Selon l'opinion commune, la démocratie est la souveraineté de ce qui est bien et de ce qui est juste. Le nazisme est la souveraineté de ce qui est mal et de ce qui est injuste. Le nazisme est par conséquent une rupture avec la démocratie. Le nazisme est l'opposé diamétral, l'antithèse, de la démocratie. Il ne peut par conséquent en être une évolution.
Par conséquent, la seule pensée que le nazisme pourrait être une évolution de la démocratie apparaîtra non seulement comme fausse mais comme choquante, scandaleuse et calomniatrice. Inacceptable en un mot.
Même si l'idée que le nazisme pourrait être une évolution de la démocratie apparaît a priori choquante et inadmissible, il nous faut pourtant reconnaître qu'il existe des faits historiques qui pourraient nous faire voir le nazisme comme une évolution de la démocratie.
C'est en toute légalité constitutionnelle qu'Adolf Hitler a prit le pouvoir en 1933. Il a pris le pouvoir, comme on dit, « démocratiquement » c'est-à-dire par la voie des urnes, par les élections.
En France, Bonaparte, devenu par la suite l'Empereur Napoléon Ier, s'est emparé du pouvoir par la violence, par un coup d'État. Dans un premier temps, il s'est arrangé pour que le pouvoir législatif institué par la Constitution de 1795 (Constitution de l'an trois) siège à Saint-Cloud afin de l'isoler de Paris. Ceci fait, ses grenadiers sont entrés baïonnette au canon dans la salle où siégeait l'Assemblée législative. Murat s'écrie : « Foutez-moi tout ce monde dehors ! ». Des mesures sont prises par le secrétaire-général de la police Fouché pour que les députés, en quittant Saint-Cloud, ne puissent immédiatement rentrer dans Paris, afin de les empêcher de reformer leur Assemblée en ville.
Bérenger prend la parole : « Gloire et reconnaissance à Bonaparte, aux généraux, à l’armée, qui ont délivré le corps législatif de ses tyrans sans verser une goutte de sang […]. La journée du 19 brumaire est celle du peuple souverain, de l’égalité, de la liberté, du bonheur et de la paix. Elle terminera la Révolution, et fondera la République, qui n’existait encore que dans le cœur des républicains.».
Voilà comment Bonaparte a pris le pouvoir en France en 1799.
De la même manière, Louis Bonaparte, le neveu de Napoléon Bonaparte, a pris le pouvoir par un coup d'État. Dans certains endroits, les républicains prennent les armes. La résistance menée à Paris ou en province est écrasée par l'armée en quelques jours.
Rien de tel en Allemagne en 1933. C'est en toute légalité qu'Adolf Hitler a été appelé au pouvoir au poste de chancelier par Hindenbourg, Président de la République. Même si aujourd'hui nous n'appelons Hitler que le Führer, il ne faut pas oublier qu'avant d’être appelé le Führer, Adolf Hitler était désigné par le titre de chancelier de la république démocratique de Weimar, de la même manière que Helmut Kohl, Helmut Schmidt, Gerhardt Schröder ou Angela Merkel. À aucun moment les puissances étrangères (les démocraties) n'ont mis en question la légalité et la légitimité de son pouvoir. Il a été reconnu comme le chef légitime le dirigeant politique de l'Allemagne de la république fédérale allemande.
Une fois nommé chancelier, Adolf Hitler a pris un certain nombre de lois. L'accumulation de ces lois a transformé la république démocratique en un État nazi. Toutefois, chacune de ces lois était une loi légitime, légale, constitutionnelle, prise en vertu des pouvoirs conférés au chancelier par la Constitution. C'est donc par une transformation progressive, et non par une rupture, par une subversion, par un coup d'État, que la république de Weimar s'est transformée progressivement, graduellement, en un État nazi. Ainsi, quoi qu'on puisse en penser, il existe des raisons de considérer que le nazisme est une évolution de la démocratie.