Déconfiner le culte catholique - Lettre aux évêques

0 a signé. Prochain objectif : 7 500 !


Lettre ouverte aux évêques de France
De la part de catholiques français et de leurs amis, croyants ou non, attachés à la liberté de culte.
En ces temps de confinement chez soi et d’urgence sanitaire, les catholiques français, comme d’autres, ont été brutalement privés de toute liberté de culte et de vie sacramentelle du jour au lendemain, dans la nuit du samedi au dimanche 15 mars 2020. Même les cérémonies de Pâques, la fête chrétienne la plus importante (bien plus que celle de Noël) n’ont pu être célébrées par les fidèles, du 9 au 12 avril, alors qu’elles donnent sens à toute l’année liturgique.
Nous considérons que cette situation, qui se prolonge, blesse à la fois nos droits de citoyens et lèse notre vie spirituelle et religieuse en portant atteinte à notre lien avec Dieu Créateur et Sauveur.
Droits de citoyens : nous avons été stupéfaits d’apprendre de membres du Gouvernement (MM. Philippe et Castaner) que les sacrements de baptêmes et de mariages seraient dispensés ultérieurement. La loi du 5 décembre 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat a-t-elle été suspendue ? L’Etat est légitime à imposer des règles sanitaires proportionnelles au danger mais sa neutralité aurait dû les imposer à toutes les circonstances de la vie sociale et en tous les cas ne pas assimiler l’exercice du culte à une activité culturelle (théâtre, cinéma, boites de nuit), accessoire à la vie de ses citoyens. Cette assimilation a été vécue par nombre d’entre nous comme une vexation et une insulte faite à Notre Seigneur Jésus.
La liberté de l’exercice public du culte est une liberté fondamentale, inscrite dans la loi de 1905 (articles 1, 25, 31 et 32) et un engagement international de la France ; elle figure à l’article 18 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (1948) et à l’article 9 de la convention européenne des Droits de l’Homme. Elle aurait dû être respectée au maximum possible comme l’est encore la liberté d’informer, ou de se soigner. Existe-t-il des droits de l’Homme de seconde catégorie ?
La neutralité de l’Etat doit traiter de la même manière « ceux qui croient au Ciel et ceux qui n’y croient pas ». En l’occurrence nous constatons que les philosophies pour lesquelles la santé est le bien le plus important de l’homme ou encore les biens économiques ont été mieux traitées que celles pour lesquelles la vie de l’âme est le plus important.

Nous comptons sur les évêques, nos pasteurs légitimes, pour négocier avec les pouvoirs civils la possibilité d’un exercice public du culte proportionnelle à la réalité du danger et équilibrée avec les autres libertés fondamentales maintenues en ces temps de confinement et plus encore lors du déconfinement lorsqu’il viendra. Il serait inadmissible que l’exercice du culte soit l’une des dernières libertés rétablies alors qu’elle peut être respectée de manière minimale dès à présent sans prendre plus de risque que nous en prenons en allant chercher du pain chez le boulanger ou retirer de l’argent à la banque, ou bien encore acheter des croquettes pour son chien.

Rappelons qu’un baptême catholique peut être célébré avec moins de 4 personnes présentes et des mesures sanitaires adéquates ( l’eau ne touche que le front du baptisé, la saint-chrême est mis avec un stylet ou un pinceau) ; le sacrement de mariage peut être célébré avec moins de 6 personnes présentes sans aucun toucher hormis l’échange des anneaux entre époux appelés à se confiner ensemble ; la confession ne peut être célébrée avec plus de 2 personnes et aucun toucher n’est requis ; le sacrement des malades ne nécessite que 2 personnes (huile mise avec un stylet ou pinceau) ; l’eucharistie peut être célébrée sans communion (hormis celle du célébrant qui se l’auto-administre) devant une assemblée distante de plusieurs mètres, réduite et espacée (masquée et gantée s’il le faut), l’adoration eucharistique peut se faire avec une seule personne devant le Seigneur (et sur inscription pour organiser un relais, notamment pour les adorations perpétuelles)…

Vie spirituelle et religieuse : si la vie religieuse des familles a pu être (parfois) considérablement renforcée par le confinement, on ne peut que constater qu’il y manque de plus en plus la présence réelle de Dieu et la messe. La retransmission de la messe n’est pas la réalité de la messe, mais l’image de la réalité. Dieu ne se rend pas présent sur notre autel domestique, et s’il y a une forme de présence spirituelle, elle ne peut être la source et le sommet de notre vie spirituelle comme l’est la véritable eucharistie où nous nous rendons réellement présent à Dieu réellement présent, dans une anticipation du Ciel. Seigneur, que la félicité du Ciel ne ressemble pas à une messe sur Youtube ! Certes notre soif a pu être creusée. Mais celle de Notre Seigneur ? Son « J’ai soif » que nous méditons aux jours de la Passion, nous l’avons entendu cruellement cette année sans pouvoir vraiment y répondre. Car ce n’est pas d’abord pour nous que le culte est célébré avec régularité, ni pour notre confort spirituel comme on l’a entendu malheureusement. Mais parce que le Seigneur nous y appelle et nous y attend, lui qui a dit à ses apôtres : « Faites-cela en mémoire de moi ». C’est le Seigneur qui s’est fait réellement présent dans le Saint-Sacrement pour que nous nous rendions présent à lui autrement qu’en pensée lointaine et en intention. Il est, Lui, le premier lésé de notre confinement et de notre absence !
Qu’il soit bien clair que nous ne recherchons ni droits exorbitants ni le martyre, mais seulement la possibilité de célébrer pour Dieu un culte minimal à la mesure des consignes sanitaires que nous prenons pour nous nourrir et, pour beaucoup d’entre nous, pour aller travailler. Nous sommes prêts à rendre à César ce qui est à César, mais nous voulons en premier lieu pouvoir rendre à Dieu ce qui est dû à Dieu, à savoir le culte d’action de grâce, l’eucharistie. N’ayons pas peur d’ouvrir grandes les portes de notre confinement au Christ. Lui seul a les paroles de la vie, oui, de la Vie éternelle.
Soussignés :