Les lycéens ne délirent pas : ils espèrent encore !
Les lycéens ne délirent pas : ils espèrent encore !
Le problème
Nous, professionnels de la pédopsychiatrie publique, soutenons le mouvement des lycéens. Vous pouvez vous joindre à nous !
Depuis le 18 septembre, un mouvement parti d'un lycée de Créteil s'étend au pays. Nous, professionnels de santé de pédopsychiatrie du service public accueillons une détresse qui, pour la première fois depuis la crise sanitaire, s'énonce en termes politiques plutôt qu'en symptômes.
Le 1er octobre, 1 027 lycées étaient touchés par le mouvement, dont 222 bloqués [1]. Les motifs sont connus : locaux dégradés, classes surchargées, professeurs non remplacés. Nous, professionnels de santé en pédopsychiatrie, recevons des adolescents dont la détresse ne trouve d'autre langage que le symptôme : scarifications, tentatives de suicide, retrait scolaire. Il est permis de supposer qu'une part de cette souffrance se dit aujourd'hui sous la forme d'une revendication politique. Alors que nous sommes nombreux à penser que la génération Z traverse une crise du sens qui s’exprimerait préférentiellement par une souffrance psychique, le mouvement actuel suggère que cette souffrance peut aussi s’exprimer par des revendications collectives et politiques et non plus seulement par une expression psychiatrique et individuelle.
Cette génération a souffert de la gestion de la crise sanitaire de la COVID 19. À l'été 2020, le ministre de la Santé situait l'essentiel des contaminations dans les « situations festives des plus jeunes » [2]. Depuis, on a constaté que le taux d'hospitalisation en psychiatrie pour geste auto-infligé a doublé entre 2012 et 2020 pour les filles de 10 à 19 ans, puis de nouveau entre 2020 et 2022 [3]. La hausse se poursuit en 2025 et gagne désormais les garçons [4]. Même le Président reconnaissait qu'il était « dur d'avoir 20 ans en 2020 ». Aucune cause unique ne peut être isolée, mais une donnée de cette ampleur devrait conduire à un débat démocratique et engager des politiques publiques.
Avec la diffusion de Parcoursup, concomitamment à la réforme du baccalauréat, l'enjeu de la terminale s'est déplacé du diplôme du baccalauréat vers l'accès à une formation postbac choisie. Ce dispositif a révélé la tension qui existe entre le nombre de place dans les filières et le nombre d’étudiants, tension qui a été portée par les individus et non pas par les pouvoirs publics qui auraient pu faire d’autres choix. Or les conditions de l’enseignement que ce soit l’état des locaux ou de l’absentéisme des professeurs, lui aussi révélateur de la dégradation de leurs conditions de travail, produisent des inégalités évidentes que les algorithmes de Parcoursup, longtemps restés opaques, ignorent magistralement. Réclamer des professeurs et des bâtiments dignes, c'est demander que la compétition imposée ne soit pas jouée d'avance.
La pédopsychiatre Laelia Benoit nomme infantisme la discrimination qui discrédite la parole des mineurs [5]. L’infantisme, c’est aussi l’acceptation tacite des injustices et de la violence sociétale que peuvent subir les enfants et adolescents. Le mouvement des lycéens en offre une illustration : présenté par Matignon comme une manœuvre partisane, il voit pourtant ses acteurs traités en adultes pleinement responsables, avec près de 2 000 interpellations le seul 1er octobre et trois enquêtes de l'IGPN après des blessures de lycéens [1]. L’esprit de l'ordonnance de 1945, primauté de l'éducatif sur le répressif, est de fait très fortement remise en cause par le pouvoir exécutif, sans réel débat démocratique.
Enfin, les conditions d’accueil et de prise en soin des enfants et adolescents dans les services de pédopsychiatrie publique sont elles aussi dégradées par un manque de moyen criant : la Cour des comptes relevait en 2023 une baisse de 34 % du nombre de pédopsychiatres en une décennie et des délais d'attente croissants, sans qu’aucune mesure ne soit pensée et moins encore financée pour répondre à cette crise de l’offre de soin [6]. Dans le même temps, le Sénat estimait les aides publiques aux entreprises à au moins 211 milliards d'euros en 2023 [7]. S'il était avéré que ces montants croissent tandis qu'écoles et hôpitaux publics se dégradent, la question du mouvement actuel des lycéens deviendrait celle de toute la société.
Nous sommes des professionnels de santé en pédopsychiatrie, mais c’est l’ensemble du monde professionnel concernant la santé, l’éducation et la justice des mineurs qui s’indigne. Ce sont les citoyens, les parents que nous sommes qui s’insurgent. Nous exprimons notre soutien aux lycéens mobilisés. Nous demandons que leur parole soit reçue comme politique, et non comme un symptôme ou une manipulation, que cesse la pénalisation de leur engagement, que les moyens de l'école et ceux de la pédopsychiatrie publique soient pensés ensemble. Une génération qui revendique est une génération qui espère encore.
[1] AFP, « Le mouvement de blocage des lycées devrait se poursuivre vendredi », 2 octobre 2026.
[2] Véran, O. (2020, août). Entretien au Journal du Dimanche.
[3] DREES (2024). Hospitalisations pour geste auto-infligé : une progression inédite chez les adolescentes et les jeunes femmes en 2021 et 2022. Études et résultats, n° 1300.
[4] DREES (2026). Hospitalisations pour gestes auto-infligés, données 2025.
[5] Benoit, L. (2023). Infantisme. Seuil.
[6] Cour des comptes (2023). La pédopsychiatrie : un accès et une offre de soins à réorganiser.
[7] Sénat (2025). Transparence et évaluation des aides publiques aux entreprises. Rapport n° 808.

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Le problème
Nous, professionnels de la pédopsychiatrie publique, soutenons le mouvement des lycéens. Vous pouvez vous joindre à nous !
Depuis le 18 septembre, un mouvement parti d'un lycée de Créteil s'étend au pays. Nous, professionnels de santé de pédopsychiatrie du service public accueillons une détresse qui, pour la première fois depuis la crise sanitaire, s'énonce en termes politiques plutôt qu'en symptômes.
Le 1er octobre, 1 027 lycées étaient touchés par le mouvement, dont 222 bloqués [1]. Les motifs sont connus : locaux dégradés, classes surchargées, professeurs non remplacés. Nous, professionnels de santé en pédopsychiatrie, recevons des adolescents dont la détresse ne trouve d'autre langage que le symptôme : scarifications, tentatives de suicide, retrait scolaire. Il est permis de supposer qu'une part de cette souffrance se dit aujourd'hui sous la forme d'une revendication politique. Alors que nous sommes nombreux à penser que la génération Z traverse une crise du sens qui s’exprimerait préférentiellement par une souffrance psychique, le mouvement actuel suggère que cette souffrance peut aussi s’exprimer par des revendications collectives et politiques et non plus seulement par une expression psychiatrique et individuelle.
Cette génération a souffert de la gestion de la crise sanitaire de la COVID 19. À l'été 2020, le ministre de la Santé situait l'essentiel des contaminations dans les « situations festives des plus jeunes » [2]. Depuis, on a constaté que le taux d'hospitalisation en psychiatrie pour geste auto-infligé a doublé entre 2012 et 2020 pour les filles de 10 à 19 ans, puis de nouveau entre 2020 et 2022 [3]. La hausse se poursuit en 2025 et gagne désormais les garçons [4]. Même le Président reconnaissait qu'il était « dur d'avoir 20 ans en 2020 ». Aucune cause unique ne peut être isolée, mais une donnée de cette ampleur devrait conduire à un débat démocratique et engager des politiques publiques.
Avec la diffusion de Parcoursup, concomitamment à la réforme du baccalauréat, l'enjeu de la terminale s'est déplacé du diplôme du baccalauréat vers l'accès à une formation postbac choisie. Ce dispositif a révélé la tension qui existe entre le nombre de place dans les filières et le nombre d’étudiants, tension qui a été portée par les individus et non pas par les pouvoirs publics qui auraient pu faire d’autres choix. Or les conditions de l’enseignement que ce soit l’état des locaux ou de l’absentéisme des professeurs, lui aussi révélateur de la dégradation de leurs conditions de travail, produisent des inégalités évidentes que les algorithmes de Parcoursup, longtemps restés opaques, ignorent magistralement. Réclamer des professeurs et des bâtiments dignes, c'est demander que la compétition imposée ne soit pas jouée d'avance.
La pédopsychiatre Laelia Benoit nomme infantisme la discrimination qui discrédite la parole des mineurs [5]. L’infantisme, c’est aussi l’acceptation tacite des injustices et de la violence sociétale que peuvent subir les enfants et adolescents. Le mouvement des lycéens en offre une illustration : présenté par Matignon comme une manœuvre partisane, il voit pourtant ses acteurs traités en adultes pleinement responsables, avec près de 2 000 interpellations le seul 1er octobre et trois enquêtes de l'IGPN après des blessures de lycéens [1]. L’esprit de l'ordonnance de 1945, primauté de l'éducatif sur le répressif, est de fait très fortement remise en cause par le pouvoir exécutif, sans réel débat démocratique.
Enfin, les conditions d’accueil et de prise en soin des enfants et adolescents dans les services de pédopsychiatrie publique sont elles aussi dégradées par un manque de moyen criant : la Cour des comptes relevait en 2023 une baisse de 34 % du nombre de pédopsychiatres en une décennie et des délais d'attente croissants, sans qu’aucune mesure ne soit pensée et moins encore financée pour répondre à cette crise de l’offre de soin [6]. Dans le même temps, le Sénat estimait les aides publiques aux entreprises à au moins 211 milliards d'euros en 2023 [7]. S'il était avéré que ces montants croissent tandis qu'écoles et hôpitaux publics se dégradent, la question du mouvement actuel des lycéens deviendrait celle de toute la société.
Nous sommes des professionnels de santé en pédopsychiatrie, mais c’est l’ensemble du monde professionnel concernant la santé, l’éducation et la justice des mineurs qui s’indigne. Ce sont les citoyens, les parents que nous sommes qui s’insurgent. Nous exprimons notre soutien aux lycéens mobilisés. Nous demandons que leur parole soit reçue comme politique, et non comme un symptôme ou une manipulation, que cesse la pénalisation de leur engagement, que les moyens de l'école et ceux de la pédopsychiatrie publique soient pensés ensemble. Une génération qui revendique est une génération qui espère encore.
[1] AFP, « Le mouvement de blocage des lycées devrait se poursuivre vendredi », 2 octobre 2026.
[2] Véran, O. (2020, août). Entretien au Journal du Dimanche.
[3] DREES (2024). Hospitalisations pour geste auto-infligé : une progression inédite chez les adolescentes et les jeunes femmes en 2021 et 2022. Études et résultats, n° 1300.
[4] DREES (2026). Hospitalisations pour gestes auto-infligés, données 2025.
[5] Benoit, L. (2023). Infantisme. Seuil.
[6] Cour des comptes (2023). La pédopsychiatrie : un accès et une offre de soins à réorganiser.
[7] Sénat (2025). Transparence et évaluation des aides publiques aux entreprises. Rapport n° 808.

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Pétition lancée le 14 octobre 2026