

Bonjour à tous et toutes,
Le 27 juillet, j'ai été condamné à un an de prison ferme pour avoir - déguisé en habit de moine - tagué « MudWizard » sur une camionnette de gendarmerie en feu, et soulevé quelques instants une veste de gendarmerie, le 25 mars dernier, à Sainte-Soline.
Lors du procès, le juge Igor Souchu voulait m'empêcher de réaliser une déclaration, et simplement répondre à ses questions ; j'ai finalement pu m'exprimer et lire deux poèmes que j'avais écrits en prison. Une personne de la Ligue des Droits de l'Homme est venue témoigner de la stratégie de la tension ce jour-là, avec les gendarmes qui attaquent en premier, les 5 000 grenades lancées au hasard sur la foule pendant deux heures, les centaines de personnes blessées.
Un paysan de la confédération paysanne a témoigné de son opposition aux projets des méga bassines et le déni démocratique qui les entourent.
Ma peine est aménageable sous bracelet électronique.
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Ne plus pouvoir faire une soirée dehors, refaire le monde autour d'un jardin pirate nocturne ou d'une bière au bar le soir, participer à un café slam pour se nourrir de poésies. La prison à la maison, la surveillance sur le corps, la sensation continuelle d'un bracelet à la cheville - j'ai une phobie des bracelets - l'interdiction d'aller se baigner, même plus de bain.
L'appareil est posé, un bip horriblement fort se répète, il faut délimiter ma cage. Déshumanisé, je deviens un autre, je quitte la situation de mes semblables.
J'ai dû marcher dans chaque pièce de la maison, longeant les murs, escaladant les cartons, marchant sur les lits. Sous le regard de mes proches médusés par la scène. Puis le jardin, traverser les buissons, le potager.
Au niveau du récupérateur d'eau, la personne chargée de poser le bracelet me dit qu'il y a un bug, il n'y a plus le bip d'enregistrement, il faut relancer le boîtier et reprendre le jardin une seconde fois. Je suis fatigué et embêté pour mes proches. J'ai la flemme de faire la cave et le grenier ; je n'y vais jamais, de toute façon.
Après presque un mois et demi de prison en mandat de dépôt. J'ai dû quitter mes codétenus, quitter ma cellule deux places où nous étions trois, quitter cet espace isolé de la société : la prison. Un espace sombre où les détenus sombrent sous le joug de la sentence, sous le regard méprisant des gardiens, sous le son des clés fermant les cellules.
Un an de prison ferme avec ce bracelet, après le traumatisme d'une perquisition avec une unité antiterroriste de Cattenom, un juge qui s'amuse à me donner trois ans d'interdiction de porter une arme alors que je ne suis même pas accusé de violence, simplement pour prolonger la narration « écoterroriste » -> unité antiterroriste -> interdiction de port d'arme. Afin que l'accumulation d'absurdités construise un monstre.
Tout est absurde dans cette affaire, j'y reviendrai.
Aujourd'hui, j'ai la sensation d'être un cobaye dans le laboratoire de la répression. Il va falloir être vigilant, l'État français glisse de plus en plus dans de sombres horizons.
Mais c'est une joie de pouvoir être aux côtés de Manon Aubry qui emporte mon cœur, de continuer à construire notre histoire commune malgré les épreuves. C'est une joie de revoir ses potes, ses camarades, sa famille, retrouver la terre et les plantes.
Merci à chaque personne pour votre soutien et solidarité.
Que la volonté des moines soit faite.
Et la lumière apposée sur les violences policières.
Amen.
J'ai encore la possibilité de faire appel pour contester cette décision de Justice disproportionnée.
Je vous tiendrai au courant.
Loïc Schneider.
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• Pour contacter Loïc : liberezloic@riseup.net