Alésia : élevons le débat et notre voix

0 a signé. Allez jusqu'à 1 000 !


"Aujourd’hui, l’ensemble des archéologues français et étrangers considère que tout concourt pour faire des vestiges datés du milieu du Ier siècle avant notre ère, découverts à Alise-Sainte-Reine (21) et dans ses environs, les preuves indiscutables que ces lieux ont été le siège de la bataille d’Alésia relatée par César dans la Guerre des Gaules. L’agglomération et le territoire d’Alésia/Alise-Sainte-Reine font partie des sites les mieux étudiés actuellement par l’archéologie". C'est ce que vingt chercheurs ont rappelé pour alerter les pouvoirs publics locaux sur le projet de financement d'un levé Lidar sur le site de Chaux-des-Crotenay (Jura), justifié par le siège d’Alésia, selon ses commanditaires. 

Depuis ce courrier, les chercheurs et les institutions de recherche qui les emploient subissent une attaque en règle de Franck Ferrand (écrivain et journaliste responsable d'émissions historiques radio-télévisées), de Danielle Porte (maître de conférence retraitée de l'université de Paris IV, latiniste et historienne des religions) et des associations  (ArcheoJurasites, Alésia-André Berthier et Cercle Alésia -52) soutenant la thèse d'André Berthier (archiviste de formation ayant conduit des fouilles archéologiques à Chaux-des-Crotenay).

La tonalité vindicative de cette attaque ne peut dissimuler la pauvreté et les incohérences des arguments pseudo-scientifiques mis en avant. Les chercheurs employés par l'Université et le CNRS ne seraient qu'une bande de « derniers Mohicans » universitaires brandissant un « folklore d’incantations rituelles et de titres guerriers » dont la « danse du scalp est d’autant plus endiablée [cette année] qu’il est dangereusement question, dans le Jura, d’une campagne de relevés Lidar - opération qui pourrait être en partie soutenue par des fonds publics. Sacrilège, pas question pour nos chasseurs de subventions de se laisser ôter le pain de la bouche ! » (F. Ferrand, Est Républicain, 04/09/2016).

Les « partisans de la thèse Berthier » reprochent aux chercheurs l'absence de débat. Mais de quel débat parle-t-on ? Suite aux sollicitations de l’association ArchéoJurasites, plusieurs chercheurs français et suisses ont effectué des expertises, y compris sur le terrain, laissées sans suite dès lors que celles-ci contredisaient la thèse d'André Berthier. Le portail des Archives Berthier n’est accessible qu’en montrant patte blanche et ces archives sont désormais inaccessibles aux signataires du texte sur Alésia et à leurs proches. Aucune des expertises et des données mentionnées à grand renfort pour justifier la thèse Berthier n’est publiée dans des revues scientifiques. Les défenseurs de la thèse Berthier renvoient inlassablement au texte « sacré » de César, ou aux textes d’érudits dont l’Abbé Villette qui défend la thèse de « deux » Alésia sur des bases toponymiques… Ils crient au complot d’Etat censurant toute fouille alors qu’ils dénigrent publiquement l’apport de l’archéologie, A. Berthier lui-même ayant bénéficié de moyens exceptionnels pour son époque (1964-1965). Par la suite, des diagnostics réalisés par l'Association Française pour les Fouilles Archéologiques Nationales (AFAN), en 1994, 1996 et 1997 ont clairement démontré soit l’absence de vestiges, soit la présence d’une occupation postérieure à la conquête romaine.  

Au delà de la polémique concernant Alésia, c'est notre professionnalisme et le caractère déontologique qui lui est intimement associé qui sont visés, ce que nous ne pouvons tolérer.

Ne rien dire, c'est manquer à notre devoir, en tant qu’expert fonctionnaire d’État, de transmettre et d'alerter les pouvoirs publics sur des dépenses inconsidérées dans le domaine des activités archéologiques, à l'heure où tous les pays européens font face à la crise et où des choix drastiques doivent être opérés.

Aussi, en tant que chercheurs signataires du courrier "Alésia n'est pas dans le Jura...", nous demandons à l'ensemble de la communauté scientifique nationale et internationale, institutions et individus, de se mobiliser pour soutenir notre démarche et défendre la profession  de chercheur et enseignant en science historique et archéologique ainsi que les associations de bénévoles sérieuses et rigoureuses qui œuvrent dans ces domaines.

Que la localisation proprement dite d’Alésia suscite encore débat dans certains milieux obscurantistes, par inculture, nous importe finalement peu, en revanche la remise en cause publique, permanente et sans fondement, du travail scientifique mené en archéologie et en histoire doit tous nous faire réagir ! 

 

                  Les 21 chercheurs du manifeste de juillet 2016

François Favory, professeur émérite d’histoire ancienne et archéologie gallo-romaine, université de Bourgogne Franche-Comté, Besançon 

Hervé Richard, directeur de recherche, paléoenvironnement, CNRS-université de Bourgogne Franche-Comté, Besançon 

Pierre Nouvel, Maître de conférences d’archéologie gallo-romaine, université de Bourgogne Franche-Comté, Besançon 

Philippe Barral, professeur d’archéologie protohistorique, université de Bourgogne Franche-Comté, Besançon

Anne-Marie Adam, professeure émérite d'archéologie, université de Strasbourg 

Stephan Fichtl, professeur d'archéologie, université de Strasbourg 

Emilie Gauthier, professeure d’archéologie et paléoenvironnement, université de Bourgogne Franche-Comté, Besançon 

Vincent Guichard, archéologue spécialiste de protohistoire européenne, directeur de l'établissement public de coopération culturelle de Bibracte 

Jean-Paul Guillaumet, directeur de recherche émérite, expert pour l’étude du matériel métallique des sites de Chaux-des-Crotenay, CNRS-université de Bourgogne Franche-Comté 

Luc Jaccottey, archéologue, Institut national de recherches archéologiques préventives et laboratoire chrono-environnement, UMR 6249/CNRS-UBFC, Besançon 

Martine Joly, professeure d’archéologie gallo-romaine, université de Toulouse 

Sylvie Lourdaux-Jurietti, responsable des collections d’archéologie, musées de Lons-le-Saunier 

Laure Nuninger, chargée de recherche, archéologie spatiale et géomatique, CNRS-université de Bourgogne Franche-Comté, Besançon 

Pierre Pétrequin, directeur de recherche émérite, pré- et protohistorien, MSHE C.N. Ledoux, CNRS-université de Bourgogne Franche-Comté, Besançon 

Matthieu Poux, professeur d'archéologie, université de Lyon II 

Annick Richard, ingénieure, DRAC de Bourgogne-Franche-Comté - service régional de l'archéologie et laboratoire chrono-environnement, UMR 6249/CNRS-UBFC, Besançon 

Matthieu Thivet, ingénieur de recherche, archéologue, laboratoire chrono-environnement, CNRS-université de Bourgogne Franche-Comté, Besançon 

Claudine Munier, archéologie urbaine gallo-romaine, service d’archéologie de la ville de Besançon et laboratoire chrono-environnement, UMR 6249/CNRS-UBFC, présidente de l’association française d’archéologie du verre

Stéphane Venault, archéologue, Institut national de recherches archéologiques préventives et laboratoire chrono-environnement, UMR 6249/CNRS-UBFC, Besançon 

Valérie Pichot, ingénieure au CNRS, archéologue, Centre d’Etudes Alexandrines - USR3134 

Stefan Wirth, professeur de protohistoire européenne, université de Bourgogne Franche-Comté, Dijon

PhotographieVue de l'oppidum d'Alésia (Mont-Auxois) depuis le secteur du Mont Pennevelle. Cliché : Ph. Barral 1996.



Les 21 chercheurs du manifeste "Alésia n'est pas dans le Jura..." compte sur vous aujourd'hui

Les 21 chercheurs du manifeste "Alésia n'est pas dans le Jura..." a besoin de votre aide pour sa pétition “Mme Christiane BARRET, Préfète de la région Bourgogne-Franche-Comté: Alésia : élevons le débat et notre voix”. Rejoignez Les 21 chercheurs du manifeste "Alésia n'est pas dans le Jura..." et 798 signataires.