

Le rejet de la tribune de Mme Horvilleur a mis en lumière le gouffre qui sépare les
« gens de peu » de la « communauté juive » et ceux qu’il faut bien appeler ses notables. Certes, les Juifs constituent ce groupe minoritaire solidaire à force d’être souvent rejeté en bloc. Pour autant, il ne cesse d’être aussi un groupe social. C’est pourquoi, au-delà de son texte lui-même, tout se passe comme si Delphine Horvilleur avait polarisé sur sa personne ce que le judaïsme populaire en France (à l’instar aussi d’une large partie de la nation israélienne) rejette en bloc.
C’est-à-dire une posture qui, au nom d’une supposée « supériorité morale » du peuple juif (en vérité la leur, celle de « Juifs sublimes »), interpelle l’État juif en le sommant d’avoir les mains les plus propres parmi tous les États de la terre. Or, qu’il le veuille ou non, dans le règne des rapports de force, l’État d’Israël est sommé de s’adapter ou de périr. Si les sionistes d’hier avaient obéi aux admonestations des biens nés de la diaspora, le Yishouv d’où est issu le 14 mai 1948 l’État d’Israël n’aurait pas connu l’ombre d’une ombre de réalité. C’est parce qu’ils ont accepté de se salir les mains dans la glaise et le sang des combats que les sionistes ont édifié cet État.
Colère de ces invisibles du monde juif parce que les postures morales ainsi exhibées sont le plus souvent des postures sociales, lesquelles offrent à nouveaux frais le visage familier d’une certaine lâcheté diasporique qui sut régulièrement et précautionneusement prendre ses distances avec le signe juif quand celuici se voyait assailli de toutes parts.
Georges Bensoussan
Lire la suite dans Causeur, juin 2025