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Gaza : deux ans de guerre totale contre la population gazaouie ; Extrait du journal MSF infos de déc

Philippe LEICKFrance
Jul 10, 2026

L'association '' Médecins sans frontières '' nous donne un témoignage de la situation humanitaire à Gaza il y a 7 mois de cela. Rien n'a changé.

Le texte a été reproduit tel qu'il a été écrit dans la publication de MSF infos de décembre 2025.

Pendant deux ans, nos équipes ont été témoins de la guerre génocidaire menée par l'armée israélienne à Gaza, en réponse aux massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023. Bien que quelques cessez-le feu aient permis à la population de trouver une forme de répit et à l'aide humanitaire de se réorganiser temporairement, la situation de la population demeure catastrophique dans l'enclave palestinienne.

« La vie quotidienne à Gaza, c'est la mort. A chaque personne que vous rencontrez, à chaque coin de rue que vous arpentez, vous êtes frappés par la désolation, la destitution, le chagrin », expliquait Claire Magone, directrice générale, à son retour de Gaza au début du mois d'octobre 2025.

L'armée israélienne a mené une offensive militaire d'une violence inouïe à l'encontre de l'ensemble des Palestiniens à Gaza. En deux ans, 64 500 personnes ont été tuées, dont au moins 18 400 enfants, selon le ministère de la santé palestinien. 83 % des victimes étaient des civils, un chiffre confirmé par les autorités israéliennes elles-mêmes. Ces chiffres, largement sous-estimés, ne prennent pas en compte les milliers de disparus toujours sous les décombres ou encore les personnes décédées de maladies chroniques faute d'accès au soins.

Une population déplacée privée de tout

Les trois-quarts des bâtiments de l'enclave ont été endommagés ou détruits. Pendant deux ans, les civils n'ont eu nulle part où se réfugier. 90 % de la population palestinienne a dû se déplacer à plusieurs reprises. L'intensification de l'offensive au nord de Gaza a entraîné un nouvel afflux de personnes fuyant vers le sud, contraintes de s'agglutiner dans 15 % du territoire. « Les conditions d'hygiène et d'habitation y sont déplorables, l'accès à la nourriture et aux soins de santé a été au mieux inconstant, au pire empêché », explique Jacob Granger, coordinateur des urgences à Gaza. 

Immédiatement après le cessez-le-feu du 10 octobre 2025, des milliers de Palestiniens ont commencé à remonter vers le nord de Gaza, espérant retrouver leurs foyers mais ne trouvant, très souvent, que des ruines. Ces familles vont devoir survivre au milieu des décombres.

Un système de santé détruit

Les autorités israéliennes ont systématiquement bombardé les hôpitaux et les installations médicales. Au 1er octobre 2025, seuls 14 des 36 hôpitaux de Gaza étaient partiellement opérationnels, selon le bureau des affaires humanitaires de l'ONU. Les grands centres de santé ont été complètement débordés, ce qui a contraint les équipes médicales à rationner les médicaments tels que les analgésiques. Elles ont manqué de matériel chirurgical pour opérer ou soigner les patients.

Les humanitaires et les personnels de santé ciblés

Les travailleurs humanitaires et les professionnels de santé ont été victimes d'attaques répétées. Au 20 août 2025, au moins 1590 professionnels de santé et plus de 530 travailleurs humanitaires, pour la plupart palestiniens, avaient été tués à Gaza, selon les chiffres de l'ONU.

Le 5 octobre 2025, MSF perdait son quinzième collègue palestinien, Abed El Hameed Qaradaya. Ce dernier a succombé à ses graves blessures à la suite d'un bombardement survenu trois jours plus tôt, au cours duquel Omar Hayek, autre employé MSF a également été tué. L'attaque, menée par les forces israéliennes, a eu lieu dans une rue où nos équipes attendaient un bus pour se rendre à l'hôpital de campagne de MSF à Deir Al-Balah. «  Tous portaient un gilet MSF et étaient clairement identifiés comme travailleurs médicaux humanitaires. Leur seul crime a été d'attendre le bus pour aller soigner des patients », ajoute Claire Magone.

Des blessés en attente d'évacuation

Début octobre 2025, plus de 15 000 personnes avaient besoin d'une évacuation médicale pour des blessures ou une maladie impossible à soigner à Gaza, selon l'OMS. «  Nous demandons à tous les pays de soutenir les Palestiniens de Gaza en autorisant davantage de personnes à accéder à leur système de santé, en participant aux évacuations médicales et en sauvant des vies », ajoute le Dr Hani Isleem.

Des besoins immenses vont perdurer

«  Nos collègues et les personnes qui nous entourent sont animés par un immense espoir, celui de voir ce cauchemar enfin prendre fin et de pouvoir vivre en paix, se remettre de leurs traumatismes physiques et psychologiques. Mais ils sont aussi inquiets face à l'avenir incertain. Il est essentiel qu'une aide humanitaire massive puisse entrer dans Gaza sans aucune obstruction », explique Jacob Granger. 

Après deux ans de guerre, la vie des habitants et la capacité du système de santé ont été détruites. Les besoins sont immenses : équipements médicaux, médicaments, nourriture, eau, carburant et abris adéquats pour deux millions de personnes qui vont devoir affronter l'hiver ( et la chaleur de l'été ndlr ) dans des abris de fortune. Des milliers de Palestiniens vivent avec des plaies non soignées, des fractures mal consolidées, des membres amputés sans prothèses. Les maladies transmissibles, notamment les maladies cutanées, continuent de se propager en raison de la promiscuité et des conditions de vie effroyables.

 


Une campagne de mobilisation internationale lancé par MSF

MSF n'a cessé de répéter ses appels à l'arrêt du génocide à Gaza et à la mise en place d'actions immédiates de la part des gouvernements. C'est dans ce sens qu'elle a lancé une campagne globale articulée autour du message suivant :

«  Les médecins ne peuvent pas arrêter un génocide. Nos dirigeants, oui ». Depuis octobre 2023, nos équipes ont été témoins de la destruction des conditions mêmes de la vie à Gaza. 

  1. Des armes lourdes conçues pour des champs de bataille ont été utilisées dans des zones urbaines densément peuplées où les personnes sont abritées par des tentes.
  2. Nous avons constaté la destruction systématique des infrastructures civiles, y compris les hôpitaux et les centres de santé, mais aussi des écoles, des mosquées, des centrales de traitement de l'eau et des champs cultivables.
  3. Les déplacements forcés, massifs et répétés des Palestiniens de Gaza sont des faits incontestables.

 

MSF infos, numéro 224, décembre 2025

 

 

 

 

 

 

 

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