Les Marseillais demandent la "mise sous tutelle" citoyenne de Marseille et de sa Métropole

0 a signé. Allez jusqu'à 1 000 !


Les Marseillais demandent une "mise sous tutelle" citoyenne de Marseille et de sa Métropole

Par Collectif de Marseillais

Il faut sauver Marseille ! Suite aux évènements dramatiques de la rue d’Aubagne, des Marseillais se rassemblent au sein d'un collectif apolitique qui porte une idée forte : la mise sous tutelle citoyenne de la Ville et de sa Métropole, unique moyen d'en finir avec le système clientéliste perpétué par toutes les équipes municipales depuis l'après-guerre. Ce même système est à l'origine des maux dont souffre la ville que nous aimons. Nous voulons qu’il soit démantelé, et ne voyons pas d'autre solution que de nous placer sous la protection de l'Etat. Cette tutelle devrait être mise en place pour la durée d’un mandat (6 ans), temps nécessaire à un changement durable des modes de fonctionnement. Cette procédure exceptionnelle, qui pourrait demander le vote d’une loi ad hoc rendue nécessaire par l’urgence et le caractère unique de la situation, devrait assurer la totale indépendance politique de l’administrateur, de même que son contrôle et une vigilance citoyenne. Si elle était difficile politiquement ou juridiquement, nous proposons un ensemble de mesures aptes à assurer un contrôle renforcé.

Pourquoi une demande de mise sous tutelle ?

Pour beaucoup d'entre-nous, habitants de Marseille, le drame de la rue d'Aubagne aura servi de catalyseur de colère et d'indignation face au mépris de la Ville et de sa Métropole, et à leur incapacité à remplir leurs missions les plus élémentaires. A Marseille rien n’est comme ailleurs. La ville est un peu folle, difficile à comprendre, improbable. Mais voilà, la pagnolade peut virer au tragique : des immeubles s’effondrent malgré des alertes à répétition, puis soudain plus de 1500 personnes sont évacuées dans la précipitation. Des parents attendent à l’hôpital dans le froid des brancardiers absents, leur bébé mort dans les bras[i]. Des gangs s’affrontent mortellement pour le contrôle de la drogue[ii]. Le Samu social décide de ne s’occuper des sans-abris qu’à mi-temps, mais payé à plein temps[iii]! La moitié des enfants ne savent pas nager en 6ème faute de piscines[iv]. Les employés des musées sont virtuels le week-end, la gestion des écoles -des locaux aux personnels- est catastrophique, les éboueurs partent quand ils ont fini, seule la pluie nettoie les rues. L’absentéisme des employés municipaux frôle le record de France[v]. Insalubrité et habitat indigne, écoles[vi], musées[vii], propreté[viii], transports[ix] : est-il besoin de rappeler la litanie des échecs municipaux, des petits et grands scandales ?

Pendant ce temps nos élus mènent une politique d'image, rêvant un décor de cinéma, une "skyline", une ville Potemkine. Tour La Marseillaise[x], stade vélodrome[xi], patinoire[xii] : combien d'équipements ridiculement coûteux, de partenariats publics privés déséquilibrés, d'engagements déraisonnables, d’investissements de prestige totalement inadaptés, d'hypothèques sur l'avenir ? Comment chiffrer ce patrimoine bradé, ces chantiers ratés, ces projets gérés en dépit du bon sens ? Ces pans entiers de compétences municipales confiées au privé, dans un double emploi des fonds publics ?

Notre ville ne fonctionne plus. Cette situation est unique, indigne, inacceptable. Le blocage politique et administratif local va au-delà de la Ville de Marseille. Il concerne aussi des institutions comme la Métropole, le Conseil départemental, l’APHM… Qui est responsable ? Certainement les élus, cooptés à l’issue d’une longue formation leur permettant de comprendre le « fonctionnement local ». Le système de cogestion entre Force Ouvrière et la mairie, en place depuis l’après-guerre, bien sûr. Mais aussi un projet, mené depuis plus de 20 ans, qui conduit à une spéculation sans fin autour du développement immobilier de la ville, mais aussi des services municipaux. Enfin peut-être aussi nous tous, quand nous votons, quand nous cautionnons le désordre général, y participons ou nous y abandonnons par fatalisme[xiii].

La politique vire à l'absurde. L'arrangement devient la norme. Quand la démocratie locale est à ce point un échec, quand l'argent public est dilapidé à si grande échelle, quand les règles élémentaires de responsabilité et de bonne gestion sont à ce point bafouées, quand une municipalité n'agit que face au scandale, l'Etat doit prendre ses responsabilités. Cette situation dure depuis des décennies, sous différents mandats. Elle ne doit appeler aucune récupération politique.

Quelle tutelle pour quel fonctionnement ?

La demande d’assistance extérieure, par nomination d’une tutelle administrative, est une solution réelle. Elle seule peut permettre un retour à la stricte légalité, une gestion financière rigoureuse, un retour à la raison. Elle peut aussi faciliter le lancement des enquêtes qui seront nécessaires. Ce mécanisme a été expérimenté, avec succès, par des villes de différentes tailles : Angoulême, Bussy Saint George, Pont Saint Esprit, Hénin-Beaumont…. et par la ville de Marseille, entre 1939 et 1945, suite à l’incendie des Nouvelles Galeries de 1938.

La mise sous-tutelle doit permettre une gestion totalement indépendante politiquement. L’Etat, ce n’est ni le Président de la République, ni le ministre de l’Intérieur ! Plusieurs autorités administratives indépendantes pourraient la nommer et la contrôler.

Ainsi, nous, Marseillais, conscients de la gravité de leur appel, mais cherchant à retrouver une concorde dans l’intérêt de notre ville, demandons solennellement au Préfet, à l’Assemblée nationale ou à toute autre autorité compétente :

-          de constater la carence de la municipalité actuelle à remplir ses missions les plus élémentaires, et les urgences parfois vitales que cette situation a créées ;

-          de constater le caractère indissociable de la Ville de Marseille et de la Métropole dans l’avenir de ce territoire ;

-          le vote d’une loi dédiée, plaçant les deux collectivités locales sous tutelle par une procédure assurant une totale indépendance de l’administrateur (nomination par la Cour des Comptes par exemple).

-          d’utiliser cette période équivalente à un mandat municipal pour permettre aux collectivités locales d’abord de remplir leur missions réglementaires (école, propreté, voirie, sécurité, salubrité…), ensuite pour remettre les finances, l’organisation et la gestion des ressources humaines aux normes modernes, enfin pour mettre en place les conditions d’un renouveau démocratique local ;

-          si cette tutelle paraissait difficile politiquement ou juridiquement car contraire au principe de libre administration des collectivités locales, il serait nécessaire de mettre en place un contrôle de l’action des collectivités locales, par l’Etat et les citoyens. Ceci pourrait passer par des audits, un renforcement des contrôles, et la création d’une plateforme citoyenne, avec :

o   la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire pour comprendre les dysfonctionnements à Marseille, et réaliser des audits approfondis, en association avec les habitants ;

o   la mise en place d’une commission du débat citoyen, permettant d’avoir un retour sur le vécu des Marseillais et des employés municipaux, de libérer la parole, et de comprendre les attentes et les urgences locales ;

o   la mise en place d’une mission spéciale de la chambre régionale des comptes et un engagement des élus à mettre en œuvre l’ensemble de ses recommandations ;

o   la mise en place d’une mission interministérielle pour Marseille apportant compétences et ressources pour ce territoire ;

o   des compte-rendu préfectoraux réguliers sur le contrôle de la légalité des actes de ces deux collectivités locales ;

o   une charte d’engagement des futurs candidats aux élections municipales et métropolitaines, rappelant quelques principes essentiels : abandon de la co-gestion avec Force Ouvrière, transparence sur la gestion des ressources humaines, remise à plat des partenariats publics privés, généralisation des commissions d’attribution, respect de la légalité dans tous les domaines. Des engagements sur des objectifs simples pour les écoles, la propreté, les transports pourraient être appuyés par un ensemble de collectifs citoyens.

Cette situation est le reflet d’un échec, et ce n’est pas de gaîté de cœur que nous remettons notre avenir entre d’autres mains. C’est cependant lucides sur la difficulté de l’enjeu et sur la nécessité d’une action exceptionnelle, mais aussi en mémoire des huit disparus de la rue d’Aubagne, que nous faisons cette démarche.


[i] https://www.lexpress.fr/actualite/societe/marseille-une-mere-marche-1km-a-l-hopital-avec-son-bebe-mort-dans-les-bras_1991316.html ; https://www.laprovence.com/article/sante/3986423/la-timone-rue-dans-les-brancards.html
[ii] http://www.leparisien.fr/faits-divers/a-marseille-l-inquietante-multiplication-des-reglements-de-comptes-10-09-2018-7883391.php
[iii] https://www.lemonde.fr/societe/article/2017/06/03/au-samu-social-de-marseille-du-mi-temps-payes-a-plein-temps_5138405_3224.html
[iv] https://www.lemonde.fr/societe/article/2013/12/17/marseille-brasses-coulees_4336040_3224.html
[v] https://www.capital.fr/votre-carriere/des-pointeuses-a-la-mairie-de-marseille-pour-lutter-contre-labsenteisme-des-fonctionnaires-1266318
[vi] https://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2014/10/10/rythmes-scolaires-a-marseille-la-justice-contraint-la-mairie-a-organiser-les-garderies_4504309_1473688.html
[vii] http://www.europe1.fr/societe/a-marseille-les-musees-de-la-ville-eclabousses-par-une-affaire-de-clientelisme-3448916
[viii] https://marsactu.fr/verre-papier-emballages-pourquoi-les-conteneurs-debordent-a-marseille/
[ix] https://informations.handicap.fr/art-handilol-transport-commun-marseille-17-10713.php
[x] https://www.capital.fr/economie-politique/la-marseillaise-la-tour-de-jean-nouvel-qui-coute-un-bras-aux-contribuables-1312460
[xi] https://madeinmarseille.net/30059-cour-comptes-orange-velodrome/
[xii] https://www.nouvelobs.com/le-dossier-de-l-obs/20140620.OBS1233/reforme-territoriale-les-8-gaspillages-les-plus-fous.html
[xiii] Sur le fatalisme, même face aux atteintes aux atteintes à la dignité humaine : https://www.francetvinfo.fr/societe/justice/marseille-dans-l-enfer-de-la-prison-des-baumettes_182387.html