Petition Closed

Non à la liquidation programmée du Tricycle, à Grenoble !

À Grenoble ces dix dernières années, la vie théâtrale a perdu un Centre Dramatique, un théâtre de ville - le Rio… À nouvelle municipalité, nouvelle liquidation d’un projet prometteur et nécessaire à la création : le Tricycle.

En 2010, deux théâtres – le Théâtre 145 et le Théâtre de Poche – ont été confiés à une direction collégiale et bénévole, un collectif de huit artistes, issus d’esthétiques et de générations différentes, réunis sous le nom de «Tricycle».

Depuis sa mise en œuvre, le projet, dont la Ville de Grenoble est le principal financeur, s’est affirmé autour de la création théâtrale contemporaine. Les espaces du Tricycle deviennent des lieux de fabrique, des auteurs viennent en résidence pour plusieurs mois. Essais, croisements, effervescence, formation des artistes et souci de professionnalisation président à la mise en œuvre d'un projet novateur et atypique qui, loin d’une vision événementielle, établit des liens solides avec des partenaires culturels – MC2, collectif Troisième Bureau, conservatoires, festivals...– et les publics : la fréquentation a triplé en seulement deux saisons et, malgré des moyens financiers et humains modestes, une dynamique est lancée et d’autres tutelles se signalent pour soutenir cette ambition.

Mais, malgré les promesses de « co-construction» de la nouvelle municipalité en place depuis avril 2014, et les déclarations d’abord enthousiastes de l’élue sur ce projet collectif, aucune concertation ne verra le jour avant l’annonce brutale le 30 septembre 2015 de son arrêt à la fin de la saison 2015/2016.

Sous couverts d’arguments économiques (baisse des dotations de l’état), le projet est abandonné : les salles gérées par le Tricycle sont mises en régie directe, sous tutelle du Théâtre Municipal. Cette municipalisation des théâtres et de la création n’est étayée par aucune étude chiffrée et ne génère aucune économie directe avérée.

Le projet de Tricycle étant jugé élitiste, comme un certain nombre de disciplines artistiques, la municipalité déclare préférer la voie d’une culture “populaire” (sic) s’appuyant davantage sur les pratiques amateures.

Le budget est l'outil de l'idéologie, et on voit bien se profiler l’enjeu économique de telles affirmations : par définition, les amateur-e-s ne supposent pas les mêmes engagements financiers… Présenter dès lors les artistes comme des privilégiés, les opposer aux amateurs est une posture démagogique. On peut alors renier les acquis de décennies de décentralisation théâtrale dans laquelle Grenoble joua un rôle important.

Mais si tout se vaut, alors rien ne vaut.

Les nombreux artistes professionnels qui encadrent des ateliers ne peuvent que se réjouir de ce goût pour le jeu, le théâtre, le plateau, et ne peuvent qu'encourager son développement. Mais la fabrique du théâtre nécessite des savoirs et des formations. Elle n’est pas « innée » ou le résultat du seul enthousiasme et du désir. Elle est un travail. Elle suppose un métier.

Les arguments avancés ne peuvent faire illusion. Sous couvert de démocratisation et d'économie, la municipalité défend un projet incomparablement plus arbitraire que le précédent. Le légitime souci de « la culture pour tous » est, hélas, devenu l’alibi populiste pour refuser de penser et de considérer les spécificités de l’art et de la fabrique du théâtre.

La nécessaire et vitale démocratisation des pratiques culturelles ne suppose pas la destruction de la création ou la stigmatisation des artistes. Elle exige une véritable politique, offensive et déterminée de lutte contre la pauvreté et la précarité, contre les inégalités sociales. Les artistes n’ont pas à être les boucs émissaires de la suite de renoncements à une société plus juste.

Grenoble se promettait d'être un "laboratoire", une terre d'expérimentation politique. Les décisions prises dans le domaine culturel sont à ce jour alarmantes. Ce n’est pas de ce type d’expérimentations destructrices que nous avons besoin mais bien plutôt de celles que mène, parmi d’autres, le projet du Tricycle, autrement plus ambitieuses pour l’intérêt général.

Nous vous demandons, Monsieur le Maire, de nous entendre et de revenir sur cette décision brutale.

_______________________________________________________

Premiers signataires (par ordre alphabétique) :

Anne ALVARO comédienne
Pierre BANOS éditeur et directeur des Editions Théâtrales
François BERREUR metteur en scène, directeur littéraire des éditions « Les solitaires intempestifs »
Sylvia BERRUTI-RONELT traductrice littéraire
Mathieu BERTHOLET directeur du Poche/Genève
Christian BOBIN écrivain
Thierry BOSC comédien
Gilles BOULAN auteur
Rémy BOVIS président du Synavi (syndicat national des arts vivants), directeur de 2r2c
François CERVANTES auteur, metteur en scène
Sabine CHEVALLIER éditrice
Enzo CORMANN écrivain
Carole CORNIC responsable administrative des Editions Théâtrales
Joseph DANAN auteur dramatique, professeur à l’Institut d’Etudes Théâtrales
Lydie DATTAS poétesse
Gérard DESARTHE comédien, metteur en scène
Dominique DOLMIEU cofondateur de la maison d’Europe et d’Orient
Isabelle FAMCHON traductrice, metteuse en scène
Samuel GALLET écrivain, co-responsable du département écrivains dramaturges de l’ENSATT
Ariel GARCIA VALDES comédien, metteur en scène
Catherine GERMAIN comédienne
Gilles GRANOUILLET auteur
Jean-Claude GRUMBERG écrivain
Philippe HENRY chercheur en socio-économie de la culture
Dominique HOLLIER traductrice, comédienne
Sébastien JOANNIEZ auteur
Mohamed KACIMI écrivain
Alain KREMSKI compositeur, grand prix Sacem 2013
Benjamin LEGRAND romancier, scénariste
Lucile LESAGE traductrice
David LESCOT auteur dramatique, metteur en scène
Micha LESCOT comédien
Sylvain LEVEY auteur de théâtre
Jacques LIVCHINE metteur en songes
Evelyne LOEW auteure
Daniel LOYAZA dramaturge, conseiller artistique de L’Odéon – théâtre de l’Europe
Gaëlle MANDRILLON directrice adjointe des Editions Théâtrales
Maguy MARIN chorégraphe
Clémence MASSART comédienne
Elisabeth MAZEV comédienne
Fabrice MELQUIOT écrivain, directeur du Théâtre Am Stram Gram de Genève
Bruno MEYSSAT metteur en scène
Chloé MONS chanteuse, actrice
Laurent MUHLEISEN directeur artistique de la Maison Antoine Vitez
Olivier NEVEUX universitaire
Frédéric NEYRAT philosophe
Valère NOVARINA auteur
Christophe PELLET auteur
Jean Claude PENCHENAT metteur en scène
Eric PESSAN écrivain
Serge PEY poète
Jean Yves PICQ auteur, ancien directeur du pôle théâtre du CRR du grand Avignon
Olivier PY poète, metteur en scène, directeur du festival d’Avignon
François RANCILLAC metteur en scène, directeur du théâtre de l’Aquarium
Paul RONDIN directeur délégué du festival d’Avignon
Christine SCHMITT secrétaire générale de la Maison Antoine Vitez
Marianne SEGOL-SAMOY traductrice, dramaturge, membre fondateur de LABO/07
Philippe SIRE comédien, conseiller aux études théâtrales- conservatoire de Lyon
Luc TARTAR auteur dramatique
Jacques TEPHANY directeur délégué de la Maison Jean Vilar, Avignon
Sarah VERMANDE traductrice, comédienne
Jean Pierre VINCENT metteur en scène
Nadia VONDERHEYDEN comédienne, metteure en scène
Anita WEBER ancienne directrice des affaires culturelles d'Ile de France
Franck YEZNIKIAN compositeur de musique

This petition was delivered to:
  • Maire de Grenoble
    Éric Piolle
  • M. Eric Piolle, Maire de Grenoble

    Le Tricycle GRENOBLE started this petition with a single signature, and now has 2,198 supporters. Start a petition today to change something you care about.