Depuis 2020, les examens de l’Institut d’Enseignement à Distance (IED) de Paris 8 se déroulent en distanciel, offrant une solution adaptée à de nombreux étudiants : parents, personnes en situation de handicap, résidant à l’étranger ou éloignés géographiquement, et ceux en situation de précarité. Cette modalité avait été officialisée comme pérenne, tant sur le site de l’IED que par diverses communications.
Cependant, en 2022, des problèmes techniques majeurs sont survenus lors des examens, dus à un sous-dimensionnement des serveurs et à un manque de techniciens. En septembre 2022, le Conseil de l’IED a décidé d’externaliser les examens en recourant à un logiciel de proctoring. Cette décision a suscité de vives inquiétudes parmi les étudiants concernant la confidentialité des données, les risques pour le matériel informatique et le caractère anxiogène de cette méthode.
Des études ont en effet montré que le proctoring accroît le stress et impacte les performances académiques des étudiants (Henderson et al., 2022; Herliana et al., 2022; Lee et al., 2022).
En décembre 2022, face à la mobilisation étudiante, la présidence de l’université a annulé la décision d’utiliser le proctoring, décision à son tour suspendue par le tribunal administratif. En février 2023, le Conseil de l’IED a opté pour un retour des examens en présentiel, sans tenir compte des réalités spécifiques des étudiants de l’IED.
En réponse, la Commission de la Formation et de la Vie Universitaire (CFVU) a refusé en avril puis en juin 2023 les modifications des modalités de contrôle des connaissances (MCC) proposées par l’IED, jugeant inacceptable ce retour au présentiel. Le 22 juin 2023, la CFVU a adopté une motion forte pour défendre l’équité d’accès aux examens à l’IED, demandant :
• La création d’un groupe de travail multipartite chargé de revoir les MCC de l’IED pour les années à venir, afin de garantir des solutions adaptées.
• La mise en place de centres d’examens accessibles en France, à l’étranger et dans les outre-mer, avec gratuité pour les étudiants concernés, grâce au réseau de partenaires universitaires.
• Un traitement équitable pour tous les étudiants de l’IED, avec des mesures spécifiques pour les personnes en situation de handicap et ceux confrontés à de nouvelles règles post-inscription.
• L’étude de plateformes numériques permettant le retour des examens à distance dans le respect de l’identité et des droits des étudiants, en conformité avec les normes du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD).
Malgré le soutien explicite de la CFVU et des promesses pour un retour au distanciel dès l’année universitaire 2024-2025, aucune solution n’a été mise en place à ce jour. Est-ce dû à une inertie administrative, un manque de financement ou une absence de volonté ? En 2022, le dispositif d’examen à distance avait pourtant été installé et testé en un mois. Paris 8 a démontré sa capacité à déployer rapidement cette solution lorsqu’elle le souhaite.
Pour de nombreux étudiants, composer en distanciel n’est pas un choix, mais une nécessité. Certains ont déjà perdu une année d’études, et pour eux, chaque mois compte. Contrairement aux contraintes administratives, le temps est précieux pour les étudiants, qui ne peuvent se permettre d’attendre des réponses incertaines. Étudier à l’IED représentait la promesse de passer des examens dans des conditions adaptées : pour les parents, sans devoir quitter leur famille ; pour les étudiants en situation de handicap, depuis leur domicile ; pour les plus précaires, sans frais de transport ni d’hébergement.
Paris 8 doit également respecter les circulaires nationales qui encouragent les aménagements en distanciel pour les étudiants en situation de handicap dans les formations à distance. Pourtant, aucune alternative concrète n’a encore été proposée aux étudiants de l’IED, y compris pour ceux qui en ont le plus besoin.
Enfin, il est crucial de rappeler que le proctoring, envisagé comme solution de repli, pose de sérieux problèmes éthiques et pédagogiques. Ce système de surveillance, en plus de soulever des questions sur la vie privée, crée un environnement de méfiance qui contredit les valeurs d’autonomie et de liberté en éducation. Son effet anxiogène, confirmé par des études, perturbe les processus cognitifs des étudiants et altère leurs performances (Ajjawi et al., 2022; Henderson et al., 2022; Herliana et al., 2022). De plus, la CNIL a récemment souligné que l’utilisation du proctoring doit être strictement proportionnée aux besoins et utilisée en dernier recours, rappelant qu’il existe d’autres solutions pédagogiques et technologiques pour encadrer les examens en ligne (CNIL, 2023).
Partagez cette pétition ! Chaque soutien compte pour rappeler à Paris 8 que l’équité dans l’enseignement supérieur est une exigence, et non une option.
Bibliographie
• Ajjawi, R., Tai, J., Boud, D., & Jorre De St Jorre, T. (2022). Assessment for Inclusion in Higher Education: Promoting Equity and Social Justice in Assessment (1re éd.). Routledge.
• Henderson, M., Awdry, R., Chung, J., Ashford, C., Bryant, M., Mundy, M., & Ryan, K. (2022). Online exams: Exploring student experience and integrity behaviours as we return to campus. ASCILITE Publications. https://doi.org/10.14742/apubs.2022.95
• Herliana, F., Susanna, S., Elisa, E., & Farhan, A. (2022). Identification of Students’ Honesty Levels by Online Proctored Examinations in Higher Education Environment. Jurnal Penelitian Pendidikan IPA, 8(4), 1999-2005. https://doi.org/10.29303/jppipa.v8i4.1636
• Lee, A. S., Babenko, O., George, M., & Daniels, V. (2022). The promises and perils of remote proctoring using artificial intelligence. Canadian Medical Education Journal. https://doi.org/10.36834/cmej.74299
• CNIL. (2023). Telesurveillance des examens en ligne: La CNIL publie une recommandation.