Les journalistes accomplissent un travail irréprochable lorsqu'il s'agit de relayer les résultats sportifs, la météo, le CAC 40 ou le catéchisme sur «les valeurs de la république ». Sur d'autres sujets, leur production d'« infos » entretient un rapport si ténu avec le monde réel que l'on se demande parfois depuis quelle planète ils ont été téléportés. Cet effet d’irréalité n'est jamais aussi flagrant qu'en période de colère sociale, quand la presse endosse avec ferveur la triple fonction de porte-parole du gouvernement, du patronat et de la préfecture de police, comme on l'a vu encore au printemps 2016, lors des mobilisations contre le projet de loi Travail. La corporation demeure suffisamment imbue d'elle-même pour se convaincre que son métier constitue un « pilier de la démocratie », mais la fable a fait long feu. Boulots de merde !, Julien Brygo et Olivier Cyran, p33.