La corruption parlementaire est un phénomène bien connu mais il est toujours entendu de manière étroite. On la limite au fait que des parlementaires sont achetés par des entreprises pharmaceutiques, polluantes, des cigarettiers, des fabricants d’armements ou autres afin qu’ils défendent leurs intérêts au parlement. Personne ne conçoit qu’à coté de cette forme illégale de corruption, il peut en exister une autre légale.
Les parlementaires, en tant que fonctionnaires de l’État, perçoivent un traitement et divers avantages matériels et financiers qui s’ajoutent à leur traitement. La forme légale de la corruption parlementaire résulte de la différence entre les sommes qu’ils perçoivent à divers titres et le travail qui est exigé d’eux, un travail très faible, voire aucun travail. Le cas de parlementaires qui assistent à la séance d’ouverture et qu’on ne revoit plus pendant cinq ans (leur bureau à l’assemblée reste vide) n’est pas exceptionnel. Monsieur le député ou monsieur le sénateur s’occupe de chose plus importantes : ses propres affaires. Mais cela ne l’empêche pas de percevoir son traitement et tous les avantages qui l’accompagnent. Toutes les sommes versées aux parlementaires qui ne sont la rémunération d’aucun travail ont donc la nature de pots de vins. Mais ces pots de vins sont légaux. Le corrupteur – l’État – ne peut pas être poursuivi en justice parce que c’est lui qui fait la loi.
Il y a un autre aspect à la corruption parlementaire : le nombre des parlementaires. Si on additionne le nombre des députés et celui des sénateurs, on aboutit à un total faramineux de neuf cent parlementaires. On me répondra que ce nombre est la conséquence de l’importance de la tâche à accomplir. Faire la loi (transposer les directives de Bruxelles), c’est pas de la rigolade. Il faut au moins neuf cent personnes pour abattre un boulot pareil. Vraiment ? La plupart du temps les hémicycles sont déserts et beaucoup de lois sont enregistrées par trente présents. La vérité est que s’il y a autant de parlementaires, ce n’est pas en raison de l’ampleur de la tâche, mais parce qu’il y a beaucoup de camarades à récompenser pour leurs bons et loyaux services.
La corruption parlementaire est un aspect de la criminalité moderne, propre à notre époque, la criminalité juridique.
Ah oui, au fait, je voulais vous demander : c’était quand la dernière fois que vous avez lu dans la presse un article qui parlait de criminalité juridique ?