Pétition fermée

HLP : chronique d'une mort annoncée de la philosophie

Cette pétition avait 487 signataires


« Humanités, littérature, philosophie »

ou la chronique d’une mort annoncée de la philosophie

Face à une réforme qui se veut pragmatique, nous réclamons le droit d’évaluer les conséquences de sa mise en place pour l’enseignement de la philosophie dans le secondaire et le supérieur. Alors que notre profession est appelée à répondre à une Consultation nationale sur les programmes de Première, il est urgent et nécessaire d’examiner l’intégralité des projets envisagés en philosophie (spécialité et tronc commun) afin de les confronter aux effets négatifs pour notre discipline, pour la réussite des élèves et pour les futurs étudiants.

L’épreuve « universelle » de philosophie, reléguée en fin d’année scolaire, alors qu’elle pourrait se dérouler à la même période que les épreuves de spécialité, conduira inexorablement à une marginalisation de la discipline doublée d’une dévaluation de son enseignement aux yeux des élèves. Pour quelle raison travailler une matière qui ne pèsera que très peu sur leur orientation ? 

L’abandon des séries au profit de spécialités, dont le nombre se réduira de 3 à 2 au passage de la première à la terminale, organisera une mise en concurrence généralisée des disciplines disponibles dans les établissements ainsi que des établissements entre eux. Ce qui entraînera une différenciation des formations pour les élèves, une rupture d’égalité devant l’examen et par extension une trahison du pacte républicain. Certains établissements, petits ou excentrés, n’auront pas les moyens de proposer l’ensemble des spécialités « en cohérence avec les études supérieures aujourd’hui les plus classiques » (Note de service de la DGESCO n° 2018-109 du 5-9-2018), la spécialité « Humanités, littérature et philosophie » ne devant être accessible que « dans un périmètre raisonnable ». Une humanité à géométrie variable en somme, l’humanité de quelques-uns.

Conçu comme un animateur bi-disciplinaire, le professeur se transformera en VRP de sa spécialité dans des classes de seconde qui n’auront encore aucun rapport avec cet enseignement. Partant en mission en première, le professeur sera obligé d’édulcorer les contenus d’un programme, en l’état, inadapté au niveau réel des élèves, et de revoir ses exigences s’il veut conserver les quelques élèves inscrits et éviter l’abandon de la spécialité l’année suivante. La séduction et le clientélisme deviendraient les conditions de la survie de la philosophie dans les lycées français. Et encore. En l’absence d’une inscription au Bulletin officiel, la répartition horaire égale entre les lettres et la philosophie se fera dans le cadre de l’autonomie des établissements. Les lycéens subiront donc une double inégalité de traitement selon la présence ou non de la spécialité dans leur lycée, selon les choix de répartition horaire de chaque établissement, qui verra les uns mieux préparés en littérature et les autres en philosophie à une épreuve pourtant supposée être la même pour tous

Réunis en assemblée générale le 7 novembre 2018, les professeurs de philosophie de l’Académie de Bordeaux, associés aux professeurs de l’université de Bordeaux Montaigne, et aux étudiants se destinant à l’enseignement, dénoncent collectivement le projet de programme de la spécialité « Humanités, littérature, philosophie » qui nie le sens authentique d’une formation humaniste et le caractère propre de la philosophie, discipline dont la vocation est de fournir aux élèves, non une vague culture générale à base d’histoire des idées, mais l’accès au sens critique et les moyens de conceptualisation qui leur permettent de devenir des citoyens responsables d’eux-mêmes et de leur pensée. Ils appellent tous ceux qui veulent défendre avec eux l'enseignement de la philosophie à signer ce communiqué.



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