La malhonnêteté intellectuelle est la marque, le trait distinctif le plus caractéristique des agrégats (des "sociétés") libéraux. Elle en est le fondement parce que la frontière entre le vrai et le faux n'existe pas. Le vrai ne s'y distingue pas du faux. Ce qui est vrai est faux et ce qui est faux est vrai. Les titulaires d'un pouvoir intellectuel (philosophes, historiens, journalistes, politiciens) mentent par profession aussi naturellement qu'ils respirent. Mais ils passent aussi du vrai au faux et du faux au vrai sans y prêter attention, là encore aussi naturellement qu'ils respirent.
Le mensonge a toujours existé dans l'ordre politique et social, mais jusqu'à la révolution française il avait toujours été tenu en lisière. C'est depuis la fin du XVIIIe siècle que la malhonnêteté intellectuelle est devenue le fondement de l'ordre social. Des individus comme Rousseau ou l'abbé Sieyès, par exemple, étaient d'une profonde malhonnêteté intellectuelle. La révolution française a donné une formidable extension au mensonge politique. Elle en a fait le fondement de l'ordre public et social.
L'extension de la malhonnêteté intellectuelle que nous observons à partir de la révolution française s'explique pour partie par l'importance prise par les élections. Lorsque le personnel politique n'est pas élu, le besoin de mensonge se fait peu sentir. Mais lorsque le personnel politique est nommé par les élections, le mensonge devient une nécessité impérieuse. Seuls les démagogues remportent les élections : « Qui ne ment pas, ne gagne pas. »
Les adhérents et les militants des partis qui enrégimentaient autrefois les classes populaires (les "partis ouvriers") admiraient d'ailleurs l'aptitude de leurs chefs à mentir. Lorsqu'ils entendaient l'un d'eux affirmer, droit dans ses botte, ce qu'ils savaient être faux, ils jubilaient. Ils admiraient en lui un habile tacticien qui roule l'adversaire dans la farine. Dire le vrai, ce serait faire le jeu de l'adversaire. Pour des lendemains qui chantent, pour l'avenir radieux de l'humanité, pour le bonheur de tous, il faut mentir, mentir, mentir. Le mensonge est l'avenir de l'homme.