Petition updateLettre au président de la république : Pour la PsychanalyseCompte-rendu des résultats
Pour la Psychanalyse
Apr 20, 2017
Les élections sont imminentes. Nous avons posé seize questions aux candidats à la présidentielle, et depuis quinze jours, nombre de contacts ont été pris. Cette « mise à jour » publie un résumé des réponses, données par ordre alphabétique.
• MADAME NATHALIE ARTHAUD a accusé réception de notre lettre, sans répondre aux différentes questions posées.
• MONSIEUR FRANÇOIS FILLON
Lorsque nous nous sommes rendus au comité de campagne de M. François Fillon, la personne que nous avons rencontrée a enregistré nos questions, mais elle n’était pas habilitée à nous donner de réponses. On peut trouver sur le site de François Fillon son programme concernant la santé. Comme mesure positive, il prévoit une augmentation substantielle du numerus clausus à l’entrée en médecine.
• MONSIEUR BENOÎT HAMON
De très nombreux contacts ont été établis avec l’équipe de Benoît Hamon. Nous avons obtenu les réponses les plus détaillées à l’occasion du débat organisé par "RPH - Ecole de psychanalyse à Paris" - sur le thème de la santé mentale, auquel tous les candidats étaient conviés. Seul le représentant de M. Benoît Hamon, M. Alfred Spira, est venu. Nos seize questions lui ont été rappelées.
- Sur la question du numerus clausus à l’entrée des facultés de médecine, M. Spira a répondu que ce n’était pas le problème principal. Selon lui, la majorité des médecins formés se refuseraient à exercer la médecine à la fin de leurs études. Le problème serait donc d’instaurer une incitation à l’installation. Il faut remarquer que sa réponse ne tient pas compte du fait que les sept dixièmes des médecins qui – en effet - ne s’installent pas – continuent d’exercer à l’hôpital. Quoi qu’il en soit, M. Hamon propose d’augmenter de 500 le nombre de places du numerus clausus annuel.
- Concernant une formation spécifique des psychiatres et des infirmiers en psychiatrie, les positions de M. Spira répondent à nos attentes. On note qu’il ignorait qu’actuellement, les laboratoires pharmaceutiques assurent eux-mêmes des formations à l’université et font un démarchage permanent auprès des internes et des chefs de pôles.
- Le point le plus positif de ses réponses concerne les mesures à prendre contre le lobbying des laboratoires pharmaceutiques auprès des parlementaires, de même que les subventions qu’ils accordent à certaines associations d’usagers.
- M. Alfred Spira était par ailleurs à peine informé du problème que posent les diagnostics du DSM 5 et les problèmes de santé mentale qu’il pose du point de vue thérapeutique. Il ignorait aussi la concurrence faite à la nomenclature française CFTMA et CFTMEA, et il n’a pas eu l’air de trouver problématique un alignement de la psychiatrie française sur les consignes de l’O.M.S., qui privilégient le DSM 5.
- De même, il n’a pas considéré comme importante notre demande que soit supprimée l’obligation de publier en anglais pour candidater à des postes. Il considère que les chercheurs français doivent sortir de leur « village gaulois ». Il néglige ainsi qu’il s’agit autant de publier dans une langue que de préserver un humanisme et la culture européenne de la psychiatrie et de la psychanalyse.
- Le programme de M. Benoît Hamon concernant la santé mentale est par ailleurs publié sur son site. Il propose une orientation générale positive, notamment concernant la « politique de secteur ». Ce texte utile est cependant plutôt daté. La « politique de secteur » en elle-même positive, a dans une certaine mesure servi de prétexte à la suppression des lits d’hôpitaux. De plus, si l’on approuve l’humanisme de ses propositions, elles ignorent l’apport de la psychanalyse et des psychanalystes qui ont fondé des lieux de soins aussi novateurs que La Borde, les Maisons Vertes ou la Maison de Bonneuil.
• MONSIEUR EMMANUEL MACRON
Au cours d’une entrevue avec Mme Sylvie de Saint-Pierre, coordinatrice de l’équipe de campagne de M. Emmanuel Macron, les différentes questions posées ont avant tout suscité de la curiosité et des interrogations. Mise à part la question du numerus clausus en médecine, pour lequel il y a un accord pour le lever, aucune de nos quinze autres questions n’a reçu de réponse. Les problèmes n’étaient pas connus. Les différents collègues proches d’Emmanuel Macron qui ont transmis notre document n’ont pas reçu de réponses plus précises.
• MONSIEUR JEAN-LUC MELECHON
- De nombreux collègues ont fait parvenir nos questions à l’équipe de M. Mélenchon. Nous n’avons eu aucun contact direct. Un texte général concernant la santé mentale est publié sur le site de ce candidat. Il est lui aussi relativement daté : il ignore les problèmes que nous soulevons, et le rôle de la psychanalyse ci-dessus mentionné à propos de M. Hamon.
- Mme Maryse Montangon, membre du parti communiste soutient la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Nous ignorons dans quelle mesure ses positions sont celles de Jean-Luc Mélenchon. Dans une lettre, elle a donné des réponses précises à nos seize questions, que nous résumerons : Elle a d’abord rappelé « la défense de la politique de Secteur et le danger des dérives sécuritaires, de même que la tendance à la normalisation des comportements ». Elle a insisté sur son « opposition aux tentatives d’interdiction de la référence à la psychanalyse ».
- Elle prône la « suppression du numerus clausus », qui devrait être accompagnée d’ « une réforme des Universités qui mette fin à leur mise en concurrence et assure à toutes les Universités les moyens de dispenser une formation d’excellence ».
- Elle projette le rétablissement de l’internat en psychiatrie. « Les futurs psychiatres doivent être formés non seulement à la psychopathologie et au diagnostic, mais également, au soin relationnel. Dans ce cadre, l’enseignement de la « théorie freudienne de l’inconscient » et ses avancées, doit trouver toute sa place, aux côtés de l’enseignement des autres approches cliniques. La « maquette » de l’internat en psychiatrie doit intégrer ces éléments. »
- Cette lettre demande également : « Le rétablissement d’une formation spécifique des infirmiers en psychiatrie. Le gouvernement vient de trancher pour la « spécialisation » au travers notamment des « pratiques avancées »,[…] mais cela ne permet pas d’appréhender le fait psychopathologique en s’engageant dans le soin relationnel : c’est lui qui soigne et non les médicaments […] une fois que les médicaments ont fait leur effet, le travail du soignant ne fait que commencer. »
- Cette lettre prône également une « suspension des enseignements donnés à l’université par les laboratoires pharmaceutiques. De même une dénonciation s’impose des conflits d’intérêts de plus en plus graves entre les enseignements dispensés et les Laboratoires. Les Universités doivent avoir les moyens budgétaires garantissant leur autonomie. »
- Il est aussi question dans cette lettre d’une « promotion des lieux d’accueil sur le modèle des Maisons Vertes, ou de la clinique La Borde, de même que les lieux de vie accueillant les autismes et les toxicomanies. Elle ajoute à cette liste l’établissement de « centres d’activités » : « Dans les Centres d’Activités, c’est l’activité qui soigne et non plus la relation interhumaine. »
- Madame Montangon poursuit : « Depuis 2008, alertés par l’Appel « Sauvons la clinique », nous nous opposons aux tentatives d’élimination de la psychanalyse de l’enseignement des psychologues. Comme pour les autres formations, nous considérons que l’enseignement de la « théorie freudienne de l’inconscient » et ses avancées, doit trouver toute sa place. »
- En réponse à nos questions sur l’enseignement, elle approuve nos propositions d’un changement des critères qui s’opposent au recrutement des Enseignants chercheurs d’orientation psychanalytique, un enseignement concernant les autismes et la toxicomanie dès le niveau Master. Et elle ajoute concernant l’autisme, « l’enseignement doit associer les différentes approches (génétique, comportementalisme, psychanalyse) en complémentarité, comme le fait par exemple l’équipe du Professeur Munich. »
- Concernant par ailleurs les médecins de ville, la lettre note que les médecins :… « suivent en première intention un nombre important de patients souffrant de pathologies psychiques lourdes, alors qu’ils ne sont pas ou peu formés à cette discipline spécifique. » […] « La France est l’un des premiers consommateurs de psychotropes du fait des prescriptions des généralistes, parce que souvent ils n’ont que cet arsenal là pour faire face à la souffrance de leurs patients. »
- Cette lettre rappelle également « son opposition à la tendance du DSM, qui tend à normaliser les comportements et pathologiser toutes les émotions au travers de troubles qui ne sont définis qu’au travers d’un écart à la norme. Ces troubles ne sont souvent mis en exergue que parce que l’industrie pharmaceutique à découvert et mis sur le marché une molécule qui agit sur tel ou tel symptôme. L’exemple classique étant l’hyperactivité - qui de symptôme - est devenu une entité pathologique en soi avec la définition du TDHEA. »
- Sa lettre propose également « la dissolution de l’HAS et de la « Démarche qualité » De même l’EBM (Evidence Based Médecine), dont les conclusions sont présentées comme des évidences qu’on ne saurait contredire, a révélé de nombreux biais. Dont les plus graves montrent une collusion avec l’industrie pharmaceutique et la non publication des essais négatifs. »
- Enfin, à propos de la collaboration avec les associations d’usagers, la lettre de Mme Montangon note que « ces associations étant organisées par pathologie, il y a un risque d’opposition des associations entre elles pour accaparer les moyens. On a vu les effets désastreux de l’opposition entre Téléthon et les associations de lutte contre le cancer ou le Sida. En psychiatrie, la représentativité des associations d’usagers doit être élargie au-delà de l’UNAFAM et la Fnapsy. »
QUELLES LEÇONS POUVONS-NOUS TIRER DE CES RÉPONSES?
D’une manière générale, les candidats sont très mal informés des problèmes que nous soulevons. Que faut-il en penser ? Ils ont certes - comme tout le monde - des résistances à la psychanalyse. Mais dans chacune des équipes de campagne, nous avons parlé à des interlocuteurs qui connaissent les bienfaits de la psychanalyse. Toutefois, ils ignorent presque tout des mesures qui marginalisent actuellement la découverte freudienne. N’est-il pas de notre entière responsabilité de faire connaître cette situation et notre point de vue ? Il faudrait donc réfléchir aux moyens de poursuivre notre initiative.
A LA DATE DU 20 AVRIL, où nous publions ce bilan, nous recevons une lettre de Monsieur Pierre Laurent, secrétaire du P.C.F. Il propose « … de créer les conditions d’un vaste débat de société » permettant une refondation des principes d’une « politique de la santé mentale ». Cette lettre propose également de nous rencontrer pour étudier ce projet. Bien évidemment, il faudra d’abord en discuter entre nous, pour examiner comment ce projet d’un « vaste débat de société » pourrait avoir sa chance. Car ne concerne-t-il pas les différentes familles politiques ? Notre art ne nous amène-t-il pas à penser que les choix politiques sont souvent des affaires de famille ?
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