
Une lettre ouverte de Chloé des Lysses à Virginie Despentes
Après la cérémonie des Césars, la presse des dominants (Libération, 2 mars 2020) a publié une tribune de Verginie Despentes à la gloire de l’héroïsme d’Adèle Haenel. L’actrice Chloé des Lysses qui, en son temps a eu le privilège et l’honneur de connaître Verginie Despentes de près, répond à cette tribune par une lettre ouverte que la presse des dominants n’a pas publiée. Car le principe du contradictoire est un principe satano-satanique.
Texte de la lettre
En mai 2005, le journal Libération annonçait la mort brutale à quarante-deux ans de Gérard Jubert, fondateur du magazine L’Éléphant rose, mon ami depuis 1993 et mon compagnon depuis 2002. Nous vivions ensemble, de manière informelle, avec ses deux enfants. Quelques heures plus tôt, j’avais découvert son corps, dans notre lit, sans vie. Vision d’horreur. Je me suis retrouvée veuve et aussi sans toit puisque l’appartement a été mis sous scellés par la police.
Photographe à la réputation sulfureuse en raison de films pour adultes tournés en 1993, je gagnais très mal ma vie, ne recevais aucun soutien de ma famille et me noyais dans une procédure de divorce entamée en 2001. J’étais fragilisée. Philippe Manoeuvre, votre ex-fiancé (ceci n’est pas une atteinte à votre vie privée puisque votre couple était médiatisé), m’a appelée. Après m’avoir adressé ses condoléances, il m’a dit : « Je vais t’aider ». Il a fait ce qu’aucune « féministe » n’a osé. Car certaines parlent, publient des tribunes « féministes », considèrent les hommes comme des monstres, des violeurs, des sales types qui abusent de leur pouvoir, mais qui agit quand une femme est en danger de mort, ce qui était mon cas, face à un accident de la vie, une grande précarité, l’absence de famille ? Qui est là ? Qui tend la main ? Les hommes de pouvoir, souvent.
Certainement pas vous. Un soir, au « Baron », cette même année, vous m’avez convoquée. Vous m’avez proposé de tourner un film pornographique dont vous seriez la réalisatrice. Cette proposition m’a troublée dans la mesure où j’avais tout fait pour être autre chose qu’une femme objet. J’ai en effet repris mes études – je n’ai pas mon bac –, devenant pigiste, et, quand cela ne suffisait pas à remplir le réfrigérateur, j’ai été serveuse dans la restauration. À l’époque, je vous admirais. N’ayant toutefois pas lu vos livres, consacrant alors mon temps à rattraper mon retard avec des écrivains morts. Cependant, vous étiez un modèle. Une femme libre partie apparemment de rien et devenue un auteur à succès. Le guide de toute une génération, et un critique musical punk de grande qualité.
Après avoir refusé vos propositions (ou avances), j’ai rejoint votre ex-fiancé et toute une bande de gais lurons, hommes de pouvoir, venus promouvoir des livres dans ce club, le « Baron ». J’ai bu et j’ai ri toute la soirée pour oublier combien le destin peut vous enlever ceux que vous aimez, cruellement, sans prévenir. Vous-même auriez dû l’entendre, puisque Karen Bach, actrice de votre film Baise-moi, s’est donné la mort. Où étiez-vous d’ailleurs le jour où sa tentation du suicide devint irréversible ?
Vous faites, à l’époque, partie du club telle une Adèle Haenel, fulminant, avec votre démarche hommasse. Personne n’a compris. Vous, le chantre du punk, du rock ? Mais le rock, c’est autre chose. À partir de ce moment, vous ne m’avez plus lâchée. Cette nuit-là, vous m’avez laissé pas moins de quinze messages.
Chaque jour, chaque heure, vous m’avez harcelée, menacée de violences. Pire, vous avez exigé du seul homme mâle blanc de plus de cinquante ans prêt à jouer pour moi le rôle de père, qu’il cesse de m’aider. Vous avez œuvré auprès de tous ceux que vous connaissiez chez Rock & Folk ou ailleurs pour que je sois persona non grata. J’ai gardé vos courriels aussi… Vous auriez pu prendre mon parti. Celui de la femme en danger. Celui de la femme qui, si elle se retrouve à la rue, finira violée et égorgée. Le parti de celle qui se réveille la nuit, la peur au ventre, ne sachant pas si le lendemain elle aura encore la force de continuer, tellement la vie est dure, injuste, ne connaissant ni le bien ni le mal.
La situation était telle qu’un jour Philippe a dû contacter votre père pour le supplier de vous convaincre d’arrêter. Votre haine a redoublé. Alejandro Jodowrosky a lancé une séance de magie pour que les étoiles me soient favorables. Dans le petit panier de crabe de l’édition et du rock, où l’on préfèrera toujours la malédiction au bonheur, votre comportement amusait. J’ai moi aussi essayé d’en rire. Mais il est difficile de rire quand vous avez faim, Madame. Avez-vous connu la faim ? Ce que vous souhaitiez était tout simplement ma mort : « Laissez crever cette pute », disiez-vous à qui voulait l’entendre.
Moi, j’avais choisi de vivre. À tout prix. Vous écrivez : « Vous, les puissants, vous exigez le respect entier et constant. Ça vaut pour le viol, les exactions de votre police, les Césars, votre réforme des retraites. En prime, il vous faut le silence de victimes ». Je vous réponds : « Vous la puissante, vous exigez la soumission à vos idées, en prime il vous faut le silence des victimes ». Vous ajoutez : « On a beau l’avoir pris des dizaines de fois votre gros pouvoir en travers de la gueule, ça fait toujours aussi mal ». Comme ce portrait de vous est ressemblant. J’ai beau avoir pris des dizaines de fois votre gros pouvoir en travers, lire votre tribune me révulse, me heurte. Oui, ça fait encore plus mal quand il s’agit d’une femme. Les hommes, eux, ceux qui ont fait la guerre, connaissent la paix des braves. Pas vous. Vous détestez les hommes, certes, mais en filigrane et d’expérience, je sens, je sais que vous détestez les femmes aussi. Je lis vos mots et toute l’hypocrisie qu’ils contiennent. Je lis cette phrase : « Par contre, la voix des opprimés qui prennent en charge le récit de leur calvaire, on a compris que ça vous soûlait ».
Donc je prends la plume pour raconter mon calvaire, mon enfance horrible avec un père alcoolique et violent et une mère jalouse et suicidaire. Ma vie d’adulte, à peine majeure et déjà jetée dans la dure réalité sans bagages et surtout, surtout, cette absence incroyable de solidarité de la part de femmes comme vous. Moi, je les aime, les hommes de pouvoir. Ils ne sont pas exactement ce que vous décrivez. J’ai de l’admiration pour les hommes de pouvoir et parfois même de la compassion pour les hommes tout court. Ils se battent comme des lions pour garder le pouvoir. Mais nous, les femmes, nous battons-nous comme des lionnes pour nous entraider, sans haine ni esprit de revanche ?
Vos mots sont une insulte à l’homme mais aussi aux femmes qui se lèvent. Comment osez-vous écrire de telles horreurs ? « Le temps est venu pour les plus riches de faire passer ce beau message : le respect qu’on leur doit s’étendra désormais jusqu’à leurs bites tachées du sang et de la merde des enfants qu’ils violent«. Croyez-vous que le crime soit uniquement masculin ? Croyez-vous vraiment que tous les hommes de pouvoir soient des violeurs ? Ignorez-vous que des femmes sont parfois les complices de certains tordus ? Regardez-vous dans un miroir.
Vous parlez de leur monde qui est « dégueulasse », mais comment est le vôtre ? Vous n’avez pas de cœur. Moi, je ne veux pas d’un monde sans cœur, moi, je ne veux pas d’un monde dans lequel Madame Despentes parle des femmes comme des « meufs ». Un monde dans lequel une mère isolée n’est pas contrainte de signer un chèque sans provision pour nourrir ses enfants pendant que dans vos robes à paillettes vous donnez des leçons. Sans cesse, vous sortez des gros mots mais jamais vous ne mettez en lumière les maux. La précarité tue. L’absence de solidarité tue. Moi, je veux être une femme, sucer des bites, donner ou vendre mon cul, si ça me fait plaisir, sans me faire traiter de salope par une Madame la morale Despentes, sans honte. Mais surtout, je veux un monde qui ne soit pas monolithique.
Un monde qui ne soit pas en deux dimensions tel que vous le décrivez. Je veux un monde qui réconcilie les hommes et les femmes.
Je veux ce monde pour mes enfants. Car je suis mère. Ni « meuf », ni victime, ni soumise. Femme, fragile et forte, mère. Et surtout, je veux un monde dans lequel des femmes de pouvoir, comme vous, influentes dans les médias, l’édition et le cinéma, soient capables de bonté et de générosité. De dépassement de soi. Je ne veux pas d’un monde d’amazones, je veux un monde inclusif comme ont dit aujourd’hui, où votre féminisme qui n’en est pas, cesse de réduire l’homme à sa pire expression. Car nous les femmes ne valons pas mieux qu’eux. Votre tribune est obscène, encore plus quand on connaît votre véritable nature égoïste. Albert Camus disait « Un homme, ça s’empêche. » Une femme aussi. Je ne vous salue pas, je préfère embrasser un homme.
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La discrimination contre les femmes est partout (mais il faut lire l’anglais). Le plafond de verre, vous dis-je. Le plafond de verre !!!
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Suite des commentaires
Karine Memain
A vous entendre,vous avez l'air d'insinuer que les gens sont complétement con puisqu'ils obéissent et pensent tous de la meme façon.
Vous avez une sale opinion de vos semblable,on dirait!
Choisir de vivre ensemble pour tant de raison est beau,vous avez l'air de l'ignorer!
Je vous sent si amer!
Il est clair que pour moi,vous avez un problème envers ces magnifique créature que sont le sexe féminin.
Il a bobo le pauvre monsieur?
En tout cas merci d'avoir souligné mon commentaire que je trouve très vrai.
Richard Haenecke
Juste une question pour information. Quand vous écrivez que les femmes sont de magnifiques créatures, voulez-vous dire que les femmes UNIQUEMENT sont de magnifiques créatures ? Merci de bien vouloir préciser votre pensée. Nous sommes tous (moi en tout cas) avides de la comprendre.