Romans Manifestation contre le S.T.O. Une des plus importantes manifestation contre le STO en France

COMMÉMORATION DE LA MANIFESTATION DU 10 MARS 1943
10 mars 2023
80 ans après, nous sommes rassemblés pour commémorer la grande manifestation du 10 mars 1943 au cours de laquelle plus de 2 000 Romanais et Péageois exprimèrent leur opposition à la politique de l’État français.
Le gouvernement était à la solde de l’Allemagne nazie. Il décréta la relève, car les Allemands réclamaient 250 000 hommes pour aller travailler dans leurs usines. Après l’échec de celle ci, le 16 février 1943, le gouvernement mettait en place le Service du travail obligatoire, le STO, qui devait réquisitionner à nouveau 250 000 jeunes pour aller travailler en Allemagne.
Que s’est-il passé à Romans le 10 mars 1943 ?
La veille, le 9 mars, le syndicat clandestin avait appelé les ouvriers de la chaussure à se rassembler à la Bourse du Travail, à 18 heures.
Les travailleurs se dirigent en masse vers le lieu de rassemblement mais la municipalité et la police ont eu vent de cette manifestation. La Bourse du Travail est cernée par une section de gardes mobiles. Les 3 000 manifestants se regroupent sur la place Maréchal Pétain, ex-place Jean-Jaurès que la municipalité avait débaptisée.
Pendant ce temps, André Jean Chapus, chef de gare, résistant, reçoit un message de Grenoble l'informant qu'un train de requis du STO, venant de Grenoble, passera, à Romans, le lendemain. Immédiatement, il en informe André Vincent-Baume, un des responsables de la Résistance. L'information est très vite diffusée dans la foule des manifestants avec le mot d'ordre qui circule :
"Tout le monde, demain, devant la gare"
Le 10 mars 1943, le train venant de Grenoble transportant environ 300 jeunes requis pour le STO arrive vers 12 h 30. Ce sont plus de 2 000 personnes qui sont rassemblées au passage à niveau de la route de Mours (qui n'existe plus). Les manifestants occupent les voies, y déposent des obstacles, pierres de taille, madriers, camionnette de Victor Boiron. Le train de requis ne peut repartir qu'avec plus de 2 heures de retard. La situation est assez confuse. On ne sait pas combien de requis sont réellement partis.
Cette manifestation a été photographiée par Paul Deval, alors jeune journaliste. La police a bien essayé de récupérer les photos mais elles avaient été cachées sous un plancher de la Maison des Jeunes. Paul Deval a déclaré les avoir détruites. Ces photos, uniques, illustrent tous les livres d'histoire évoquant la lutte conte le STO.
Cette manifestation contre une mesure très impopulaire du gouvernement montre que la mentalité de la population a évolué et qu’une opposition aussi massive est devenue possible. C’est prendre de grands risques. Il ne semble pas d’ailleurs que les élèves de l’école de gendarmerie située à la caserne Bon, envoyés contre les manifestants aient fait beaucoup de zèle. Néanmoins, plusieurs arrestations sont opérées dans la soirée. Les hommes arrêtés sont conduits à la Maison d’arrêt de Valence où ils sont interrogés et gardés 8 jours.
Cette histoire que nous venons de rappeler, vous pouviez la découvrir au Musée de la Résistance en Drôme et de la Déportation. C'est devenu impossible parce que la municipalité en a décidé la fermeture, sans discussion avec le Comité Historique du Musée de la résistance et de la Déportation, le CHRDD, ni avec le Conseil Scientifique.
Depuis le 27 janvier 2021, date à laquelle cette décision a été communiquée aux associations qui s'évertuent à perpétuer le souvenir de cette période sombre de notre histoire, aucun dialogue n'a été possible. Madame la maire est restée muette face à nos demandes de dialogue.
Le 19 mai 2021, après le Covid, tous les musées de France ont réouvert... sauf un, le Musée de la Résistance en Drôme et de la Déportation de Romans.
Devant le mutisme de la municipalité, nous nous sommes adressés à un avocat qui a tenté également d'entrer en contact avec madame la maire avec le même résultat.
Face à cette attitude, nous avons enclenché une procédure auprès du Tribunal Administrtif de Grenoble, nous basant notamment sur une convention, toujours en cours, passée en 2000 entre le maire de l'époque et le Comité du Musée. Celle-ci stipule notamment que " le CHRDD reste seul maître d'ouvrage et conserve la propriété intellectuelle et morale sur tous les documents présentés".
Enfin, "dans l'hypothèse où des travaux devraient être entrepris par la ville de Romans dans les bâtiments du CHRDD, le Comité sera prévenu 3 mois à l'avance par lettre recommandée avec AR, sauf cas d'urgence".
Aucune de ces stipulations n'a été respectée par la municipalité.
Dans un premier temps, la municipalité a indiqué que le Musée de la Résistance et de la Déportation serait transféré aux Archives municipales. Rapidement, elle a dû abandonner cette proposition devant l'impossibilité d'une telle hypothèse qui équivalait à une mise au placard du Musée.
Elle a alors sorti le projet d'un Musée itinérant, composé d'expositions réalisées par des organismes extérieurs présentées dans les établissements scolaires de Romans. Une exposition sur des sujets touchant l'histoire de la Seconde Guerre mondiale ne peut qu'illustrer un aspect de notre passé national mais ne peut en rien remplacer un Musée qui est ouvert à tous et qui raconte l'histoire spécifique de notre ville et de notre région.
Cette suppression du Musée est un affront aux 22 Résistants et Déportés qui ont œuvré pour que les générations futures connaissent ce pan de notre histoire si important pour connaître le combat qu'ils ont mené pour libérer notre sol et restaurer un pays de liberté. Ces combats ont permis d'instaurer grâce au travail du Conseil National de la Résistance notamment, un monde plus juste avec, par exemple, la création de la Sécurité Sociale.
La région de Romans a été très présente dans la lutte contre l'occupant et ses valets du gouvernement de Vichy. Les compagnies Daniel, Abel, Bozambo, William sont nées ici.
Supprimer le Musée des la Résistance et de la Déportation, c'est effacer le souvenir de ceux qui ont laissé leur vie dans ces combats ou dans les camps de concentration. C'est les faire disparaître une seconde fois.
Aujourd'hui, nous commémorons la manifestation du 10 mars 1943, certainement une des plus importantes, en France, contre le STO. Elle a montré que les Romanais et les Péageois, en grand nombre, n'ont pas accepté l'oppression que le gouvernement de Vichy à la solde des nazis voulait leur imposer.
La bataille que nous menons pour la réouveture du Musée n'est pas terminée. La pétition lancée a déjà recuelli près de 32 000 signatures, ce qui montre que ce combat est largement partagé.
Une plaque, sur le quai, commémore la manifestation du 10 mars 1943. Une délégation va y déposer une gerbe, puis les manifestants sont invités à se rendre sur le quai avec leurs banderolles.
Le Comité de défense et de développement du Musée de la Résistance en Drôme et de la Déportation vous remercie de votre présence et vous appelle à poursuivre le combat qui risque d'être encore long.