Pétition fermée

Pour le maintien d’un enseignement supérieur ouvert et accessible à tous

Cette pétition avait 2 223 signataires


Contre l’augmentation des frais d’inscription annuels pour les étudiants étrangers

Pour le maintien d’un enseignement supérieur ouvert et accessible à tous

 

Nous, enseignants chercheurs à l’Université, titulaires et contractuels, nous opposons fermement à l’augmentation des frais d’inscription annuels pour les étudiants étrangers hors Union européenne à compter de la rentrée universitaire de 2019.

Nous demandons le retrait immédiat de cette mesure, annoncée par le Premier ministre le 19 novembre dernier, lors des rencontres universitaires de la francophonie. Le retrait s’impose dès lors qu’il ne s’agit pas d’une simple annonce mais bien d’une décision actée, comme le présente sans aucune ambiguïté la page d’accueil bien vite actualisée du site « Etudes en France ».

Par cette « décision », le Premier ministre entend soumettre les étudiants « extra-européens » (soit les étudiants étrangers hors UE et accords de partenariat entre établissements) au paiement de frais d’inscription considérablement plus élevés que ceux payés par les étudiants français et européens. Ainsi, il est prévu qu’à compter de la rentrée 2019, les étudiants étrangers qui s’inscrivent pour la première fois dans un cycle supérieur de formation à l’université en France devront acquitter des frais d’inscription annuels d’un montant de 2 770 euros en licence et de 3 770 euros en master et en doctorat. Cela revient donc pour une licence en trois ans à des frais d’inscription de 6 810 euros (sans compter un éventuel redoublement, qui ferait monter les frais à 9 080 euros pour une licence en quatre ans). Pour deux années de master (M1 et M2) les frais seraient d’un montant de 7 540 euros. Pour le doctorat quant à lui, soit trois ans au minimum (ce qui ne vaut pas pour le droit par exemple, où les thèses les plus courtes et financées durent très rarement moins de quatre ans), les frais d’inscription atteindraient 11 310 euros.                                     

Cette annonce, il faut le souligner, entraine une violation du préambule de la constitution du 27 octobre 1946, dont l’alinéa 13 est des plus clairs : « La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'Etat ». Elle est également contraire aux articles 2 et 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont nous fêterons les 70 ans ce 10 décembre, qui garantissent que l’accès à l’enseignement supérieur est reconnu à « toute personne » sans discrimination notamment fondée sur « la fortune » en fonction de ses « mérites ».

La communauté des enseignants chercheurs s’interroge et s’inquiète.

D’abord, la mesure servirait une « stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux » s’intégrant dans un plan intitulé « Bienvenue en France ». Cette attractivité passerait par un meilleur accueil des étudiants étrangers (il est vrai qu’en l’état il est tout à fait insatisfaisant), qui impliquerait d’avoir plus d’argent à l’université et donc de faire peser sur les étudiants eux-mêmes, parce qu’ils ne sont pas européens, les frais engendrés par cette amélioration. Or, il est pour le moins paradoxal de présenter comme une mesure « d’accueil en France » une telle augmentation des frais d’inscription annuels, dont on sait pertinemment qu’elle conduira à exclure les étudiants étrangers les plus précaires , que le gouvernement ne veut manifestement plus voir dans nos universités françaises. La mesure sert, au contraire, en dépit des efforts de communication du gouvernement, une politique de fermeture de la France à l’égard des étudiants étrangers n’ayant pas les moyens d’acquitter de tels frais, soit à l’égard des étudiants les plus pauvres. Cette politique, qui instaure un accès privilégié à l’université aux étudiants étrangers les plus riches, est contraire aux valeurs historiques d’universalité, d’ouverture au monde et de diversité culturelle, chères à l’université française. L’accès au savoir ne saurait être conditionné à la richesse, d’où que l’on vienne.

Ensuite, l’étendue de l’« augmentation » et les modalités ayant permis de retenir un tel niveau de frais d’inscription annuels interrogent. Parler d’augmentation des frais d’inscription annuels est un euphémisme. On passe d’une somme de 170 euros annuels pour une année de Licence à une somme plus de 13 fois supérieure à ce montant. De la même manière pour l’inscription en Master et en doctorat, il ne saurait non plus s’agir d’une simple augmentation. Il importe de bien comprendre la portée de la décision annoncée : il s’agit d’un changement de paradigme qui ne dit pas son nom et qui pourrait – suite logique des choses – être étendu à l’ensemble des étudiants, y compris les étudiants français. Ce changement fait passer l’université française à l’ère de l’accès fondé sur un critère économique, modèle qui lui est par essence étranger. En outre, nous nous interrogeons sur les montants retenus. En quoi le fait d’augmenter une inscription en licence de 2100 euros par an pour un étudiant étranger lui permettra-t-il de facto, de bénéficier d’un meilleur accueil et d’une meilleure prise en charge ? Cet argent sera-t-il affecté directement à cet accueil et par quel mécanisme ? Pourquoi ces sommes ont-elles été retenues et pas d’autres, moins importantes ou, à l’inverse, plus importantes ? Sur quels éléments s’est-on basé pour faire ce savant calcul ?

Enfin, la procédure d’adoption d’une telle mesure nous paraît critiquable. Si les enseignants-chercheurs étaient consultés, ils pourraient témoigner de l’extraordinaire richesse intellectuelle, scientifique, culturelle et humaine que la présence d’étudiants « extra-européens » représente dans leurs salles de classe et leurs amphithéâtres. Ils pourraient exprimer également leur rejet d’un modèle d’enseignement qui laisse de côté l’étranger démuni, sous couvert de rationalisation budgétaire. Tel n’est pas le modèle de l’Université que ces enseignants-chercheurs avaient à l’esprit lorsqu’ils/elles ont embrassé la carrière et tel est pourtant le tournant que cette mesure non-concertée et imposée de manière unilatérale souhaite faire prendre à la recherche et à l’enseignement supérieurs en France.

 

Pour toutes ces raisons, nous exigeons que le gouvernement abandonne cette mesure, indigne de notre Institution et de ses valeurs d’accès indiscriminé au savoir, quel que soit l’âge, le sexe, la religion, la nationalité et le niveau de richesse économique.

 

Premiers signataires :

  • Olga Mamoudy, PR, Université Polytechnique des Hauts de France
  • Hélène Tigroudja, PR, Aix-Marseille Université.
  • Marie-Laure Basilien-Gainche, PR, Université Jean Moulin Lyon 3
  • Mélanie Jaoul, MCF, Université de Montpellier
  • Serge Slama, PR, Université Grenoble Alpes, CESICE
  • Véronique Champeil-Desplats, PR, Université Paris-Nanterre
  • Emmanuel Dockès, PR, Université Paris-Nanterre
  • Stéphanie Hennette-Vauchez, PR, Université Paris-Nanterre
  • Arnaud le Pillouer, PR, Université Paris-Nanterre
  • Charlotte Girard, MCF, Université Paris-Nanterre
  • Patricia Rrapi, MCF, Université Paris-Nanterre
  • Eric Millard, PR, Université Paris-Nanterre
  • Isabelle Boucobza, PR, Université Paris-Nanterre
  • Soazik Kerneis, PR, Université Paris-Nanterre
  • Eric Carpano, PR, Université Jean Moulin Lyon 3
  • Mathieu Touzeil-Divina, PR, Université Toulouse Capitole
  • Anne-Laure Chaumette, MCF HDR, Université Paris Nanterre
  • Marina Eudes, MCF HDR, Université Paris Nanterre
  • Karine Parrot, PR, Université de Cergy
  • Jean Matringe, PR, Université Paris I, Panthéon-Sorbonne
  •  Yannick Lécuyer, MCF HDR, Université d'Angers
  •  Charles-Andre Dubreuil, PR, l’Universite Clermont Auvergne
  • Baptiste Nicaud, MCF, Université de Limoges
  • Marie-Anne Vanneaux, MCF, Université d'Artois
  • Jean-Baptiste Thierry, MCF, Université de Lorraine
  • Delphine Tharaud, MCF, Université de Limoges
  • Caroline Lantero, MCF, Université Clermont Auvergne
  • Aurélien Camus, MCF, Université Paris Nanterre
  • Jean-Pierre Dubois, PR, Université de Paris-Sud
  • Sophie Casanova, MCF, Université de Montpellier
  • Mustapha Afroukh, MCF Université de Montpellier

PS : Nous invitons les signataires suivants à se mentionner en commentaire dessous cette tribune après avoir signé.

 



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