu-xia-widow-of-human-rights-activist-liu-xiaobo-from-talking-to-the-world/
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