Nul ne s'interroge sur la signification de la revendication féministe d'égalité salariale parce que chacun est persuadé de savoir parfaitement ce qu'elle signifie. Elle signifie tout simplement qu'aujourd'hui encore, à travail et qualification égales à celles d'un homme, une femme sera payée 25 % ou 30 % de moins que lui et que, par suite, les féministes revendiquent que pour un même travail, une femme soit payée autant qu'un homme.
Je ne pense pas que cette interprétation est la bonne. Elle repose sur une confusion (volontairement entretenue) entre inégalité salariale et injustice salariale. Ce qui est inégal n'est pas forcément injuste. Ainsi, il est juste qu'un salarié qui travaille à mi-temps soit payé moins qu'un salarié qui travaille à plein temps. Dans un cas de ce genre, l'inégalité salariale existe mais l'injustice salariale n'existe pas.
Les femmes ne sont pas victimes d'injustice salariale. Le fait que les salaires féminins sont en moyenne inférieurs à ceux des hommes s'explique et se justifie par des raisons rationnelles (différences de temps de travail, de pénibilité, de productivité, etc.). Mais les féministes refusent de prendre en compte les raisons rationnelles qui justifient la différence entre les salaires moyens masculins et féminins. L'égalité salariale qu'ils revendiquent est par conséquent l'égalité salariale à travail inégal et non, comme ils le font croire, l'égalité salariale à travail égal. Ce n'est pas parce que les femmes travaillent moins que les hommes qu'elles ne doivent pas être payées autant qu'eux. Ce que les féministes demandent c'est que l'on mette fin au principe en vigueur : « à travail égal, salaire égal » pour implémenter un principe féministe « À travail féminin inférieur, salaire égal aux salaires masculins ».
Voyez ce que dit la pancarte brandie par cette femme. Elle ne dit pas « A travail égal, salaire égal », mais seulement « equal pay », c'est-à-dire « salaire égal ». On répondra, bien sûr, que c'est « sous-entendu ». Si la pancarte ne le dit pas, c'est parce que c'est « évident ». Car il est inconcevable, inimaginable, impensable que le féminisme revendique autre chose que l'égalité. Et pourtant si, c'est concevable. C'est même plus que concevable, c'est une certitude.
Je ne veux pas dire par là que les femmes qui brandissent des pancartes ou lancent des pétitions réclamant l'égalité des rémunérations sont conscientes de cette réalité. Au contraire, je suis convaincu qu'elles mettraient leur tête sur le billot qu'à travail égal une femme est moins payée qu'un homme. Mais ce n'est pas parce qu'elles n'en ont aucune conscience que ce n'est pas une réalité.
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Le féminisme fait voir du harcèlement sexuel partout
Dans l'un de ses (nombreux) livres, « Modèle vivant », Joann Sfar, enseignant à l'École des Beaux-arts, rapporte ces faits :
« L’an dernier, une élève de passage s’est plainte d’avoir été harcelée par un modèle de sexe masculin. Normalement, les séances de pose sont réservées aux élèves de mon atelier. Mais cette élève avait souhaité participer. Quelques jours, elle nous a écrit sur la messagerie collective de l’atelier qu’un vieux modèle avait eu un comportement inqualifiable. Je suis intervenu pour savoir ce qui s’était passé. On m’a expliqué que pendant une pose, sans s’en rendre compte, le vieux monsieur avait eu une perte de liquide au niveau de la verge, urinaire ou séminal. Sexe au repos, je précise, car dans ce domaine il faut être d’une précision chirurgicale. J’ai tenté d’expliquer à l’élève qu’un vieil homme nu face à vingt jeunes gens habillés est plutôt en situation de faiblesse. Je lui ai également dit que le corps est un traître et que passé un certain âge il peut n’en faire qu’à sa tête, si j’ose dire. Elle n’en a pas démordu, prétendant que le vieux monsieur l’avait regardée. Fixement. Et que de son point de vue, c’était très grave. Je me suis refusé à dire aux modèles nus qu’ils n’ont pas le droit de regarder ceux et celles qui les dessinent. Sinon, à force de vouloir aseptiser, on va finir par devoir se résoudre à tuer tous les modèles, puis à le faire poser nu dans du formol pour n’avoir plus rien à leur reprocher. » Joann Sfar, Modèle vivant, p44.
Après avoir lu ce passage, je me suis dit que les femmes subissent de nos jours une formation à leur rôle de victimes de harcèlement sexuel.
Dans un premier temps, toute femme doit apprendre à déceler les actes de harcèlement sexuel dont les hommes se rendent coupables. Et ce n'est pas facile car ils ont des siècles d'expérience dans l'art de la dissimulation, les bougres. Prenez par exemple un homme qui boit un verre d’eau. Vous penserez, si vous êtes naïve, qu'il boit un verre d'eau. Mais non, ce n'est pas cela. En fait, il harcelle sexuellement les femmes. Cette eau qu'il boit ne symbolise-t-elle pas le sperme ? Et la bouche, dans laquelle elle s'introduit, n'est-elle pas une représentation symbolique du vagin féminin ? Avec des airs de ne pas y toucher, un homme qui boit un verre d'eau exerce des violences sexuelles contre les femmes. D'où la nécessité d'une formation pour apprendre aux femmes comment déjouer la sournoiserie masculine.
La femme ensuite ne doit pas se dire que « ce n’est pas grave ». Elle doit prendre conscience du préjudice extrême qu’elle a ressenti et que toutes les femmes, à travers elle, ont ressenti. Elle doit être consciente de la valeur infinie de la dignité féminité et comprendre que toute atteinte, si minime soit-elle, à cette dignité est gravissime parce qu’elle est une manifestation du « pouvoir mâle » destinée à maintenir les femmes dans leur état d’objet sexuel.
Elle doit exprimer sa souffrance, les dommages irréparables que lui ont causés les faits. Sa vie ne sera plus jamais comme avant. Elle ne sera désormais jamais plus qu’une survivante.
