Fatima-Ezzahra BENOMARParis, France
Mar 31, 2021

Victoire !
 
 
Sandra Muller a été innocentée aujourd'hui en appel, après voir été reconnue coupable, en première instance, d’avoir diffamé Éric Brion.
 
Ce dernier s'est dans un premier temps publiquement remis en question sur son propre comportement sexiste, mais a néanmoins tenté de la faire condamner et de lui réclamer des sommes exhorbitantes, sur la question technique de savoir si on devait interpréter son tweet comme une accusation de harcèlement sexuel au travail.
 
La créatrice du hashtag #Balancetonporc a en effet relaté dans un tweet datant du 13 octobre 2017 : « Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. Éric Brion ex-patron de Equidia #BalanceTonPorc. »
 
Si ces propos ne constituent pas un harcèlement sexuel au travail au sens de la loi, il est grand temps aujourd'hui de profiter de cet événement pour en débattre sur le fond.
 
Le documentaire de Marie Portolano « Je ne suis pas une salope » l'a récemment illustré : le monde du journalisme est largement traversé par le sexisme et les violences sexuelles. Les réseaux que doivent tisser les journalisetes afin d'accéder à l'information, aux scoops, aux Off, reposent sur des rituels de sociabilisation informels avec les personnalités publiques. Mais on observe rapidement que ces relations nouées entre hommes politiques, hommes de culture, et hommes journalistes, dans le cadre de soirées de réseautage, de cafés et autres RDV non-officiels, sont plus compliquées à engager avec les femmes journalistes. Ces dernières devront gérer, du fait de cet espace ambigu de sociabilisation, des avances ou des comportements déplacés et sexistes de la part des personnalités ou de leurs confrères. Éric Brion a beau nier que la fameuse soirée où s'est déroulée la scène relatée par Sandra Muller ne relève pas d'un espace professionnel, en vérité, il l'était.

 
Pour avoir été présente au procès en première instance, j'ai vu Éric Brion préciser à la barre qu’il avait lancé à Sandra Muller « Dommage, je t’aurai fait jouir toute la nuit » après que cette dernière aie refusé ses avances, parce qu’il s’était senti vexé dans son égo. Il s’agissait donc bien d’une tirade revancharde à connotation sexuelle, face à une femme qui dit NON, comme on est si nombreuses à l’avoir expérimenté. Ce type de conportement provoque un réel système de discrimination dans le monde du journalisme, entre autres, vu que les femmes vont petit à petit, au fur et à mesure de ces incidents, s'abstenir de fréquenter telles soirées informelles, tels espaces qui ne se situent pas précisément sur le lieu professionnel, et donc vont rater des opportunités.

 
Sandra Muller est une lanceuse d’alerte
La société doit faire le reste
 
Le mouvement d’intérêt général que fut #BalanceTonPorc est aujourd’hui rentré dans l’histoire, l’a fait bifurqué. 200 000 twittos avaient repris le hashtag en quelques jours, pour dire ce qu’elles avaient subi, et pas seulement concernant ce qui relève pénalement du harcèlement sexuel : tirades salaces, comportements déplacés, effrayants, humiliants. Agressions et viols, au travail, dans la famille, à l’école, en politique, dans le monde du sport, de la littérature ou du cinéma.

 
Des milliers de femmes ont défilé dans les manifestations féministes en le brandissant sur leurs pancartes. Le hashtag inspire aujourd’hui encore des variantes, comme #SciencesPorcs suite au scandale qui touche l’institution l’Institut d’Études Politiques, ou des œuvres populaires comme la chanson « Balance ton quoi » d’Angèle. Il s’inscrit dans un rebondissement salutaire de l’Histoire récente de notre révolte contre le sexisme et les violences sexuelles. Il a permis de faire avancer la société, même sur le terrain législatif avec la création d’un délit d’outrage sexiste qui, aujourd’hui, aurait pu concerner les propos d’Éric Brion.

 
Loin de la condamner, au contraire, la Justice de notre pays doit être reconnaissante à Sandra Muller et à d’autres figures du mouvement, d’avoir éclairé un tel point d’aveuglement judiciaire en France, qui permet l’impunité et l’omerta.
 
La meilleure chose qu'Éric Brion peut faire aujourd'hui, c'est de le comprendre, et d'en tirer des conclusions qui pourraient être bénéfiques et constructives pour toutes la société, afin d'arriver un jour à une égalité dans les faits, concernant ce qu'ont à affronter les femmes et les hommes dans la vie privée comme dans la vie professionnelle.

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