La prison n’est pas une politique des drogues !

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Depuis plus de 40 ans la politique des drogues internationale vise à protéger notre société des stupéfiants. Elle s’évertue à éradiquer l’offre afin d’assécher la consommation et les risques sanitaires et sociaux qui lui sont associés. A travers des conventions internationales, les états s’engagent à réguler la production et le commerce licite de stupéfiants (médicaments), mais aussi à réprimer le trafic illicite ainsi que les usages non-médicaux, la fameuse « Guerre à la drogue ». La répression des usages non-médicaux interroge dès 1980, Jean Carpentier, médecin généraliste : « une guerre avait bien lieu, mais qui était donc « l’ennemi » ?1 » Lorsque l’ennemi est le consommateur de substances illicites, cela devient une guerre aux drogués.

Des politiques en matière de stupéfiants centrées sur la réduction des dommages sanitaires et sociaux devraient être évaluées au regard de la baisse de la criminalité, de l’amélioration de la santé ou du développement économique et sociale et non se baser sur des indicateurs quantifiant «le nombre d’arrestations, les quantités saisies et la sévérité des sanctions.2 » De plus, « les exemples d’interdictions quasiment mondiales prises dans l’intérêt de la protection de la santé sont rares.3 »

Au-delà d’un constat d’échec indéniable, ce sont les conséquences désastreuses de cette politique que dénoncent les acteurs de la campagne « Support, Don’t Punish ! » La répression engendre plus de dégâts que le simple usage de stupéfiants et ne règle en rien les problèmes d’abus et de dépendances.

Peine de mort : certains pays appliquent encore la peine capitale pour les consommateurs.
Incarcération de masse : des millions de personnes à travers le monde sont incarcérés pour usage simple ou des délits mineurs liés au trafic. Les conséquences sanitaires et sociales sont désastreuses (casier judiciaire, chômage, famille, contaminations VIH/VHC, manque d’accès aux traitements, traumatismes, suicides, enracinement dans la criminalité, risque de radicalisation, etc.).
Discrimination socio-économique et raciale : les populations les plus vulnérables et les minorités visibles sont les premiers touchés et les victimes d’une justice à deux vitesses.
Finances publics : cette politique fait peser un cout exorbitant sur les dépenses publiques (forces de l’ordre, justice, pénitentiaire, etc.). La logique de la « chasse aux usagers » entraine une dilution de l’efficacité des services dans leur lutte contre les groupes du crime organisé. La répartition budgétaire est inéquitablement répartie avec une dilution des fonds publics dans la politique répressive au détriment du financement d’actions de prévention et de réduction des risques.
Système judiciaire : cette politique engorge les tribunaux pour des délits mineurs liés aux stupéfiants et complique le travail de la justice pour d’autres affaires.
Cohérence de la sanction : les peines prononcées pour les affaires de stupéfiants sont souvent disproportionnées au regard d’autres délits (agressions sexuelles, violences, etc.) engendrant une incompréhension de la graduation des peines. Cette disproportion est corrélée avec la notion de « crime sans victime » propre aux délits liés à l’usage de stupéfiants. La sanction est d’autant plus incompréhensible que le système n’est même pas en capacité d’endiguer le trafic et la consommation au sein même de la citadelle carcérale !
Santé publique : la criminalisation des usagers complique les parcours de soin et la prise en charge sanitaire du fait d’une clandestinité de la consommation. Elle contribue à l’aggravation de la pandémie VIH/VHC (pratiques à risques dans des lieux insalubres, partage de matériel de consommation et manque d’accès au matériel stérile).
Selon le World Drug Report 20124 de l’UNODC, « on estime qu’environ 230 millions de personnes, soit 5 % de la population adulte mondiale, ont consommé une drogue illicite au moins une fois en 2010. On dénombre environ 27 millions d’usagers problématiques de drogues, ce qui représente 0,6 % de la population adulte mondiale. […] L’héroïne, la cocaïne et les autres drogues tuent environ 200 000 personnes chaque année. » Près de 75% de l’ensemble de ces usagers sont des consommateurs de cannabis. Une politique abordant une question de société en proposant d’incarcérer près de 4% de la population mondiale n’est pas pragmatique, ni même réaliste. Ces 200 000 décès/an pourraient être évités avec une politique plus humaniste et cohérente. A titre comparatif5 la malnutrition cause 6 millions de décès/an. Le cout estimé de l’abolition de la faim dans le monde est de $300 milliards sur une décennie. Le budget des Etats Unis de la guerre à la drogue est de $400 milliards, sur la même période de temps6. Cette débauche de moyens est indécente au regard de ces chiffres. Le but n’est pas de minimiser les risques liés à l’usage de drogues mais de les remettre dans leur contexte et de s’interroger sur la disproportion de cette lutte antidrogue au regard d’autres sujets de société.

« Les drogues font très peur, en partie pour de bonnes raisons. Ce sont des poisons, il y a toujours des
risques à en consommer, l’abus restera toujours dangereux. Mais il faut prendre acte de
l’impossibilité de les éradiquer. Plus leur usage sera socialisé, régi par des contrôles sociétaux, moins
elles seront dangereuses.7 » Cette démarche dépasse la question sanitaire et sociale. C’est aussi et surtout une ingérence dans nos libertés individuelles et une remise en question de notre droit au plaisir. Il est grand temps de réformer le consensus international sur la politique des drogues et que les états sortent de ce paradigme répressif. Pour toutes les raisons évoqués, il faut arrêter de criminaliser les usagers de drogues et dénoncer les politiques des drogues actuelles niant que l’être humain est aussi guidé par la recherche de son plaisir, et que celui-ci va rarement de pair avec l’abstinence absolue. La lutte pour une avancée législative se positionne en priorité sur la décriminalisation des usagers de drogues, « la prison […] étant facteur de destruction du capital humain.8 »

La question des drogues est complexe et touche à presque tous les sujets de société. En écrivant, « on peut juger du degré de civilisation d’une société en entrant dans ses prisons », Dostoïevski dénonçait la manière d’aborder et de traiter les perturbateurs de notre société. Les politiques des drogues et le débat sociétal qui entoure cette problématique s’appliquent au même raisonnement. « Réformer les politiques des drogues n’est pas un sujet de débat théorique ni intellectuel – c’est l’un des principaux enjeux politiques de notre temps.9 »

1 Jean Carpentier, La toxicomanie en médecine générale, Ellipses, Paris, 1994.
2 Global Commission on Drug Policy, War On Drugs, Report of The Global Commission on Drug Policy, Juin
2011. P. 5.
3 Claudine Viard, « Protéger la santé grâce à l’interdiction », Droit et cultures [En ligne], 57 | 2009-1, mis en
ligne le 10 septembre 2009, consulté le 11 mars 2013.
4 UNODC, World Drug Report 2012, executive summary.
5 http://www.planetoscope.com/demographie-urbanis me/mortalite
6 http://consciouslifenews.com/330000-drug-offenders-prison-spends-drug-war-cost-world-hunger/1147052/
7 Entretien avec Anne Coppel, réalisé par Aude Lalande, revue Vacarme, été 2009.
8 Actes du colloque organisé par la fondation Gabriel Péri, Délinquance, politiques publiques et réponses
locales, Paris, 3 avril 2012. P. 24.
9 Global Commission on Drug Policy, War On Drugs, Report of The Global Commission on Drug Policy, Juin
2011. P.18.

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  • Le président de la république Française

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