Petition updateLettre au président de la république : Pour la PsychanalyseVous trouverez ci-joint le Compte-rendu de la réunion qui s'est tenu au Falstaff, le 3 juin 2017
Pour la Psychanalyse
Jun 13, 2017
Vous trouverez ci-joint le Compte-rendu de la réunion
qui s’est tenu au Falstaff, le 3 juin 2017
Gérard Pommier a introduit la discussion : « On peut d’abord rappeler qu’aucune autre « Adresse aux politiques » et à l’opinion publique n’avait été faite auparavant au nom de la psychanalyse. C’est une démarche originale. Il faudrait trouver le moyen de prolonger cette initiative, sans nous contenter de répondre seulement lorsque la psychanalyse est menacée. Il existe déjà un accord sur les objectifs qu’il faudrait faire aboutir. Nos 16 questions sont claires et font une quasi-unanimité, quelle que soit l’orientation de chacun. Mais comment sortir de nos cercles ? Les débats scientifiques importent beaucoup, mais leurs termes sont spécialisés et échappent aux politiques comme au public. Notre orientation cherche à rendre visible le travail des collègues déjà en contact avec des commissions ministérielles ou la Haute autorité à la santé (HAS). Cette perspective est tout à fait distincte du travail des Associations psychanalytiques, qui ont des responsabilités spécifiques, essentiellement en matière de formation des analystes.
Aujourd’hui, il nous manque une « appellation », ou un « sigle » qui qualifierait mieux cette stratégie. Celui qui existe jusqu’à maintenant est : « Pour la psychanalyse ». C’est un peu mince, parce qu’il laisse entendre que nous défendons des intérêts corporatistes. Or ce que nous proposons importe pour chacun, pour la Res Publica. J’ai proposé l’intitulé « Haute Autorité »… mais cela ne fait pas consensus pour des raisons compréhensibles. Il faudrait trouver une meilleure appellation à nos « 16 questions ». Une fois cette clarification faite, cela devrait faciliter les relations avec les Associations psychanalytiques, dont le soutien serait nécessaire.
La question de l’Autisme risque de venir en débat rapidement. Deux attitudes sont possibles de notre part : ou bien soutenir les associations déjà existantes, comme le CIPPA ou le CAP (Collectif Autismes Pluriels), orienté par Bernard Golse. Ou bien constituer notre propre dossier et le défendre au nom de la psychanalyse, ce qui est déjà différent. Notre collègue Marie Selin pourrait s’en charger, avec d’autres qui travaillent dans le champ des Autismes depuis longtemps.
Il faudrait également parler de la question des Associations d’usagers, mise à l’ordre du jour par Patrick Landman. De même, Patrick a rappelé que STOP DSM - dont il est le président - est sur le point de réunir un « Conseil d’experts ». Ce serait des psychanalystes qui prépareraient différents dossiers. Voilà quelques points que nous pourrions aborder.
Louis Sciara : « Je pose la question d’une meilleure organisation de ceux qui se sont engagés sur ce projet et d’une concertation plus élaborée avec STOP DSM (qui a signé la pétition et participé à sa rédaction), le groupe de contact, les 39, le CAP et dans la mesure du possible les associations psychanalytiques. Faut-il créer un mode d’action inédit ? Il faudrait établir une sorte de « comité de liaison ». L'important est de mettre en avant nos préoccupations et tout l'intérêt de notre discipline, la psychanalyse. C'est pourquoi "pour la psychanalyse" est une initiative bienvenue et intéressante à soutenir. Il est clair que nous ne pouvons préconiser que la psychanalyse puisse avancer toute seule. Le discours analytique ne se situe qu'en articulation avec les autres discours. Nous avons à travailler avec d'autres disciplines, entre autres celles des sciences humaines et la psychiatrie. La psychanalyse doit néanmoins être identifiée et il faut faire valoir sa singularité.
Il est capital de poursuivre les objectifs de la lettre qui nous a réunis et de continuer à nous réunir. Notre collectif pourrait s'appeler "Avec la psychanalyse" ou encore "Pas sans la psychanalyse ". Il ne s'agit pas de créer une haute autorité d'experts en miroir de l'HAS mais d'adopter un discours qui fasse appel aux politiques pour redonner à la psychanalyse toute sa place. Non pas un discours hégémonique mais un discours qui soit audible et subversif comme le dit Zafiropoulos.
Il faut donc réfléchir aux modes d'action possibles. Le premier consiste à renvoyer cette lettre aux instances politiques, à notre nouveau ministre. Sans doute faudra-t-il obtenir, ce ne sera pas simple, un rendez-vous et que certains d'entre nous y soient délégués. Mais, il est clair qu'il faut d'abord compter sur les analystes qui se sont mobilisées autour de notre lettre. Quant à sensibiliser les associations analytiques ce sera encore plus délicat, mais à tenter. Je crois important comme l'a souligné Gérard d'appuyer le travail en cours du CAP et de nous concerter avec STOP DSM dont certains d'entre nous font partie. Je ne sais si entrer au CNSM ne serait pas une manière de nous fourvoyer.
Philippe Weill : « J’ajoute qu'il y a un rapport d'évidence entre la psychiatrie et la psychanalyse. Je rappelle qu'il n'y a plus de place pour la psychanalyse dans les formations des psychiatres et de psychologues. Je rappelle aussi que la médicalisation de la psychiatrie atteint un degré inquiétant. Je considère comme particulièrement importantes nos propositions concernant la psychiatrie, notamment concernant la formation des nouveaux psychiatres, actuellement incapables de faire des diagnostics au-delà du comportementalisme du DSM. Je formule cette idée en un seul aphorisme : « Pour la psychiatrie, pas sans la psychanalyse ».
Jean-Jacques Moscovitz lui a répondu aussitôt : « Pour la psychanalyse, pas sans la psychiatrie ».
Jean-Baptiste Legouis précise qu'il faudrait trouver un discours commun à toutes les associations. Il propose l’organisation d’une « conférence de consensus » définissant les positions de la psychanalyse. L’objectif serait de réunir pendant deux ou trois jours des représentants de l’ensemble des écoles de psychanalyse de France pour répondre à un certain nombre de questions. Un groupe serait chargé de rédiger le compte rendu qui serait l’aboutissement de cette « conférence de consensus ». Chacun pourrait s’y référer. Une conférence de consensus ne fait pas loi, mais permet à chacun d’avoir une idée claire d’un consensus sur les pratiques souhaitables à un moment donné en un lieu donné, pour une position commune de la psychanalyse française. Cela permettrait de donner envie aux jeunes d'aller vers la psychanalyse.
Arlette Pellé : « Je remarque à propos de l’intervention de JB Legouis que ce projet pourrait avoir beaucoup d’avantages, mais que sa réalisation paraît illusoire. En effet, les Associations Psychanalytiques ont une histoire complexe, et elles ne se concertent que sporadiquement lorsqu’un danger précis se présente, comme à propos de la loi sur les psychothérapies ou le projet de loi concernant l’interdiction de la psychanalyse pour le traitement de l’autisme. Notre mouvement pourrait insister davantage sur la scientificité de la psychanalyse ».
Gorana Bulat-Manenti : Je remarque que chacun des points abordé est important, mais que le problème n’est pas tant de mettre au point des dossiers exhaustifs. Ce qui compte c’est l’action auprès des politiques et des médias. Il faudrait en même temps obtenir un soutien plus visible du « groupe de contact » alors qu’il existe déjà de sa part un consensus important. Chacun dans son institution pourrait s’en préoccuper.
Bernard Ferry : Nous avons aussi un objectif plus global, celui de défendre la psychanalyse devant toute la société, et il est donc important que nous nous adressions à elle - car d’une façon ou d’une autre, la psychanalyse interroge chacun. Il faudrait faire valoir que nombre de ces questions relèvent d'un problème plus large à l'échelle de la civilisation. Je précise par ailleurs que le terme de « haute autorité » fait partie du vocabulaire de l'État et qu’il faudrait en trouver un autre. La problématique posée dans la lettre initiale est suffisamment objective pour s'ouvrir à tous.
Jean-Jacques Moscovitz : « Je fais remarquer d’abord l’importance du problème interne à la formation de l’analyste, et je souligne ensuite que la psychanalyse ne se transmet jamais si bien que lorsqu’elle fait scandale. Elle doit donc continuer à faire scandale. Enfin, il n’est pas nécessaire selon moi de créer une association supplémentaire pour ce que nous voulons défendre ».
Markos Zafiropoulos : « Il faut remarquer l'effondrement de l'autorité scientifique de la psychanalyse (à l'université et plus généralement dans la société). Pourquoi cet effondrement ? Quelles en sont les causes ? Ensuite à propos de l’appellation d'une « haute autorité » de la psychanalyse, il importe qu’il existe une instance tournée vers l'extérieur, vers l'autre, et qui serait en contact avec toutes les instances - éventuellement celle des usagers de la psychanalyse. Enfin je mentionne plusieurs problématiques de fonctionnement qui réclament une auto affirmation préalable pour être efficace. Je pose la question suivante : comment la psychanalyse peut-elle être ce qu'elle est – avec son rôle dans la culture - quitte à faire scandale ? Peut-on retourner le scandale ? Il s’agit d’une subversion de principe : il faut à la fois faire « autorité » et faire scandale. C’est l’obligation d’un véritable mouvement. J’insiste sur la place de la psychanalyse dans la culture. L'effondrement du champ intellectuel est généralisé. On a trop tardé pour nous saisir de ce problème ».
Alice Tibi : « Je reprends les propos de Roland Gori selon lesquels dans notre société l’existence même su sujet est menacée, et que rien de la vie de son inconscient n’est entendu. Les diverses offres de formation en psychiatrie et en psychologie deviennent des sortes de dressages - pour reprendre une expression de E. Roudinesco ».
Elsa Godart : « Pour la formation des enseignants, je mentionne les exigences des critères internationaux de recherche et je rappelle que les articles de recherche publiés doivent se plier à des exigences d'évaluation et à des critères spécifiques de scientificité (par exemple des études ou des enquêtes). Or cela est contradictoire avec la méthode psychanalytique. Mais que faire : y renoncer - quitte à ne pas se faire entendre - ou y céder au risque de se perdre ? ».
Olivier Douville : « Je voudrais rappeler l’exemple de Nanterre où l'enseignement de la psychanalyse a quasiment disparu en clinique et s'est fossilisé en en psychopathologie, mais cela ne veut pas dire que les étudiants et les les jeunes psychologues formés en ses lieux ne soient en rien intéressés et/ou mobilisés par la psychanalyse. Ils subissent des enseignements intensifs TCC et DSM mais viennent aussi, par exemple, assister aux conférences, présentation de livres ou séminaires que moi ou d'autres animons. De même à Ville- Evard où j'ai gardé une consultation, j'organise un séminaire de psychopathologie fondamentale où la psychanalyse a toute sa place et bien des internes sont concernés par cet enseignement où ils entendent autre chose que ce qui leur est usuellement dispensé dans les cours qu'ils suivent.
Gérard Pommier : « Je voudrais faire quelques remarques à propos de notre discussion. Plusieurs interventions ont proposé d’être une sorte d’interface avec les Associations psychanalytiques. Telle avait été l’ambition de Serge Leclaire il y a une vingtaine d’années. Cette proposition a été mal reçue par l’ensemble des associations psychanalytiques, et le projet de cette « instance tierce » a été rejeté. Depuis cette date, le « groupe de contact » a peu à peu réuni la plupart des associations psychanalytiques - notamment grâce à Jacques Sédat - ce « groupe de contact » est intervenu efficacement à plusieurs reprises.
Tel que nous sommes positionnés actuellement, nous ne sommes pas une interface. Nos 16 questions recueillent, me semble-t-il, un large assentiment. Nous avons demandé depuis le début le soutien des associations psychanalytiques, de même que celle des syndicats de psychiatres et d’autres associations. Certaines ont répondu positivement. Il faut d’ailleurs annoncer aujourd’hui que le réseau de « l’Appel des appels » est également signataire, grâce à Roland Gori. Sans doute faudra-t-il encore travailler pour élargir ce réseau associatif.
Concernant l’idée importante de Patrick Landman, de donner davantage d’importance aux usagers, ce point est déjà mentionné dans nos 16 questions. Mais il faut l’approfondir en nous posant une question : Qui sont les usagers de la psychanalyse ? C’est nous. Marielle David a soulevé l’idée d’un réseau qui serait celui des « partisans de la psychanalyse » (on peut ajouter l’idée de « témoins de la psychanalyse »). C’est une idée importante. En effet, dans ses divers rapports, l’HAS a tenu pour rien nos points de vue - au prétexte que les psychanalystes n’étaient pas à même d’évaluer leur propre travail selon des critères « scientifiques ». En effet, nous ne sommes pas à même de faire des expériences « en double aveugle » comme cela est fait avec des souris de laboratoire. En effet, nous ne pouvons pas faire remplir à nos patients pendant une cure des questionnaires avec des QCM leur demandant de cocher l’évolution de leurs symptômes. En revanche, nous pourrions demander à la multitude de ceux qui ont suivi une analyse - et une fois celle-ci arrivée à un terme - de témoigner à quel point cela a changé leurs vies. Il y a déjà sans doute des célébrités qui seraient prêtes à faire de tels témoignages. Plus modestement d’ailleurs, nous pourrions commencer par témoigner nous-mêmes.
À la fin de cette discussion, je voudrais dire encore un mot sur deux projets qui se recoupent peut-être. Il y a le « Comité d’experts », en cours de constitution grâce à Patrick Landman. Il serait destiné à proposer des dossiers élaborés par des psychanalystes, et cela à l’intention d’instances gouvernementales - dont le CNSM de M. Ehrenberg. Notre projet ne ressemble pas vraiment à cette initiative, puisque nous ne sommes pas des experts. Nous nous contentons de demander la levée d’un certain nombre de verrous - qui marginalisent la psychanalyse. Ce sont déjà des faits établis - et les 4000 signataires sont en ce sens les « experts » qui en témoignent. Cependant, l’idée de Patrick Landman apporterait un poids plus grand à certains dossiers et il faudrait étudier comment ne pas faire double emploi. Je ne dirai qu’un mot pour conclure, en paraphrasant certains slogans de notre époque bouillonnante :
« Make psychoanalysis great again ».
Pour toute correspondance, vous pouvez écrire à Elsa Godart
Mail : elsagodart@gmail.com
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