Mise à jour sur la pétitionLe vieux port de la Rochelle veut vivreBelle du Gabut : pourquoi la guinguette coince…
Christian FERRANDFrance
9 mai 2017
D’abord il y a la méthode : appeler concertation des réunions qui se bornent à demander aux « concertés » de venir approuver ce qui a été décidé sans eux est au mieux un abus de langage, au pire une façon très sûre de dresser les gens contre ce que vous leur imposez en espérant que l’armée de communicants que vous entretenez en mairie vont être assez nombreux pour enfumer une population échaudée… Si vraiment la mairie avait voulu associer les commerçants du Gabut, elle l’aurait fait préalablement à tout appel à projet pour essayer de voir « ensemble » - le mot est à la mode- déterminer quoi faire et comment et avec qui … Ensuite il y a l’histoire de ce quartier singulier. Décidé à la va vite dans les années 80 par un Michel Crépeau souvent mieux inspiré, le quartier du Gabut est devenu au fil des ans un complet ratage urbain : aucune des ambitions du départ n’a été atteinte et le quartier est frappé d’une maladie très rochelaise… la spéculation immobilière. Combien de m2 transformés en douce de bureau en appartement, combien d’emplois disparus ? Pendant trente ans la mairie a laissé le Gabut s’enfoncer sans rien faire, suspendue à un hypothétique eldorado hôtelier supposé tout régler et faire pleuvoir les dollars sur le quartier… Las, Xynthia a eu raison de «l’hôtel des deux tours » ; avant lui, trois autres projets avaient bu le bouillon devant les tribunaux. Jean-François Fountaine, élu au conseil municipal depuis 25 ans a longtemps cru, lui aussi, à l’eldorado hôtelier ; il a d’ailleurs approuvé chaque nouveau projet. Une fois élu maire, il a bien fallu essayer de faire quelque chose de la friche du Gabut et ce d’autant qu’on ne sait toujours pas ce que la loi finira par permettre derrière les protections anti submersion du Papi. En gros deux écoles s‘affrontent : l’Etat qui ne veut plus rien voir derrière les digues de protection et les collectivités locales qui souhaitent pouvoir continuer à construire derrière des digues que l’état leur impose et qui coûtent un bras. De sorte qu’aujourd’hui la mairie se hâte… de ne rien faire au Gabut… encore une fois : une vraie malédiction ! Mais ne rien faire, à force ça finit par se remarquer. Et donc dans le droit fil du port piéton cher aux khmers verts de la Rochelle, JFF a laissé s’échafauder le projet de guinguette du Gabut histoire d’occuper le terrain deux ou trois été en attendant de savoir quoi faire… du plus beau terrain de la Rochelle ! Le service culturel de la ville de La Rochelle a surtout montré qu’en la matière il ne faisait pas de différence entre un projet culturel et un divertissement… Mais le projet a ceci de plaisant qu’il permet de donner à croire que la mairie se bouge enfin concernant le Gabut qu’elle a laissé à l’abandon depuis trente ans et ce, sans que cela coûte grand chose à la ville… Demander à ceux a qui l’on fait cadeau du plus emplacement rochelais d’amuser le quidam avec quelques attractions vite baptisées culturelles permet en effet de s’affranchir d’un projet véritable tout en donnant l’illusion que l’on fait beaucoup. Evidemment cela n’est pas très fair-play vis à vis de commerçants qui empêchent le quartier de sombrer depuis des lustres. Et là demeure un mystère : pourquoi JFF est-il si hostile au commerce de centre ville ? Pourquoi veut-il absolument leur faire la peau ? De quoi ces commerces sont-ils coupables ? On ne sait… Mais force est de constater que chaque mesure municipale, chaque projet complique un peu plus la vie du commerce rochelais quand le tapis rouge est déroulé à coup de millions d’euros à la grande distribution aussi bien à Beaulieu qu’à Angoulins. Seule exception, l’heure de parking gratuite accordée à une population qui a bien compris qu’elle n’était plus la bienvenue au centre ville sauf à avoir un portefeuille bien garni… D’ailleurs, la mesure concédée comme une aumône, s’arrêtera le 30 juin. Le projet du Gabut a été concocté sans les commerçants du Gabut à qui il ne fallait surtout pas indiquer qu’il y aurait « de la restauration » comme l’a subtilement précisé Mme Spano ajointe au commerce, au cours d’une réunion de préparation. Dès lors s’étonner de leur hostilité au projet c’est faire peu de cas de la situation de fragilité qui est la leur depuis des années compte tenu de l’état d’abandon dans lequel leur quartier a été gardé pendant des années. Quant à la concurrence engendrée par cet établissement nouveau dont on peine à croire qu’il n’est pas là pour faire d’abord du résultat compte tenu des investissements comme des aides municipales apportées par la mairie, le moins que l’on puisse en dire c’est qu’elle ne ressort pas vraiment libre et non faussée, la concurrence mise en place par la mairie de la Rochelle. Et il faut n’avoir jamais tenu de commerce pour ne pas s’en apercevoir comme s’en émouvoir… Plus au fond encore, le dossier de la guinguette du Gabut souligne à l’envie la faiblesse d’une équipe politique : celle de JFF dont chaque projet, chaque dossier se transforme immanquablement en conflit, en passage en force. Savent-ils, ces gens là, qu’on ne bâtit pas une politique municipale contre sa population mais avec elle ? Ont-ils remarqué que les électeurs ne veulent plus de ces méthodes autoritaires ? Cela monte en outre qu’on peut être un grand marin et un piètre capitaine ; qu’il faudra sans doute aller chercher ailleurs une espérance nouvelle pour la Rochelle… mais où et avec qui ? La question reste à ce jour ouverte... En attendant, la guinguette doit ouvrir jeudi 10 mai : soirée dansante. C’est plutôt consensuel et sympathique. Aussi à la veille de l’ouverture, en dépit de toutes les réserves évoquées quant à sa genèse, on admettra après tout que la Belle du Gabut puisse sans doute concourir à animer ce bout de quartier de façon plutôt agréable. On prendra plaisir à aller s’y divertir tout l’été… pour peu que cela soit correctement géré. Ce dont on ne doute pas vu le pedigree des géniteurs… On a, de toute façons plus longtemps à attendre pour le savoir ! Bon été au Gabut. Christian Ferrand, Cognac Only
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