Cher-e-s signataires,
Nous vous l’annoncions la semaine dernière, nous avons dépassé 1 million de voix contre les violences racistes et policières et nous avons adressé ce million de voix au président de la République !
Plusieurs articles de presse ont publié notre lettre à Emmanuel Macron et souligné le caractère inédit de cette mobilisation à ligne dont vous faites partie. Encore un immense MERCI à vous de nous accompagner dans ce long combat !
Depuis désormais une semaine que cette lettre a été adressée et publiée, nous n’avons obtenu aucune réponse du président, de son cabinet ou du gouvernement.
Nous avons donc décidé de publier officiellement cette lettre ici aux 1 039 698 signataires pour vous inviter encore une fois à nous aider à faire pression sur le gouvernement pour changer les choses et obtenir des réponses.
Vous trouverez ci-dessous notre lettre, que vous pouvez vous aussi envoyer à cette adresse mail : patrick.strzoda@elysee.fr
Vous pouvez la télécharger depuis ce lien ou la partager directement sur les réseaux sociaux : https://bit.ly/LettreAuPresident
Monsieur le président de la République,
Vous n’êtes pas le premier président de la République auquel nous adressons nos demandes de réparations en justice. Vous n’êtes pas le premier président auquel nous, familles et collectifs ayant perdu un proche aux mains de la police, envoyons nos pétitions et nos revendications. Depuis des décennies, nos familles demandent de faire toute la lumière sur des affaires de violences policières et de violences racistes dont on ne peut plus nier la nature systémique.
Cela fait 13 ans que le collectif Vies Volées et la famille Dieng se battent pour obtenir des réponses à leurs questions sur le décès de Lamine Dieng suite à un plaquage ventral au cours d’une opération de police. Il aura fallu un non lieu prononcé par l’ensemble des chambres d’instruction puis confirmé par arrêt de la Cour de Cassation ; une requête déposée à la Cour européenne des Droits de l'Homme en 2018 - soit 11 années après les faits - avant que l’Etat Français ne reconnaisse enfin, en octobre 2019, sa responsabilité dans le meurtre de Lamine Dieng en versant les indemnités fixées par la CEDH. Après les condamnations de la France par la CEDH et l'ONU ces dernières années, c'est une nouvelle décision de justice internationale qui affirme le droit des victimes. Notre objectif commun est simple : un procès public pour déterminer la vérité sur les conditions de la mort de nos proches et que le code pénal soit appliqué à l'égard des responsables.
Entre temps, d’autres collectifs se sont créés au rythme macabre, et croissant, des décès survenus à la suite d'une intervention policière. Amnesty International, l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), la Ligue des Droits de l'Homme et le Défenseur des Droits publient régulièrement des rapports alarmant sur les violences policières commises dans notre pays, la France. Entre temps, des milliers de plaintes ont été déposées à l’IGPN (1460 seulement en 2019), et des centaines de pétitions comme les nôtres ont vu le jour sur Change.org, car lorsqu’on ne croit plus en la justice, la mobilisation citoyenne est notre derniers recours pour interpeller les responsables politiques et les médias, et réformer un système profondément malade.
Nous nous sommes adressés à vos prédécesseurs, aucun n’a réagi. Êtes-vous celui qui brisera enfin l’omerta et osera affronter les réalités de l’impunité des violences racistes et policières ? Car c’est bien vous qui êtes aujourd’hui à la tête de notre pays, alors que la France se soulève contre les violences racistes et policières en demandant justice pour nos victimes, pour nos George Floyd. C’est vous qui étiez président lors de la mort d'Aboubakar Fofana, de Romain Chenevat, d’Ibrahima Bah, de Cédric Chouviat et de tant d'autres. C’est toujours vous qui étiez président lors de la disparition de Steve Maia Caniço il y a tout juste un an, vous qui étiez président lors des violences commises dans le cadre des manifestations des Gilets Jaunes, vous qui étiez à la tête du pays lorsque Zineb Redouane, une octogénaire, a été blessée mortellement à son domicile à Marseille par une grenade lacrymogène.
C’est donc à vous que nous nous adressons ce jour, en tant que collectifs et familles de victimes, dans le cadre d’une campagne de mobilisation citoyenne nommée “1 million de voix contre les violences racistes et policières” - qui réunit 16 pétitions et plus d’un million de signatures citoyennes sur Change.org. Nous nous sommes réuni-es sur la page Change.org/1millionDeVoix, et nous avons mobilisé avec nous les signataires pour vous interpeller depuis une semaine avec les outils suivants :
16 pétitions contre les violences racistes et policières
1 030 903 signatures sur la page Change.org/1MillionDeVoix
108 tweets vous interpellant directement sur cette campagne entre le 19 et le 20 juin et 373 tweets reprenant le hashtag #1milliondevoix.
Plusieurs marches et rassemblements contre les violences racistes et policières, dont la marche du 20 juin en commémoration de Lamine Dieng et de toutes les victimes, au cours de laquelle plusieurs familles ont relaté leurs histoires et renouvelé leur attente de justice.
Une vidéo relatant nos mobilisations et réitérant nos demandes.
Monsieur le président, jusqu’où faudra-t-il aller pour avoir un mot de vous, une réponse à ces dénis de justice ? Nous demandons aujourd’hui des changements profonds :
Nous vous demandons de nommer lors du prochain remaniement ministériel prévu après les élections municipales, un-e garde des Sceaux que vous chargerez en priorité de faire toute la lumière sur les plaintes pour violences policières ayant entraîné la mort, et d’adopter toute transparence concernant les suites judiciaires données pour mettre un terme à ces dénis de justice.
Nous demandons l’interdiction des techniques d’immobilisation qui étouffent et tuent : plaquage ventral, pliage, clé d’étranglement.
Nous demandons l’interdiction des armes classées armes de guerre (LBD et grenades) sur la voie publique.
Nous demandons la création d’un organe indépendant d’enquête sur les plaintes pour violences commises par une personne dépositaire de l'autorité publique.
Vous vous adressez régulièrement à la Nation lors de vos allocutions télévisées. Vous avez pris votre téléphone pour échanger avec les victimes de violences, ou encore plus récemment avec des comédien-nes et personnalités publiques. Ce million de voix, qui est l’expression citoyenne d’une volonté de changement, mérite tout autant d’attention - et un appel téléphonique ne suffira pas à faire taire cette colère que vous entendez certainement s’exprimer jusqu’aux portes de l’Elysée. Nous attendons votre réponse dans les meilleurs délais.