Création du CNU Orthophonie (Conseil National des Universités)

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Le contexte actuel de création de CNU pour les sciences de la Santé non-médicales ne prend pas en compte l'orthophonie qui possède une histoire universitaire et un corps d'enseignants-chercheurs propre permettant de pourvoir un collège.

Un argumentaire est fourni qui démontre que la création d'un CNU Orthophonie est nécessaire à la recherche et le déploiement des carrières d'enseignants-chercheurs.

 

Nice, le 6 avril 2019

 

 

Le Collège des Centres de Formation Universitaire en Orthophonie (CCFUO) réunit les directions et équipes pédagogiques des 21 universités françaises accréditées pour dispenser la formation initiale en orthophonie. Comme mentionné dans le rapport IGAS 2016-123R/IGAENR 2017-043, cette formation, exclusivement et historiquement assurée (depuis 1965) par les universités, relève des ministères de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et de la Santé et des Solidarités.

Depuis 2013 (décret n° 2013-798), le cursus comprend 2 cycles et se déroule en 5 ans. Les départements universitaires délivrent ainsi un diplôme de santé de grade master. Un parcours recherche, optionnel, encadré par des enseignants-chercheurs, prépare les étudiants du cycle 2 à l’intégration en 3ème cycle.

Bien que l’orthophonie soit universitaire depuis son origine, le CCFUO a accepté de participer aux travaux menés dans le cadre de la mission Universitarisation des formations paramédicales et de maïeutique. La réflexion conduit notamment à la proposition de création de plusieurs CNU visant à promouvoir la recherche dans le champ des disciplines de santé concernées et le déploiement d’enseignants-chercheurs issus des filières de formation correspondantes. Le corps des orthophonistes enseignants-chercheurs comprend à ce jour 20 titulaires dont 13 sont en poste dans des départements d’orthophonie des universités françaises. Or, ces enseignants-chercheurs n’ont été associés aux discussions que très tardivement, et à leur demande. Leurs propositions et contributions épistémologiques n’ont dès lors pas été prises en compte.

Au regard de l’investissement universitaire de l’orthophonie (mise en place et finalisation, entre 2013 et 2018, d’un cursus master professionnalisant avec parcours recherche) et de ses ressources humaines effectives, le CCFUO souhaite que sa proposition de création d’un CNU Orthophonie, aux côtés des autres CNU envisagés, soit examinée avec la même attention que les demandes de CNU des professions de santé en phase d’intégration dans l’Université. Ce document fournit les arguments qui témoignent de l’histoire universitaire de l’orthophonie et de la légitimé de cette demande.

Pour le CCFUO, l’orthophonie est, parmi les formations de santé non-médicales, la formation qui est la plus engagée et plus avancée dans le processus LMD conformément aux préconisations du rapport IGAS/IGAENR (paragraphe 3.4). L’orthophonie a pu, au fil des réformes, non seulement faire évoluer son cursus vers le grade master et mais également constituer un corps d’enseignants-chercheurs au sein de son champ de compétences. La discipline a désormais la volonté d’asseoir son avenir universitaire en se dotant de l’outil nécessaire à celui-ci.

Promouvoir la recherche en santé du langage et de la communication
L’orthophonie couvre un champ scientifique qui concerne la compréhension et le traitement des pathologies développementales, acquises ou neurodégénératives qui affectent le langage (physiologie, fonctions et cognition), spécificité humaine, et la communication. S’il comprend des problématiques de rééducation et de réadaptation, il ne saurait être réduit à ce sous-ensemble constitutif de l’orthophonie.

Le développement d’une recherche dans un corps spécifié, à ce stade, est le seul moyen d’améliorer la qualité des recherches portant sur le diagnostic et le soin. La spécificité forte du champ couvert par l’orthophonie est qu’il se situe à l’interface entre les sciences biomédicales et les sciences humaines. C’est bien l’investissement de cette interface qui a jusqu’à présent permis de tirer parti de notre interdisciplinarité et d’obtenir des doctorats et des qualifications dans des champs variés (7, 16, 69, 70). Nous demandons en l’occurrence le soutien des collègues chercheurs et enseignants-chercheurs qui pourront témoigner des parcours universitaires réalisés et des thématiques de recherche traitées.

Les stratégies universitaires jusqu’à présent mises en œuvre ne doivent toutefois pas limiter déploiement de la recherche en santé et l’enjeu pour l’orthophonie est de ne pas manquer la transition qui s’opère au regard du contexte actuel de création des CNU de santé non-médicale. Par ailleurs, les CNU cités, dans lesquels les universitaires actuels ont été formés, ne seraient pas impactés défavorablement par la création du CNU Orthophonie compte-tenu de la solidité de leur structure actuelle.

Un champ scientifique et épistémologique
Les orthophonistes enseignants-chercheurs n’ont pas été consultés lors des discussions concernant en particulier un CNU envisagé : ‘Réadaptation et rééducation’. En conséquence, les contours scientifiques de ce CNU ne sont pas adaptés aux thématiques de recherche actuelles ni futures de l’orthophonie.

Les sections qui sont prévues n’ont pas intégré le champ scientifique et les spécificités de l’orthophonie ci-dessus décrites. Le CCFUO réaffirme qu’un CNU ‘Rééducation et réadaptation’ ne couvrirait qu'une partie, minoritaire, de son champ d’expertise. En effet, ces disciplines relatives au traitement de déficits qui ne concernent qu’une partie des actes orthophoniques : sortent notamment de ces champs l’analyse et la prise en charge des troubles neurodéveloppementaux et des apprentissages qui constituent 75% des actes d’orthophonie. Enfin, les recherches menées jusqu’à présent portent sur la compréhension des dysfonctionnements : elles impactent ainsi autant l’activité diagnostique (champ de compétences) que la remédiation des déficits. Les contours épistémologiques d’un CNU ‘Rééducation et réadaptation’ ne sont donc pas adaptés à cette autre spécificité.

L’avenir doctoral des étudiants en orthophonie
Le CCFUO, fidèle à ses missions, souhaite créer les conditions pour les étudiants qui suivent le parcours recherche en orthophonie puissent bénéficier d’un cursus doctoral adapté à leurs problématiques scientifiques et leur formation, ceci en cohérence avec les préconisations du rapport IGAS/IGAENR 2017. L’argumentaire ici développé concerne donc en tout premier lieu l’avenir de l’orthophonie universitaire et de ses acteurs potentiels et non pas la situation des enseignants-chercheurs actuels.

Depuis 2018 les étudiants sont diplômés avec un grade master ouvrant de droit la possibilité d’inscription en cursus doctoral. Une partie de ces étudiants bénéficie d’une validation d’un parcours recherche prévu au décret de 2013. Ce parcours inclut un stage au sein d’un laboratoire universitaire, la validation d’UE à valence recherche et un mémoire à méthodologie de recherche, encadré par un enseignant-chercheur, un chercheur ou un orthophoniste titulaire d’un doctorat. Les liens des étudiants en orthophonie avec les laboratoires sont donc effectifs et préparent ceux qui ont choisi le parcours recherche à intégrer un 3ème cycle. Les sondages réalisés montrent que 20 étudiants seraient, chaque année, prêts à s’engager en cursus doctoral. Le contexte actuel de création des CNU est donc crucial non seulement pour les carrières de ces étudiants mais aussi pour l’avenir universitaire de l’orthophonie.

Un corps constitué d’enseignants-chercheurs et un vivier de docteurs et doctorants
A ce jour, l’orthophonie universitaire dispose d’un vivier d’enseignants-chercheurs titulaires qui assure une légitimé à la demande d’un CNU spécialisé sur ses thématiques de recherche appliquées au diagnostic et au soin des troubles du langage, de la communication, de la phonation et de la déglutition. Le fruit de son histoire au sein de l’université et l’engagement des orthophonistes universitaires permettent d’envisager de pourvoir un collège complet en capacité d’encadrer des doctorants, de promouvoir la recherche et de soutenir les carrières de leurs futurs collègues.

Trois éléments caractérisent la situation actuelle : le corps des enseignants-chercheurs en poste atteint désormais une masse critique suffisante, nombre de docteurs sont ou ont été qualifiés et enfin le vivier des doctorants existe.

L’orthophonie peut donc se prévaloir de disposer d’un corps d’enseignants-chercheurs titulaires dont la majorité est en poste dans les départements d’orthophonie. Les collègues concernés sont prêts à contribuer à pourvoir un collège CNU Orthophonie. L’état de la recherche en orthophonie et les postes universitaires actuels contribuent au sérieux et à la légitimité de la demande. Le CCFUO soutient et s’engage dans un processus qu’il peut assumer et estime avoir les moyens de cette ambition universitaire. Comme souligné dans le rapport IGAS/IGAENR, la présence d’orthophonistes universitaires dans les équipes pédagogiques et dans les équipes de direction nécessite la poursuite des évolutions actuelles pour atteindre les objectifs affichés. Par ailleurs, la réforme des études de 2013 nécessite la poursuite impérative de créations de postes au sein des départements et il paraît nécessaire que cette dynamique, au sein des universités, soit doublée d’un signe fort concernant la recherche.

Le nombre important d’orthophonistes docteurs et doctorants (effectifs non exhaustifs ci-dessous) constitue un garant de la continuité de cette dynamique tant du point de vue de la constitution d’un collège CNU Orthophonie que du recrutement nécessaire des postes universitaires, indispensable à la formation et à la gouvernance – à terme – de tous les départements d’orthophonie.

En conséquence, le CCFUO porte la demande de création d’un CNU Orthophonie
Ainsi, à l’heure de la création des CNU qui permettront d’assurer l’avenir universitaire des champs scientifiques couverts par les professions de santé non-médicales, l’orthophonie demande à être considérée à la hauteur de son histoire universitaire et des compétences développées en termes d’enseignement, de recherche et de déploiement de carrières d’enseignants-chercheurs. Le CCFUO, qui fédère les enseignants-chercheurs titulaires des départements universitaires, porte donc la demande de création d’un CNU Orthophonie, au côté des CNU Sciences Maïeutiques ou Sciences Infirmières. Il paraît impensable, qu’à ce moment crucial, la filière qui a démontré, au fil du temps, son investissement et sa compétence universitaire ne soit pas entendue au même titre que les autres corps.

C’est pourquoi, le CCFUO et les orthophonistes universitaires se tiennent à la disposition des Présidences de la CPU et de la Conférence des doyens de Médecine, des Présidences d’Universités, des Directions d’UFR, de nos collègues chercheurs, enseignants-chercheurs et bien entendu des Ministères de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et de la Santé et des Solidarités, pour préciser cet argumentaire.

Le CCFUO sollicite le soutien des universitaires et des chercheurs qui peuvent attester, au sein de leurs services, de leurs départements, de leurs laboratoires, de leurs facultés et de leur université de l’évolution et de la maturité de l’orthophonie pour porter une telle requête.